Mal­trai­tances: les hommes vic­times si­len­cieuses Psy­cho

Lors­qu’on parle de vio­lences conju­gales, on pense au ma­ri comme au­teur. Pour­tant il ar­rive que ce soit les femmes qui mal­traitent leur com­pa­gnon. Eric Bé­ne­vaut leur consacre un livre

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Santé - AXELLE TRUQUET atru­quet@ni­ce­ma­tin.fr

Par honte, par culpa­bi­li­té… les vic­times n’osent pas dénoncer. Sur­tout lors­qu’elles sont des hommes, de­ve­nus souffre-dou­leur de leurs femmes. Une si­tua­tion peu fré­quente qui pour­tant plonge ces in­di­vi­dus dans une grande dé­tresse, un sen­ti­ment d’in­com­pré­hen­sion et une so­li­tude étouf­fante. «On en­tend par­ler des ma­ni­pu­la­teurs, des per­vers nar­cis­siques, ma­jo­ri­tai­re­ment des hommes. Pour­tant, des femmes peuvent, elles aus­si, être de tels bour­reaux, et pas uni­que­ment sur le plan psy­cho­lo­gique », constate Eric Bé­ne­vaut, psy­cha­na­lyste ni­çois. Il leur a ain­si consa­cré un livre : Per­verses nar­cis­siques, la ma­ni­pu­la­tion au fé­mi­nin (Ed. Ey­rolles). Il re­vient ici sur un su­jet ta­bou, ce­lui des mal­trai­tances su­bies par les hommes. « On ne par­vient même pas à quan­ti­fier le nombre de vic­times. On se heurte à un mur de si­lence. » Pour­quoi ? « Parce que la place est oc­cu­pée par les femmes. Lorsque l’on parle des hommes, on a tou­jours une vi­sion un peu ar­chaïque du mâle fort et do­mi­nant. À tel point qu’on a dû mal à les consi­dé­rer comme des vic­times. » Et ils ont d’au­tant plus de mal à par­ler que les cam­pagnes de lutte contre les vio­lences, les bro­chures dis­tri­buées par les com­mis­sa­riats, les spots pu­bli­ci­taires évoquent qua­si ex­clu­si­ve­ment les vic­times fé­mi­nines. « Ils ont donc presque dû mal à se sen­tir lé­gi­times pour s’avouer mal­trai­tés.»

Failles et bles­sures an­té­rieures

N’im­porte qui ne de­vient pas vic­time d’une per­verse nar­cis­sique. Ce sont sou­vent des hommes sen­sibles, bles­sés. « On re­trouve des failles, des bles­sures. Mais sur­tout le point com­mun est qu’ils sont tous amou­reux de leur com­pagne; de ce fait, ils ont du mal à consi­dé­rer que c’est l’autre qui a un pro­blème. Ils sont dans une si­tua­tion com­plexe : sont ma­riés, ont des en­fants. Par­fois, les femmes ma­ni­pu­la­trices bé­né­fi­cient de com­pli­ci­tés fa­mi­liales : elles sont sou­te­nues par leurs propres pa­rents… » Pour­tant, les vic­times fi­nissent par com­prendre qu’il y a un réel pro­blème. « Cha­cun a son point de rup­ture. Par­fois, c’est la ré­cur­rence des in­sultes, vio­lences qui vont dé­clen­cher une prise de conscience chez ces hommes. D’autres fois, c’est lorsque les en­fants entrent dans le sys­tème. Un pa­tient m’a ex­pli­qué qu’il s’était dé­ci­dé à consul­ter lorsque sa fille, alors pe­tite, lui a de­man­dé si sa ma­man al­lait la frap­per elle aus­si. À la pé­riode de dé­ni du dé­but de la re­la­tion, suit la prise de conscience que quelque chose ne va pas. Mais le temps qu’ils se rendent compte de la si­tua­tion, leur com­pagne a ver­rouillé son em­prise. » Pour la so­cié­té, il reste dif­fi­cile d’ima­gi­ner qu’une femme puisse être vio­lente. Nous sommes, en ef­fet, im­pré­gnés de la vi­sion d’une per­sonne ma­ter­nelle, douce. « On pré­sume que c’est l’homme le fau­tif. S’il ne ré­pond pas aux coups, sa com­pagne pour­ra mal­gré tout dire qu’il l’a frap­pée. Il a peur de lui faire mal en cher­chant à la maî­tri­ser. Car il ne faut pas croire qu’il est fa­cile de stop­per quel­qu’un, même une femme fluette, en pleine crise de nerfs. Pire, s’il lui rend les coups, il a de gros risques d’être ac­cu­sé de l’avoir bat­tue ; elle ex­pli­que­ra qu’elle n’a fait que se dé­fendre. Ce­la peut avoir de lourdes consé­quences en cas de sé­pa­ra­tion, no­tam­ment en ma­tière de garde des en­fants. » Quid de ces femmes? Elles aus­si souffrent d’une cer­taine ma­nière parce qu’elles ont souf­fert avant. Le psy­cha­na­lyste ni­çois en est convain­cu : « Elles peuvent s’en sor­tir. Mais ce­la va de­man­der du temps et sur­tout du cou­rage car il fau­dra re­mettre en cause beau­coup de choses. » Le mal qui ronge les vic­times mas­cu­lines de ces bour­reaux fé­mi­nins est pro­fond. « Ces hommes éprouvent d’au­tant plus de honte que nous vi­vons dans une so­cié­té phal­lo­cra­tique. Ils res­sentent aus­si de la culpa­bi­li­té à por­ter plainte contre leur com­pagne. » D’au­tant que, de l’ex­té­rieur, rien ne per­met d’iden­ti­fier la per­verse nar­cis­sique in­ca­pable d’ai­mer réel­le­ment. En re­vanche, elle, au­ra sou­vent un sixième sens pour re­pé­rer de po­ten­tielles vic­times. Avant de som­brer et de res­sen­tir l’étreinte de l’em­prise psy­cho­lo­gique, quelques signes peuvent aler­ter : des chan­ge­ments d’hu­meurs sans rai­son, des re­proches dé­me­su­rés… qu’il ne faut pas mi­ni­mi­ser. En par­ler, tout de suite, « dé­mas­quer» la ma­ni­pu­la­trice peut évi­ter l’es­ca­lade de la vio­lence. Et si elle est dé­jà ins­tal­lée, il n’est ja­mais trop tard pour en par­ler : à un psy, un avo­cat, voire un po­li­cier… « Per­verses nar­cis­siques, la ma­ni­pu­la­tion au fé­mi­nin ». Ed. Ey­rolles.  p.

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