Ver­sailles : Ma­cron garde son cap

De­vant le Congrès, le Pré­sident a li­vré sa phi­lo­so­phie pro­gres­siste. Il a prin­ci­pa­le­ment an­non­cé une grande réforme ins­ti­tu­tion­nelle

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - THIER­RY PRUDHON tprud­hon@ni­ce­ma­tin.fr

Je veux ins­tal­ler une Ré­pu­blique où la confiance par­ta­gée ira de pair avec les comptes que l’on y ren­dra. » Ne pas ver­ser dans la pure littérature, se­mer quelques an­nonces très concrètes, sans pour au­tant cou­per l’herbe sous le pied de son Pre­mier mi­nistre, qui dé­taille­ra au­jourd’hui sa feuille de route. C’est le dé­li­cat dé­fi que s’est lui­même as­si­gné Em­ma­nuel Ma­cron de­vant le Congrès réuni à Ver­sailles. Dans un co­pieux dis­cours d’une heure et de­mie, cha­cun au­ra pu voir le verre à moi­tié plein ou à moi­tié vide. Ayant bien pris soin de po­ser qu’il était là pour dé­ter­mi­ner un cap, «fixer le sens du quin­quen­nat au­quel il re­vient au Pre­mier mi­nistre de don­ner corps», le Pré­sident n’a pas échap­pé aux en­vo­lées for­cé­ment vagues, creuses, par­fois in­fa­tuées, si ly­riques et let­trées soient-elles. Les op­po­si­tions qua­li­fiées de «sté­riles» ne s’en trou­ve­ront pas ba­layées aus­si spon­ta­né­ment qu’il l’au­rait rê­vé.

Vers un dé­grais­sage des par­le­men­taires

Au cha­pitre du concret, on re­tien­dra es­sen­tiel­le­ment l’an­nonce d’une vaste réforme ins­ti­tu­tion­nelle, ten­dant à plus d’ef­fi­ca­ci­té et de re­pré­sen­ta­ti­vi­té. Em­ma­nuel Ma­cron sou­haite tout à la fois « mettre un terme à la pro­li­fé­ra­tion lé­gis­la­tive», «un vote plus ra­pide des lois » et «une éva­lua­tion de l’ap­pli­ca­tion de tous les textes im­por­tants, pour si be­soin les cor­ri­ger». A cet ef­fet, il en­tend ré­duire d’un tiers le nombre des par­le­men­taires, «pour leur don­ner plus de poids et de moyens » . Il veut, éga­le­ment, ins­tau­rer une dose de pro­por­tion­nelle dans l’élec­tion des­dits par­le­men­taires et, comme il l’avait pro­mis, limiter le cu­mul des man­dats dans le temps. Il re­vien­dra à la garde des Sceaux, Ni­cole Bel­lou­bet, de mettre en mu­sique ces ré­formes, à rai­son de pro­po­si­tions pré­cises dès cet au­tomne, qui de­vront dé­bou­cher sur des dé­ci­sions dans un an. La mi­nistre de la Jus­tice est par ailleurs char­gée de repenser le Conseil éco­no­mique et so­cial, pour en faire «la chambre du fu­tur où cir­cu­le­ront les forces vives de la na­tion, une ins­tance unique de consul­ta­tion des ci­toyens, le fo­rum de notre Ré­pu­blique», de sup­pri­mer la Cour de jus­tice de la Ré­pu­blique (ju­ri­dic­tion d’ex­cep­tion des­ti­née aux seuls mi­nistres), d’ou­vrir le droit de pé­ti­tion et de ren­for­cer le Conseil su­pé­rieur de la ma­gis­tra­ture. Bref, de pro­po­ser «un chan­ge­ment pro­fond des pra­tiques et des règles », qui pour­ra s’il le faut être va­li­dé par ré­fé­ren­dum, a in­di­qué le Pré­sident.

Fin de l’état d’ur­gence

Autre an­nonce tan­gible du lo­ca­taire de l’Ely­sée, la fin de l’état d’ur­gence à comp­ter de cet au­tomne. Em­ma­nuel Ma­cron fait le pa­ri de la so­li­di­té de notre dé­mo­cra­tie. « Ré­pondre aux ter­ro­ristes, ce n’est pas chan­ger de Cons­ti­tu­tion chaque ma­tin», es­time-t-il. Une confé­rence des ter­ri­toires se­ra, d’autre part, or­ga­ni­sée pour «adap­ter les po­li­tiques aux réa­li­tés lo­cales ».

«A l’épreuve du réel»

Ces pierres po­sées, Em­ma­nuel Ma­cron, pé­né­tré de sa mis­sion, s’est sur­tout em­ployé à convaincre qu’il tien­dra ses pro­messes élec­to­rales, en dis­cer­nant « pas après pas, ce qui doit être re­fon­dé », sur la base d’une « éthique de l’ac­tion à l’épreuve du réel ». Il a dé­fen­du, à grand ren­fort de ma­jes­té et de di­gres­sions, les prin­cipes qui vont gui­der son ac­tion. A sa­voir, « le man­dat d’un pro­jet pro­gres­siste, sans re­fu­ser de voir le réel en face, qui tranche avec les an­nées im­mo­biles et les an­nées agi­tées, toutes éga­le­ment dé­ce­vantes, et re­noue avec l’es­prit de conquête », en ban­nis­sant « les faux pro­cès et les sté­riles op­po­si­tions théo­riques ». Une vo­lon­té qu’il ap­puie­ra sur une li­ber­té forte, « qui per­mette d’in­no­ver tout en construi­sant une place pour cha­cun » et sur une mo­rale de fra­ter­ni­té et de so­li­da­ri­té «qui doit in­fu­ser toute la so­cié­té ». Sur une France, en­fin, qu’il a de nou­veau et très clai­re­ment ins­crite dans l’Eu­rope. Pour re­fon­der cette der­nière, il dé­sire, en lien avec An­ge­la Mer­kel, mettre en place « des conven­tions dé­mo­cra­tiques, afin qu’elle ne soit plus seule­ment per­çue comme un syn­dic de ges­tion de crise ». Ren­dez-vous dans un an – puis­qu’Em­ma­nuel Ma­cron va pé­ren­ni­ser ce Congrès –, pour confron­ter les actes au verbe de cette si ba­roque ré­vo­lu­tion.

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