PRÉ­SEN­TA­TION DES RE­CRUES De la sé­ré­ni­té à re­vendre

À bien­tôt 32 ans, Jo­na­than Wis­niews­ki a fait le tour de France des clubs de rugby de re­nom. De Tou­louse au Ra­cing 92, il en­tend fi­nir sa car­rière à Tou­lon. Pour le meilleur...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports -

Il semble être re­ve­nu de tout… ou presque. Treize ans de pro­fes­sion­na­lisme ont ap­por­té à Jo­na­than Wis­niews­ki au­tant de quié­tude que de sé­ré­ni­té. Il a ap­pris au fil des épreuves vé­cues et tra­ver­sées à prendre du re­cul. Le drame fa­mi­lial qui l’a frap­pé il y a six ans (son petit frère Jor­dan s’est tué dans un ac­ci­dent de voi­ture) lui a per­mis de re­la­ti­vi­ser le bonheur d’une vic­toire, la dé­tresse d’une dé­faite, la gra­vi­té « des choses de la vie ».

Der­nier contrat a prio­ri

L’ou­vreur et bu­teur, qui a connu plu­sieurs clubs du Top 14, en­tend fi­nir sa car­rière à Tou­lon. Il a si­gné pour trois ans au RCT. A prio­ri, ce se­ront ses der­niers. Il a dé­jà pen­sé à sa re­con­ver­sion (il a mon­té un res­tau­rant à Gre­noble avec un as­so­cié) et n’en­vi­sa­ge­rait pas de rem­pi­ler. « Je veux al­ler au bout du bout de ma per­for­mance. Si je de­vais choi­sir entre le Bren­nus et la coupe d’Eu­rope, mon op­tion est claire. Mon rêve c’est de tou­cher le bout de bois (le fa­meux Bou­clier de Bren­nus). » Quand il a fou­lé la pe­louse de Berg, lun­di der­nier, pour la re­prise de la sai­son avec les jeunes et les nou­velles re­crues, l’an­cien ou­vreur gre­no­blois s’est re­plon­gé quelques an­nées en ar­rière. En ca­det, il por­tait dé­jà le maillot rouge et noir. Et quand il se re­tourne sur tout son che­min par­cou­ru, il a le sen­ti­ment de s’être for­gé une vie de pri­vi­lé­gié à force de tra­vail. « Re­bon­dir à Tou­lon est pour moi ex­cep­tion­nel. Après la sai­son vé­cue avec le FCG (re­lé­ga­tion de Gre­noble et Bayonne), ve­nir ici, c’est gé­nial, presque in­es­pé­ré. » In­es­pé­ré ? Pas vrai­ment. Jo­na­than Wis­niews­ki, qui porte les mêmes ini­tiales qu’un cer­tain Jon­ny Wil­kin­son, avait dé­jà été con­tac­té il y a quatre et trois ans pour re­joindre le club va­rois. Les deux fois, il avait dé­cli­né la pro­po­si­tion. Et s’en ex­plique: « J’avais re­fu­sé car je connais­sais le mode de fonc­tion­ne­ment de Ber­nard (La­porte). Il ne fai­sait pas trop tour­ner. Ac­cep­ter cette fois de si­gner à Tou­lon était pour moi le bon mo­ment, dans le bon contexte. Le dis­cours du pré­sident m’a beau­coup plu. Je n’ai rien à perdre. Je vais tout sa­vou­rer ». C’est cu­rieu­se­ment suite à une ren­contre avec Mike Ford que l’an­cien Ra­cing­men a pa­ra­phé son contrat. Le chan­ge­ment de staff tou­lon­nais n’a en rien bou­le­ver­sé ses plans.

« Ici, tout est exa­cerbe »

« J’ai ren­con­tré alors Fa­brice Lan­dreau, avec qui j’en­tre­te­nais de bons rap­ports. Il a to­ta­le­ment va­li­dé ma ve­nue dans ce grand club. Ici, tout est exa­cer­bé. On joue dans de grands stades, on dis­pute de grandes com­pé­ti­tions. Les phases fi­nales, je les ai sui­vies ces der­niers temps de­vant la té­lé­vi­sion. C’est frus­trant. Ces mo­ments-là, en tant que joueur, on a tous en­vie de les vivre, de les jouer. » En une pe­tite se­maine, Jo­na­than a dé­jà in­té­gré le fait qu’au RCT tout est dif­fé­rent. « Tou­lon, c’est vrai­ment par­ti­cu­lier. Ici, on vise plus haut, plus fort. » Ce joueur, dé­tes­té par Pierre Ber­bi­zier, son an­cien coach du Ra­cing 92, es­père pou­voir ap­por­ter un peu de fraî­cheur dans son nou­veau club. Avec son re­gard et son ex­pé­rience, l’homme n’est pas du style à re­gar­der, ana­ly­ser, dis­ser­ter ou com­men­ter les si­tua­tions de tel ou tel club. « Je me fo­ca­lise sur mes performances et le bou­lot que j’ai à faire. Ma seule en­vie est de m’im­pli­quer à fond, d’ap­por­ter tout le vé­cu ac­quis au cours de ma car­rière. Toutes les épreuves de la vie que j’ai dû tra­ver­ser m’ont beau­coup ap­pris sur moi-même. Je sais que la vie peut bas­cu­ler sur trois fois rien en quelques se­condes. » Voi­là pour­quoi, il évite de se prendre la tête. Voi­là pour­quoi il ne se pré­oc­cupe guère des aléas de la vie d’un club ou en­core de la concur­rence. « Je l’ai tou­jours connue. Elle est de plus en plus dure. Mais qu’on me donne 1, 5, 10 mi­nutes ou plus de temps de jeu, je fe­rai tou­jours du mieux pos­sible. »

Sans au­cune li­mite

Nou­vel­le­ment ins­tal­lé avec femme et en­fant (il a un gar­çon de 4 ans) à Sol­liès-Pont dans la mai­son de JeanC­harles Orio­li, ce joueur ap­pe­lé en équipe de France juste avant de se bles­ser sait avoir ra­té « pas mal de choses» tout au long de son par­cours. Voi­là aus­si pour­quoi, il n’en­tend pas pas­ser à cô­té de ces der­nières an­nées. « Je sais où je veux al­ler. Je ne me donne pas de li­mite » confie le bu­teur qui a tra­vaillé sous la di­rec­tion de nom­breux en­traî­neurs et pré­si­dents. Ad­mi­ra­tif de son nou­veau et aty­pique pa­tron ja­mais avare d’une sor­tie mé­dia­tique («ça fait par­tie du per­son­nage. C’est le par­fait op­po­sé de Ja­cky Lo­ren­zet­ti», lâche-t-il dé­ta­ché), Jo­na­than Wis­niews­ki veut vivre ces trois der­nières an­nées à fond. Il ne mé­na­ge­ra pas sa peine pour jouer plei­ne­ment son rôle. Alors certes, il ne pour­ra pas faire ou­blier Jon­ny à qui on ne peut que suc­cé­der faute de pou­voir le rem­pla­cer. Pour au­tant, Wis­niews­ki, qui vit sa pas­sion du rugby à fond, sait qu’après avoir été adop­té par les mon­ta­gnards isé­rois, il sau­ra sé­duire l’exi­geant pu­blic de Mayol. Tant qu’il a la san­té, tout lui est per­mis... À com­men­cer par vivre un rêve éveillé.

Textes : Paul MASSABO Pho­to : Pa­trick Blan­chard

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