Alain El­louz maître de l’al­bâtre

Jus­qu’à la fin août, la ga­le­rie éphé­mère de « l’Ate­lier Alain El­louz » est ou­verte au coeur du Pa­lace de La Mes­sar­dière. Meubles, lu­mi­naires et lustres somp­tueux y sont ex­po­sés

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - GÉ­RARD CRESTEIL

Bill Ha­ley et les Co­mets signent le premier tube du Rock’n’roll en 1955 : « Rock around the clock ». Cette même an­née, Alain El­louz s’éveille au monde dans la ca­pi­tale, quelque part entre le bois de Vin­cennes et le Fau­bourg Saint-An­toine. Ça n’en fe­ra pas pour au­tant un ti­ti pa­ri­sien. Juste un ci­toyen au des­tin ex­cep­tion­nel. Il gra­vit un à un les bar­reaux de l’échelle de la vie condui­sant à son épa­nouis­se­ment mental et so­cial. « J’ai gran­di dans l’es­prit mai 68, la li­ber­té de pen­ser, d’être. Sans sa­voir réel­le­ment ce vers quoi j’as­pi­rais. Je suis un au­then­tique au­to­di­dacte. Comme quoi, pour réus­sir, il n’est pas for­cé­ment né­ces­saire d’avoir son bac.» Son re­gard pé­tille de ma­lice. Con­for­ta­ble­ment ins­tal­lé dans un ca­na­pé, pa­ra­phé de son ami le de­si­gner Philippe Hu­rel, au coeur du pa­lace de La Mes­sar­dière. Pré­ci­sé­ment dans une vaste salle qu’il a amé­na­gée en ga­le­rie de luxe éphé­mère où ses lu­mi­naires et autres créa­tions d’al­bâtre et de cris­tal de roche, ta­touent d’une lueur char­gée de dou­ceur un uni­vers tout de bois noir vê­tu.

« Une pierre est avant tout une vi­bra­tion »

Ex-ani­ma­teur d’une troupe de théâtre, puis res­pon­sable com­mer­cial dans une société de ser­vices in­for­ma­tiques avant d’ou­vrir en 1985 sa pre­mière boîte, puis, trois ans plus tard, une se­conde, Equip So­lu­tions In­for­ma­tiques, il évoque son che­mi­ne­ment pro­fes­sion­nel. « J’avais tou­jours au fond de moi l’en­vie, le dé­sir de sculp­ter. Et ce qui n’était au dé­but qu’un plai­sir per­son­nel, ce­lui de don­ner vie à des formes en par­tant d’un mor­ceau de roche est su­bi­te­ment de­ve­nu une évi­dence…» Son vi­sage rayonne. Le fil de son exis­tence dé­file sur l’écran de son au­dace. Celle d’avoir eu le cou­rage de cli­quer le mot « end » sur le cla­vier de son bu­si­ness d’hier. « J’avais une cen­taine d’em­ployés, le chiffre d’af­faires al­lait crois­sant mais je n’étais pas heu­reux au sens vrai du terme. » Le se­cond dé­clen­cheur de cette re­mise en ques­tion s’ap­pelle l’al­bâtre. « Une pierre ayant la fa­cul­té de prendre un noble po­li et d’au­to­ri­ser la lu­mière à la trans­per­cer. Un jour, alors que j’étais en train de réa­li­ser une forme ovale, l’am­poule éclai­rant mon ate­lier a ren­du lu­mi­neuse ma réa­li­sa­tion. Je ve­nais de ter­mi­ner mon premier lu­mi­naire, pré­lude à bien d’autres. Vous sa­vez, une pierre est avant tout une vi­bra­tion. »

Clients pres­ti­gieux de Brad Pitt à Dior…

Tan­dis que nous conver­sons, sa der­nière oeuvre, deux an­neaux en­tre­la­cés en cris­tal de roche captent tous les re­gards. Et, ce­lui qui ten­ta en l’an 2000 d’ac­qué­rir le do­maine du Mont­cel à Jouy-en-Jo­sa, (où sé­jour­na dix ans du­rant la Fon­da­tion Car­tier pour l’art contemporain), afin d’y ac­cueillir des sé­mi­naires d’art et y ins­tal­ler di­vers ar­tistes, avant de de­voir re­non­cer en 2005, ra­conte la nais­sance du plus beau fleu­ron de sa réus­site « l’Ate­lier Alain El­louz » : « Je me suis as­so­cié avec Ma­rion Biais Sau­vetre, une dé­si­gner, et au terme de deux an­nées consa­crées à com­prendre et maî­tri­ser les pro­prié­tés fa­bu­leuses mais com­plexes de l’al­bâtre, nous avons créé notre col­lec­tion.» « Huit ans plus tard, la no­to­rié­té de l’ate­lier est mon­diale : Brad Pitt, Dior, Guer­lain, di­verses fa­milles royales et des éta­blis­se­ments hô­te­liers pres­ti­gieux comme la Mes­sar­dière sont de­ve­nus nos clients. J’em­ploie vingt-deux per­sonnes.» Entre Alain El­louz et la Mes­sar­dière, plus exac­te­ment son pro­prié­taire Gilles Gi­bier, la fi­lia­tion est plus forte. « Gilles est un ami d’en­fance. Nos dé­buts, étaient iden­tiques puisque liés à l’in­for­ma­tique. Lorsque nous avons cé­dé tous les deux nos af­faires, nous nous sommes per­dus de vue. C’est le ha­sard, en fait une com­mande au­près de l’ate­lier à par­tir d’un cro­quis de Gilles. J’ai re­con­nu son coup de crayon. Je l’ai contac­té et notre ami­tié a re­pris.» L’hi­ver der­nier, le bar de la pis­cine ain­si que le hall d’en­trée ont fait peau neuve à base d’al­bâtre et d’un mo­bi­lier chic et sobre. Quant à Alain El­louz, s’il se dé­fi­nit comme simple ar­ti­san d’art, adepte de la mé­di­ta­tion et ai­mant écou­ter en boucle du Léo Fer­ré entre deux mor­ceaux jaz­zy de Miles Da­vis. Il est aus­si un en­tre­pre­neur dou­blé d’un hu­ma­niste à la fibre artistique hors du com­mun. Res­pect… l’ar­tiste, sor­cier de l’al­bâtre.

(Photos G. C.)

Alain El­louz joue avec la pierre et la lu­mière.

Des gouttes de pierre trans­lu­cides pour un éclai­rage doux et mys­té­rieux qui ré­sulte de la vi­bra­tion de la pierre.

Des formes mo­dernes.

Fas­ci­nants an­neaux de cris­tal de roche.

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