La nage avec les dau­phins dans le col­li­ma­teur

Les dé­fen­seurs des ani­maux lancent une pé­ti­tion ré­cla­mant l’arrêt des sor­ties en mer avec nage près des cé­ta­cés pro­po­sées par cer­tains opé­ra­teurs. Ces der­niers se dé­fendent

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - VÉ­RO­NIQUE GEORGES vgeorges@ni­ce­ma­tin.fr

En ce dé­but de sai­son es­ti­vale, les opé­ra­teurs tou­ris­tiques pro­po­sant des sor­ties de nage avec les cé­ta­cés sau­vages connaissent un vé­ri­table suc­cès en Mé­di­ter­ra­née fran­çaise. Cette offre tou­ris­tique met les dé­fen­seurs de la faune en co­lère. « Cette ac­ti­vi­té, ac­tuel­le­ment pra­ti­quée par au moins cinq opé­ra­teurs, im­plique un rap­pro­che­ment étroit avec les mam­mi­fères ma­rins et peut se ré­vé­ler dan­ge­reuse pour les pra­ti­quants comme pour les ani­maux », es­timent les res­pon­sables de plu­sieurs as­so­cia­tions, tels que France Na­ture En­vi­ron­ne­ment, le Groupe de Re­cherche sur les Cé­ta­cés, la Fon­da­tion pour la Na­ture et l’Homme, Souf­fleurs d’Écume et SOS Grand Bleu.

Des pré­da­teurs, pas des pe­luches

En­semble, ils veulent at­ti­rer l’at­ten­tion de la clien­tèle sur les dan­gers de cette pra­tique com­mer­ciale et lancent une pé­ti­tion

(1) pour la faire in­ter­dire. « L’ac­ti­vi­té de whale wat­ching (ob­ser­va­tion des ba­leines, Ndlr) n’est pas né­faste si elle est bien gé­rée, avec des codes d’ap­proche stricts et un mes­sage d’édu­ca­tion à l’en­vi­ron­ne­ment et de sen­si­bi­li­sa­tion à la pro­tec­tion des ani­maux. Elle est même dé­si­rable », ex­plique le Bri­gno­lais Pas­cal Mayol, ex-di­rec­teur des Souf­fleurs d’Écume, au­jourd’hui ex­pert as­so­cié à la Fon­da­tion pour la Na­ture et l’homme. Mais se­lon lui et d’autres dé­fen­seurs de la cause ani­male «la nage avec les dau­phins sau­vages est un grave agent de per­tur­ba­tion de l’éco­sys­tème. Elle n’est en outre pas sans dan­ger. Même si au­cun ac­ci­dent n’a eu lieu en Mé­di­ter­ra­née, ces ani­maux sont des pré­da­teurs ma­rins, pas des pe­luches. Dans les sa­fa­ris, les or­ga­ni­sa­teurs ne pro­posent pas de des­cendre des vé­hi­cules pour s’ap­pro­cher des lions… »

Re­pé­rage par avion à basse al­ti­tude

Il veut sur­tout mettre en évi­dence deux choses : le res­pect des ani­maux et la contrainte sur les ac­teurs ver­tueux, ti­tu­laires du la­bel high qua­li­ty (lire ci-des­sous). « Les opé­ra­teurs com­mer­ciaux uti­lisent des avions à basse al­ti­tude pour re­pé­rer les groupes de dau­phins, ba­leines, ca­cha­lots et autres glo­bi­cé­phales, per­met­tant ain­si aux ba­teaux de les trou­ver ra­pi­de­ment, sou­ligne-t-il. Or ces ani­maux ont be­soin de longues pé­riodes de re­pos en sur­face, pour leurs ac­ti­vi­tés vi­tales. Lorsque vous sys­té­ma­ti­sez la nage com­mer­ciale, vous in­ter­agis­sez avec ces ac­ti­vi­tés et les per­tur­bez ». En outre, pour gé­rer le whale wat­ching, « on a mis en place un la­bel high qua­li­ty, la­bel d’État qui per­met de s’im­pli­quer dans une dé­marche de dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Les opé­ra­teurs qui pra­tiquent ain­si font un gros ef­fort. Ils res­tent à des dis­tances rai­son­nables des es­pèces, sen­si­bi­lisent vrai­ment le pu­blic. Mais ils sont sous la pres­sion des autres qui ne res­pectent pas ces règles du jeu. » Et de re­gret­ter : « Le pro­blème, c’est l’ab­sence de ré­gle­men­ta­tion ». Au ni­veau ju­ri­dique en ef­fet, un ar­rê­té da­tant de 2011 in­ter­dit « la per­tur­ba­tion in­ten­tion­nelle in­cluant la pour­suite ou le har­cè­le­ment des ani­maux dans le mi­lieu na­tu­rel ». Ce­pen­dant, les sanc­tions sont peu dis­sua­sives et, dans les faits, au­cun opé­ra­teur n’a en­core ja­mais été condam­né. « Il faut du per­son­nel de l’État, pour sur­veiller, contrô­ler, ajoute Pas­cal Mayol, mais sur­tout une loi pour in­ter­dire la nage com­mer­ciale ». Les chefs d’en­tre­prises pro­po­sant ce genre d’ac­ti­vi­té se dé­fendent, eux, de nuire aux cé­ta­cés( lire ci-des­sous). 1. www.fne.as­so.fr/ac­tua­lites/de­man­dez-aem­ma­nuel-macron-de-mettre-fin-au­har­ce­le­ment-des-dau­phins-sau­vages

(DR)

Ap­pro­cher les cé­ta­cés de près n’est pas sans risque pour les ani­maux comme pour les hommes, se­lon les as­so­cia­tions de dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment.

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