Le grand jour

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - Par MI­CHÈLE COTTA

Pe­tit à pe­tit, inconnu ou presque il y a en­core quelques se­maines, Edouard Phi­lippe, d’un dis­cours de po­li­tique gé­né­rale à sa der­nière in­ter­ven­tion à la conven­tion de La Ré­pu­blique en Marche ! se met à prendre sa place, es­sen­tielle, dans la vie po­li­tique. Le Pre­mier mi­nistre avait deux han­di­caps à re­mon­ter. Le pre­mier était sa faible no­to­rié­té. Dif­fi­cile pour un homme po­li­tique d’être pro­pul­sé, en quelques se­maines, au pre­mier plan de la po­li­tique. Ma­ti­gnon est, on le sait, le poste le plus dif­fi­cile à te­nir de la Ré­pu­blique. Tout re­monte au ca­bi­net du Pre­mier mi­nistre, par­fois avant ce­lui du Pré­sident : mou­ve­ments sociaux, sé­cu­ri­té na­tio­nale, ar­bi­trages bud­gé­taires com­plexes, pro­messes à te­nir face aux réa­li­tés éco­no­miques, sans ou­blier son rôle, prin­ci­pal, mettre en oeuvre, au Par­le­ment et ailleurs, la po­li­tique dé­fi­nie par le pré­sident de la Ré­pu­blique. Ce qui re­joint son deuxième han­di­cap : Edouard Phi­lippe vient des Ré­pu­bli­cains, dont entre pa­ren­thèses, il est en voie d’ex­clu­sion de­puis hier. Il a été le por­te­pa­role d’Alain Jup­pé, puis, après s’être mis en re­trait pen­dant la cam­pagne de Fran­çois Fillon, il a été nom­mé Pre­mier mi­nistre par Em­ma­nuel Ma­cron, im­mé­dia­te­ment après que ce­lui-ci eut mis un pied à l’Ely­sée. Et le voi­là dé­sor­mais chef d’une ma­jo­ri­té plé­tho­rique com­po­sée de nou­veaux élus, dont il ne connaît pas le plus grand nombre. Ce n’est pas à lui que ceux­ci doivent leur élec­tion et pour­tant c’est de lui qu’ils doivent at­tendre con­seils, ex­pli­ca­tions, et même – or­ga­ni­sa­tion de la ma­jo­ri­té oblige –, consignes et re­com­man­da­tions. Il faut donc au Pre­mier mi­nistre éta­blir son au­to­ri­té sur les « mar­cheurs ». Et trans­for­mer ce qui a été, en avril , un ras­sem­ble­ment spon­ta­né, ou presque, au­tour d’Em­ma­nuel Ma­cron en par­ti struc­tu­ré, quoique ses membres le veuillent ou­vert, dif­fé­rents des autres et pour­tant ca­pable de se mo­bi­li­ser pour les pro­chaines élec­tions in­ter­mé­diaires dont la pre­mière d’entre elles, l’élec­tion eu­ro­péenne de . Mais le pre­mier vrai com­bat, es­sen­tiel, d’Edouard Phi­lippe com­mence au­jourd’hui. Jeu­di der­nier, le pro­jet de loi dit de « ren­for­ce­ment du dia­logue so­cial », vi­sant à ré­for­mer le Code du tra­vail, a été adop­té en com­mis­sion à l’As­sem­blée, grâce aux votes des dé­pu­tés de La Ré­pu­blique en marche ! du MoDem et LR de la com­mis­sion des Af­faires so­ciales, et contre, comme pré­vu, ceux de la France in­sou­mise de Jean-Luc Mé­len­chon. A l’en­semble des par­le­men­taires de vo­ter, d’abord, la loi d’ha­bi­li­ta­tion au­to­ri­sant le gou­ver­ne­ment à lé­gi­fé­rer par or­don­nances. Pour­quoi des or­don­nances ? Pour que les me­sures prises par le gou­ver­ne­ment après concer­ta­tion avec les syn­di­cats puissent être plus ra­pi­de­ment mises en oeuvres. On s’en doute, une par­tie de l’op­po­si­tion crie­ra au coup d’Etat. Dé­jà, Jean-Luc Mé­len­chon ne s’en prive pas, ju­geant que le re­cours aux or­don­nances n’est pu­re­ment et sim­ple­ment qu’un « dé­ni du droit du Par­le­ment » . La séance d’au­jourd’hui est le pre­mier vrai test d’Edouard Phi­lippe face à l’As­sem­blée. Il lui faut convaincre que sa mé­thode de tra­vail est la seule qui per­mette d’al­ler vite. Il n’est pas cer­tain que ce­la plaise à son op­po­si­tion. C’est face à elle, et aus­si à sa propre ma­jo­ri­té qu’Edouard Phi­lippe doit trou­ver son style.

« Pre­mier vrai test, au­jourd’hui, d’Edouard Phi­lippe face à l’As­sem­blée. »

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