Il voit rouge !

In­fra­struc­tures, transports col­lec­tifs, dis­po­si­tifs de sé­cu­ri­té in­adap­tés... L’an­cien pi­lote de ral­lye Ber­nard Dar­niche s’at­taque à la mo­bi­li­té dans le Golfe.

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - PRO­POS RECUEILLIS PAR C. DUPONT cdu­pont@ni­ce­ma­tin.fr

Ré­pu­té pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, l’an­cien pi­lote au­to­mo­bile Ber­nard Dar­niche a ani­mé du­rant quelques an­nées une émis­sion de ra­dio sur le thème de la mo­bi­li­té, dans la­quelle il ti­rait à bou­lets rouges sur les dé­ci­deurs pour leur po­li­tique rou­tière. Ré­gu­liè­re­ment en ré­si­dence à Gri­maud, il dé­nonce, no­tam­ment à l’échelle du Golfe de SaintT­ro­pez, les re­tards pris en ma­tière d’in­fra­struc­tures rou­tières et leurs consé­quences sur la sé­cu­ri­té.

Pour­quoi vous êtes-vous sai­si des ques­tions de mo­bi­li­té ?

L’in­con­sé­quence et l’in­sou­ciance des po­li­tiques pen­dant des an­nées ont conduit à une vé­ri­table im­pos­si­bi­li­té de se dé­pla­cer. Ce­la pé­na­lise les gens les plus dé­mu­nis, qui ne peuvent ha­bi­ter à proxi­mi­té de leur lieu de tra­vail. Et quand on met deux heures pour al­ler et re­ve­nir du bou­lot, les consé­quences sur la so­cié­té, l’éco­no­mie lo­cale et na­tio­nale sont très graves.

Les em­bou­teillages sont mon­naie cou­rante dans le Golfe. Comment l’ex­pli­quez-vous ?

Les élus ont ou­vert, à juste titre, le Golfe à de nou­veaux ha­bi­tants. Mais sans se pré­oc­cu­per des dé­pla­ce­ments qui vont avec : on a  ans de re­tard sur les in­fra­struc­tures et les transports col­lec­tifs. Leur dé­ve­lop­pe­ment au­rait dû être la prio­ri­té. Ce­la fait des an­nées, par exemple, que j’en­tends par­ler d’une au­to­route. Nous payons tous des im­pôts. Ils de­vraient nous per­mettre d’ac­cé­der à une mo­bi­li­té se­reine.

Vous ap­pe­lez jus­te­ment à la créa­tion d’une « agence à la mo­bi­li­té se­reine et du­rable ». Pour­quoi ?

La mo­bi­li­té ne de­vrait pas re­po­ser sur la res­pon­sa­bi­li­té po­li­tique mais sur un sys­tème de gou­ver­nance gé­ré par des gens com­pé­tents, qui fe­ront preuve de prag­ma­tisme et por­te­ront leur re­gard sur les vingt pro­chaines an­nées.

Les ra­dars ont rap­por­té plus de  mil­lions d’eu­ros à l’État en , pour au­tant le nombre de morts sur les routes ne baisse pas. Quel constat en ti­rez-vous ?

On prend les choses à l’en­vers. Plus on of­fri­ra de sé­ré­ni­té sur la route, avec des in­fra­struc­tures adap­tées, des transports col­lec­tifs per­for­mants, plus la sé­cu­ri­té rou­tière s’en por­te­ra bien. Il est fa­cile de tou­jours re­por­ter la res­pon­sa­bi­li­té sur les usa­gers, mais quand les in­fra­struc­tures sont ob­so­lètes, quand on perd son temps dans les bou­chons, ce­la pro­voque une schi­zo­phré­nie gé­né­ra­li­sée.

Vous cri­ti­quez no­tam­ment les ra­len­tis­seurs, mais que faites-vous de ces

au­to­mo­bi­listes qui ne res­pectent pas les li­mi­ta­tions de vi­tesse ?

Il existe quan­ti­té d’autres so­lu­tions bien plus ef­fi­caces... Des études montrent par exemple que lors­qu’on donne le sen­ti­ment qu’une zone est pié­tonne - grâce à une chaus­sée avec pa­vés par exemple, la vi­tesse des au­to­mo­bi­listes baisse spon­ta­né­ment. De même, le ré­tré­cis­se­ment de voies en ajou­tant une piste cy­clable par exemple conduit à la dé­cé­lé­ra­tion. Par ailleurs, il faut fa­vo­ri­ser les dé­pla­ce­ments, ici il y a du po­ten­tiel avec les na­vettes ma­ri­times. D’autres pays sont beau­coup plus en avance que nous. Re­gar­dez le nombre de vé­los en Hol­lande grâce aux pistes cy­clables, les feux in­tel­li­gents ou en­core les li­mi­ta­tions de vi­tesse qui va­rient en fonc­tion de la den­si­té du tra­fic en Al­le­magne ! Et pen­dant ce temps, nous, on fait des gi­ra­toires qui ra­len­tissent en­core plus le tra­fic.

Vous ne crai­gnez pas d’être taxé de dan­ger pu­blic ?

J’ai tra­ver­sé  ans de com­pé­ti­tion dans un mé­tier, le ral­lye, très dan­ge­reux. Les ac­ci­dents mor­tels, c’était tous les week-ends. J’ai un sens ai­gu du risque. Op­tons pour des so­lu­tions ef­fi­caces.

En ma­tière de sé­cu­ri­té, les in­fra­struc­tures du Golfe ne sont donc pas au ren­dez-vous ...

Quand vous sor­tez de Sainte-Maxime sur une voie à  km/h, alors qu’il y a des pas­sages pié­tons de sor­tie de plage, où est la sé­cu­ri­té ? La piste cy­clable n’est pas em­prun­tée par les spor­tifs car elle n’est pas adap­tée. Ce­la crée de vé­ri­tables in­com­pré­hen­sions avec les au­to­mo­bi­listes. On manque d’un réel par­tage de la route. Ré­sul­tat, tout le monde se hurle des­sus. On dit que les Fran­çais sont re­belles à la loi, mais ce sont plu­tôt que les règles et équi­pe­ments qui sont ob­so­lètes !

(Pho­to S. Lou­vet.)

Mau­vais par­tage de la route, in­fra­struc­tures in­suf­fi­santes, in­adap­tées voire dan­ge­reuses... Ber­nard Dar­niche n’y vas pas par quatre che­mins quand il s’agit de par­ler mo­bi­li­té et sé­cu­ri­té rou­tière.

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