Vi­ré pour un fro­mage, Yan­nick té­moigne

Suite à un cour­riel de la di­rec­trice de l’hôtel Ibis à Co­go­lin, Yan­nick, la­veur de vitres de la so­cié­té de net­toyage ONET, se re­trouve au chô­mage. Il dé­nonce une vo­lon­té de bri­ser son en­ga­ge­ment...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - 1. La di­rec­tion lo­cale de l’hôtel a choi­si de ne pas ré­pondre à nos sol­li­ci­ta­tions. N. SA. AVEC S. CH.

De­puis le 7 juin der­nier, Yan­nick est sans em­ploi. Li­cen­cié par sa so­cié­té de ser­vices Onet (spé­cia­li­sée dans la pro­pre­té) . La­veur de vitres de­puis plus de 10 ans, il a été vi­ré, se­lon le mo­tif in­vo­qué par son em­ployeur, de

« sous­trac­tion de biens ap­par­te­nant à l’un de nos clients, sans in­for­ma­tion ou au­to­ri­sa­tion préa­lable de ce

der­nier ». Une faute grave. Le bien en ques­tion est un simple bout de fro­mage. Dur à di­gé­rer. Au­jourd’hui, le syn­di­cat CGT prend sa dé­fense et lance une pé­ti­tion (lire en en­ca­dré). La se­maine pro­chaine, ils iront même ma­ni­fes­ter de­vant les bu­reaux de son ex-em­ployeur, à La Far­lède. Pour Var ma­tin, Yan­nick a ac­cep­té de re­ve­nir sur cette mal­heu­reuse his­toire qui a chan­gé sa vie.

Qu’est-ce qu’on vous re­proche exac­te­ment ?

D’avoir man­gé un bout de fro­mage qui al­lait par­tir à la poubelle. Il y avait deux mor­ceaux sur l’as­siette, qui n’était dans le fri­go ou sous film plas­tique mais à l’ex­té­rieur.

Qu’est-ce qui s’est pas­sé en­suite ?

Je suis tom­bée nez à nez avec la di­rec­trice. J’ai com­pris que ce geste l’avait dé­ran­gée. Je me suis ex­cu­sé et j’ai pro­po­sé de payer le mor­ceau. Elle m’a dit non. Seule­ment voi­là, le jour même, elle en­voyait un cour­riel à la di­rec­tion d’ONET pour dé­non­cer mon com­por­te­ment. C’était le  avril. Ce­la au­rait pu être un coup de co­lère sur le mo­ment, mais elle a éga­le­ment en­voyé un courrier re­com­man­dé le  mai ().

Votre di­rec­tion vous a de­man­dé des comptes, je sup­pose…

Oui, j’ai re­çu le  mai une convo­ca­tion le  mai, pour un en­tre­tien préa­lable à un li­cen­cie­ment. J’ai re­çu ma lettre de li­cen­cie­ment le  juin. Elle pré­ci­sait qu’elle fai­sait ef­fet le jour de l’ex­pé­di­tion le  juin donc.

Com­ment avez-vous ré­agi à ce mo­ment-là ?

Je ne com­prends pas. Ce­la fait  ans que je tra­vaille pour cette en­tre­prise. Je n’ai ja­mais eu au­cun aver­tis­se­ment, ni blâme ni mise à pied. Et se­lon ma di­rec­trice, je suis un de ses meilleurs ou­vriers ! Cette dé­ci­sion vient peut-être de plus haut dans la hié­rar­chie mais le fait est que je suis au­jourd’hui ins­crit au chô­mage et à la re­cherche d’un em­ploi. Condam­né pour faute grave, je n’ai pas droit à mes in­dem­ni­tés sur mes  ans de tra­vail. J’ai  ans. Je suis père de trois en­fants. Le soir, avec ma femme, je ne trouve pas le som­meil. Je ne sais pas com­ment je vais faire.

La lettre de li­cen­cie­ment évoque éga­le­ment des in­suf­fi­sances au ni­veau de l’hy­giène

Ce­la fait deux ans que je tra­vaille chez Ibis et que je prends mon point d’eau dans la cui­sine car mon sceau est haut et les bacs sont suf­fi­sam­ment pro­fonds. Per­sonne ne m’a rien dit. Pas même un res­pon­sable d’ONET. Non, pour moi, on cherche à éli­mi­ner un pos­sible cé­gé­tiste.

Vous êtes mi­li­tant ?

Oui de­puis un an. La so­cié­té ne vou­lait pas me ré­gler mes heures, je suis donc al­lé voir la CGT. J’ai vu que je n’étais le seul dans ce cas. Je me suis syn­di­qué de­puis. Cette an­née, je voulais me pré­sen­ter aux élec­tions. Les listes n’étaient pas en­core faites mais la di­rec­tion sa­vait que j’al­lais me pré­sen­ter. Ce li­cen­cie­ment, c’est aus­si une fa­çon de faire peur aux autres em­ployés. Main­te­nant, je vais me battre pour ma ré­in­té­gra­tion. L’af­faire a été por­tée aux prud’hommes.

(Pho­to Ni­co­las Mar­ti­nez)

Mo­tif in­vo­qué par l’em­ployeur de Yan­nick : «Sous­trac­tion de biens ap­par­te­nant à l’un de nos clients, sans in­for­ma­tion ou au­to­ri­sa­tion préa­lable de ce der­nier ».

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