L’ombre du Brexit plane sur Gi­bral­tar

Des or­di­na­teurs re­liés au monde en­tier sont des­ti­nés à des pa­ris et des jeux sur In­ter­net. Que va de­ve­nir la prin­ci­pale res­source de la co­lo­nie bri­tan­nique ?

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Monde -

Gi­bral­tar, en­clave de 6 km2 ré­cla­mée par l’Es­pagne, est une pomme de dis­corde entre Londres et Madrid, et les ten­sions se sont ac­crues avec la pers­pec­tive du Brexit. Le roi Fe­lipe VI d’Es­pagne, en vi­site d’État cette se­maine au Royaume-Uni, avait ap­pe­lé en sep­tembre à une ré­tro­ces­sion né­go­ciée. En vingt ans, le «Ro­cher» est de­ve­nu la ca­pi­tale de l’in­dus­trie des jeux d’ar­gent en ligne: pa­ris sur les matches de foot ou les élec­tions lé­gis­la­tives bri­tan­niques, po­ker, rou­lette, bac­ca­ra… Pour les 33000 ha­bi­tants du «Ro­cher», ces ac­ti­vi­tés ins­tal­lées chez Con­tinent8 ou dans les deux autres da­ta cen­ters de Gi­bral­tar sont stra­té­giques: elles as­surent 25 % du pro­duit in­té­rieur brut, plus qu’au­cun autre sec­teur de l’éco­no­mie, sou­ligne le mi­nistre du Com­merce Al­bert Iso­la. Ces so­cié­tés de Gi­bral­tar re­pré­sentent à elles seules 30% des 39,3 mil­liards de dol­lars gé­né­rés en 2016 par l’in­dus­trie mon­diale des jeux et des pa­ris en ligne, se­lon les consul­tants H2 Gam­bling Ca­pi­tal. Plus que nulle part ailleurs. At­ti­rés par une fis­ca­li­té fa­vo­rable et l’ac­cès au mar­ché eu­ro­péen, les pre­miers opé­ra­teurs ont dé­mé­na­gé des Ca­raïbes vers Gi­bral­tar dans les an­nées 90, quand on pa­riait en­core par té­lé­phone. Seules 30 so­cié­tés ont une li­cence de jeux en ligne à Gi­bral­tar -- à Malte, elles se comptent par cen­taines -- mais elles em­ploient plus de 3000 per­sonnes de di­verses na­tio­na­li­tés, qui en at­tirent d’autres. Si Gi­bral­tar plaît au­tant à ces ma­gi­ciens des al­go­rithmes et ces com­mer­ciaux, c’est qu’ils peuvent faire la na­vette de­puis l’Es­pagne, où la vie est douce et moins chère. « Nous n’y au­rions pro­ba­ble­ment pas crû comme nous l’avons fait sans cet ar­rière-pays», re­con­naît Pe­ter Mon­te­grif­fo, un avo­cat qui a ai­dé les so­cié­tés de jeux à s’im­plan­ter à Gi­bral­tar. «C’est pour­quoi avec le Brexit, le prin­ci­pal sou­ci est la fa­çon dont la fron­tière va fonc­tion­ner.» Après la dé­ci­sion bri­tan­nique le 23 juin 2016 de quit­ter l’Union eu­ro­péenne, l’Es­pagne a re­nou­ve­lé sa re­ven­di­ca­tion sur Gi­bral­tar, un ter­ri­toire cé­dé en 1713 à la cou­ronne bri­tan­nique.

Perte des li­cences ?

Les Gi­bral­ta­riens craignent de nou­velles tra­cas­se­ries à la fron­tière, comme il s’en pro­duit épi­so­di­que­ment en pé­riode de ten­sion entre Londres et Madrid. Un simple ren­for­ce­ment des contrôles doua­niers peut pro­vo­quer des queues in­ter­mi­nables. L’Es­pagne n’a le­vé qu’en 1985 le blo­cus de la fron­tière im­po­sé de­puis 1969 par le dic­ta­teur Fran­cis­co Franco. Elle se pré­pa­rait alors à re­joindre ce qui était en­core la CEE (de­ve­nue en­suite l’Union eu­ro­péenne). «Le dé­fi du Brexit a une im­por­tance énorme pour Gi­bral­tar», pour­suit l’avo­cat Pe­ter Mon­te­grif­fo. «Nous ne croyons pas que l’Es­pagne dé­mo­cra­tique se ser­vi­ra de la fron­tière comme d’une arme comme elle l’a fait il y a 45 ans… mais nous en­trons en ter­rain in­con­nu.» Et, Brexit oblige, beau­coup de ces so­cié­tés pour­raient être ten­tées de dé­mé­na­ger leurs ac­ti­vi­tés sur l’île de Malte si elles ve­naient à perdre leur li­cence dans cer­tains pays eu­ro­péens (Es­pagne, France, Ita­lie...).

(Pho­to AFP)

À Gi­bral­tar, l’in­dus­trie du jeu est lar­ge­ment tour­née vers le mar­ché bri­tan­nique, le plus im­por­tant et ma­ture d’Eu­rope.

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