Le mes­sage de la ré­sis­tance

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - News - CÉ­LIA MAL­LECK cmal­leck@ni­ce­ma­tin.fr pho­tos : LU­DI­VINE TES­SIER

Ciel d’azur en mi­roir de la mer. Hier, l’at­mo­sphère était idéale pour ac­cueillir l’hom­mage par­ti­ci­pa­tif sur le quai des ÉtatsU­nis. À 9 heures, le cor­tège d’élus et de fa­milles de vic­times avan­çait à pas lents. La di­gni­té mar­quait leur sta­ture. La dou­leur im­pré­gnait leurs vi­sages. La pu­deur conte­nait leurs émo­tions. Les femmes en­deuillées se ser­raient, l’une contre l’autre, comme des pi­liers. Tête contre tête, elles se sou­te­naient. S’en­cou­ra­geaient. Se trans­met­taient le cou­rage de dé­po­ser les plaques inau­gu­rales et d’écrire un mes­sage sur le livre d’or pos­té à l’en­trée. Sur les pages, des épi­taphes. Des mots d’amour. Des adieux. Des es­poirs, aus­si. L’es­poir de se re­cons­truire. L’es­poir de gran­dir pour So­phiene, Ke­nya et Amine, qui ont per­du leur tante dans l’at­ten­tat. L’es­poir de vivre, par­ta­gé par tous les Ni­çois et tou­ristes qui se sont pres­sés dans la ma­ti­née pour mon­trer leur so­li­da­ri­té. La par­ti­ci­pa­tion a été mas­sive et n’a ces­sé d’am­pli­fier. À 10 heures, deux mille per­sonnes sont en­trées pour dé­po­ser une plaque bleue, blanche ou rouge. Le flux hu­main était conti­nu. Le res­pect par­ta­gé. Et, dans l’écou­le­ment se­rein de la jour­née, les voix d’en­fants ra­vi­vaient le sou­rire, par­fois at­tris­té, par­fois éclip­sé, des adultes.

Sept heures après l’ou­ver­ture de l’hom­mage, le mes­sage de cent soixante-dix mètres était for­mé. À 16 heures, 11 997 plaques avaient été po­sées pour bran­dir, à 20 heures, aux yeux des anges, des Fran­çais et des étran­gers, notre de­vise, notre iden­ti­té : « Li­ber­té, Éga­li­té, Fra­ter­ni­té ». Nice unie dans l’ad­ver­si­té. Nice in­di­vi­sible. Nice, cette en­ti­té que tous les par­ti­ci­pants et bé­né­voles ont ho­no­rée. À cô­té des plaques, des roses blanches et des pe­luches or­naient les pieds de la Sta­tue de la li­ber­té. L’image était forte. In­tense. Vi­brante. Au­tant que les té­moi­gnages lais­sés par les par­ti­ci­pants. Une tren­taine de livres d’or ont été ra­jou­tés pour re­cueillir leurs sen­ti­ments. « Ils veulent vrai­ment mar­quer cet évé­ne­ment dans les mé­moires. Ar­rê­ter ce temps en écri­vant leurs mots, leurs émo­tions et leurs en­cou­ra­ge­ments dans les livres d’or », a dé­cla­ré Vé­ro­nique Hai­ra­bé­dian, res­pon­sable des bé­né­voles. Cette so­li­da­ri­té, rien ne l’a dé­cou­ra­gée. Ni les me­sures de sé­cu­ri­té. Ni la cha­leur étouf­fante. Ni la peur qui au­rait pu gal­vau­der leur pré­sence. Hier, le quai des États-Unis était le sym­bole de la ré­sis­tance. Une ré­volte contre l’obs­cu­ran­tisme. L’insolence de la vie face à la mort.

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