Cha­ran­çon rouge : « Il faut un pié­geage mas­sif »

L’as­so­cia­tion Sau­vons nos pal­miers lance une cam­pagne d’in­for­ma­tion pour pro­mou­voir ce moyen de lutte contre l’in­secte ra­va­geur plu­tôt qu’une simple mé­thode de sur­veillance

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR V.G.

Un mois et de­mi après la jour­née d’in­for­ma­tion sur le cha­ran­çon rouge du pal­mier (CRP) or­ga­ni­sée à Roc­ba­ron avec la Fé­dé­ra­tion régionale de lutte et de dé­fense contre les or­ga­nismes nui­sibles (Fredon), l’as­so­cia­tion Sau­vons nos pal­miers (SNP) lance une cam­pagne vi­sant à pro­mou­voir le pié­geage mas­sif. Elle es­time qu’il est pos­sible de faire du pié­geage un moyen de lutte plu­tôt qu’une simple mé­thode de mo­ni­to­ring, c’est-à-dire de sur­veillance. Ques­tions à Her­vé Pié­tra, son pré­sident, très pré­oc­cu­pé par ce su­jet, et ré­ponses sans langue de bois.

Quelle est la si­tua­tion ?

Le cha­ran­çon rouge du pal­mier pré­sent chez nous de­puis bien­tôt dix ans, a fait des dé­gâts consi­dé­rables dans notre pa­tri­moine Phoe­nix, pal­mier-roi, et anéan­ti des mil­liers de grands su­jets. La ré­gle­men­ta­tion fran­çaise, qui en a ren­du la lutte obli­ga­toire en juillet , s’est ce­pen­dant ré­vé­lée lar­ge­ment in­ca­pable de conte­nir l’in­fes­ta­tion. Le « palm killer » pour­suit sa dé­so­lante pro­gres­sion sur la Côte d’Azur.

Com­ment s’or­ga­nise la lutte ?

Les trois stra­té­gies de lutte pro­po­sées ici n’ont pas par­ti­ci­pé d’un plan de lutte in­té­grée mais sont ex­clu­sives l’une de l’autre. Contrai­re­ment à tous les autres pays confron­tés à cette pan­dé­mie, la France ne to­lère que le pié­geage dit de mo­ni­to­ring (sur­veillance), fac­teur dé­clen­cheur des stra­té­gies de pré­ven­tion. Ce qui pou­vait avoir de l’in­té­rêt au dé­but de l’in­fes­ta­tion avant  pour en suivre l’évo­lu­tion n’a, de­puis long­temps, plus au­cun in­té­rêt puisque par­tout où se trouvent des pal­miers des  va­rié­tés sen­sibles, le CRP est pré­sent.

Pour­quoi le pié­geage est-il né­ces­saire ?

Il faut don­ner au pié­geage une autre di­men­sion. C’est la mé­thode la plus an­cienne pour la connais­sance et le contrôle des nui­sibles. Base des stra­té­gies de bio­con­trôle, lar­ge­ment uti­li­sée dans tous les pays concer­nés par les ra­va­geurs de pal­miers, il consti­tue un in­con­tour­nable com­plé­ment aux autres tech­niques d’éra­di­ca­tion. Il faut donc qu’il de­vienne en France fran­che­ment pos­sible et même obli­ga­toire.

Cette mé­thode est-elle uti­li­sée contre d’autres ra­va­geurs ?

Ici, l’exemple le plus proche de nous est ce­lui de la mouche de l’olive où l’Afi­dol, avec des fi­nan­ce­ments Eco-phyto , in­vite fer­me­ment les pro­prié­taires à mettre en place une tech­nique de pié­geage mas­sif. Il n’y a ab­so­lu­ment au­cune rai­son pour que la lutte contre le CRP soit pri­vée de ce moyen.

En pra­tique que se passe-t-il sur le ter­rain ?

La plus grande confu­sion et une vraie tar­tu­fe­rie ! Le co­mi­té de pi­lo­tage cha­ran­çon rouge du pal­mier ré­gion Pro­vence-Al­pesCôte d’Azur écrit en  dans son vade-me­cum des col­lec­ti­vi­tés lo­cales :

« Pié­geage mas­sif : au­cune sub­stance n’est ac­tuel­le­ment au­to­ri­sée pour être uti­li­sée comme at­trac­tif dans des pièges à fin de moyen de lutte. Des pro­grammes de re­cherche sont en cours dans plu­sieurs pays mais n’ont, pour l’ins­tant, pas per­mis de dé­fi­nir les condi­tions d’ap­pli­ca­tion à grande échelle et l’im­pact à long

terme ». Mais en réa­li­té, plu­sieurs types de pièges sont pro­po­sés aux par­ti­cu­liers et aux col­lec­ti­vi­tés avec des phé­ro­mones ex­trê­me­ment per­for­mantes et sur­tout très sé­lec­tives. Elles n’ont peut-être pas d’au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché (AMM) mais elles sont par­fai­te­ment connues de­puis des an­nées.

Pour­quoi n’ont-elles pas l’AMM?

Au­cun fa­bri­cant de phé­ro­mones ne fe­ra l’in­ves­tis­se­ment dans une pro­cé­dure d’au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché pour une ou deux re­charges ven­due(s) moins de  eu­ros. La so­lu­tion pour­rait ré­sul­ter de per­mis d’ex­pé­ri­men­ta­tion ou d’un rap­pro­che­ment avec la ré­gle­men­ta­tion d’usage des auxi­liaires. D’ailleurs, les fa­bri­cants per­sua­dés de l’in­té­rêt du pié­geage et des at­tentes du mar­ché an­ti­cipent et in­ves­tissent en pu­bli­ci­té. Nous sommes de fait à des an­nées-lu­mière du mo­ni­to­ring !

Il n’y a donc pas de prise de conscience de la part des pou­voirs pu­blics ?

Le conseil ré­gio­nal Pa­ca, qui vient de faire de la dé­fense des pal­miers un ob­jec­tif prio­ri­taire de sa po­li­tique en­vi­ron­ne­men­tale, lance un ap­pel à pro­jets dans le­quel il vise ex­pli­ci­te­ment le dé­ve­lop­pe­ment d’une stra­té­gie de pié­geage, de masse, de contrôle.

La si­tua­tion semble ubuesque…

Une ré­gle­men­ta­tion to­ta­le­ment ob­so­lète, une ad­mi­nis­tra­tion qui laisse faire, tout en gardant in­si­dieu­se­ment la pos­si­bi­li­té de ré­pri­mer. N’est-ce pas un com­por­te­ment hy­po­crite ? En tout cas, ce­ci bloque to­ta­le­ment la mise en place du pié­geage comme un in­con­tour­nable élé­ment d’un plan de ges­tion in­té­gré, alors que tous les ac­teurs en sou­haitent ar­dem­ment la mise en place.

Avez-vous es­poir d’une avan­cée ce dos­sier ?

Nous nous sommes ou­verts de cette si­tua­tion à la di­rec­tion gé­né­rale de l’ali­men­ta­tion et ré­cem­ment à une com­mis­sion d’en­quête de l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té sa­ni­taire de l’ali­men­ta­tion. Nos in­ter­lo­cu­teurs re­con­naissent qu’il y a un pro­blème et nous an­noncent la créa­tion d’un groupe de tra­vail…

Ce­la vous sa­tis­fait-il ?

L’as­so­cia­tion Sau­vons nos pal­miers veut in­ter­pel­ler res­pec­tueu­se­ment l’ad­mi­nis­tra­tion, lui dire qu’il n’est plus temps de ter­gi­ver­ser, qu’il faut li­bé­rer le pié­geage en lais­sant aux col­lec­ti­vi­tés, la pos­si­bi­li­té de l’en­ca­drer en dis­tri­buant gra­tui­te­ment des pièges, cen­tra­li­sant les sta­tis­tiques de cap­ture, trans­mises à la Fredon pour la ré­dac­tion de son bul­le­tin de san­té des vé­gé­taux et en ap­pui aux as­so­cia­tions de pro­prié­taires, la pos­si­bi­li­té de faire en toute li­ber­té la pro­mo­tion et la pu­bli­ci­té de cette mé­thode de lutte, de mo­bi­li­ser à nou­veau les pro­prié­taires pri­vés et pu­blics pas­sa­ble­ment dé­mo­ra­li­sés par sept ans d’une lutte ex­trê­me­ment dif­fi­cile et oné­reuse. Au­cune rai­son donc de lais­ser à pen­ser que le CRP pour­rait échap­per à la to­lé­rance zé­ro.

Faut-il conti­nuer à plan­ter des pal­miers ?

Il y a des pal­miers qui ne sont pas su­jets aux at­taques du cha­ran­çon rouge, ou de fa­çon ex­cep­tion­nelle, comme les pal­miers de Chine, le cha­mae­rops hu­mi­lis, ou en­core cer­tains

wa­shing­to­nia. Cer­taines villes ont abu­sé en plan­tant trop de pal­miers, elles ont cé­dé à la fa­ci­li­té. Il y a des arbres qui poussent beau­coup plus len­te­ment et qui sont mieux adap­tés à notre cli­mat. La mo­no­pro­duc­tion n’est ja­mais une bonne chose.

(Pho­tos DR et doc Var-ma­tin)

Her­vé Pié­tra, pré­sident de l’as­so­cia­tion Sau­vons nos pal­miers (SNP).

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