Après un can­cer du sein, le CDI lui échappe

Aide-soi­gnante en CDD à l’hô­pi­tal de la Dra­cé­nie, Ca­rine De­nutte au­rait dû si­gner un contrat à du­rée in­dé­ter­mi­née en août 2014. Mais de­puis sa ma­la­die, son CDI n’est plus à l’ordre du jour

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - EMERIC CHAR­PEN­TIER

C’est l’his­toire d’une aide-soi­gnante em­ployée en CDD qui, peu avant de si­gner au Centre hos­pi­ta­lier de la Dra­cé­nie un contrat à du­rée in­dé­ter­mi­née, se voit diag­nos­ti­quer un can­cer du sein. Ar­rêt, trai­te­ment, ré­mis­sion et re­prise du tra­vail... mais plus de CDI à l’ho­ri­zon. Au­jourd’hui Ca­rine De­nutte, 44 ans, a tour­né la page de l’hô­pi­tal et es­père re­trou­ver ra­pi­de­ment du tra­vail mais elle veut dé­non­cer une «dis­cri­mi­na­tion liée à [s]a ma­la­die ». On est en sep­tembre 2013. « Je suis en­trée à l’hô­pi­tal en ser­vice pneu­mo où je suis res­tée cinq mois. J’ai en­suite été af­fec­tée à la mai­son de re­traite du Mal­mont, ra­conte-t-elle. Je de­vais nor­ma­le­ment si­gner mon CDI le 1er août 2014. Mal­heu­reu­se­ment en juin, j’ap­prends que j’ai un can­cer du sein. J’au­rais pu ne rien dire et at­tendre de si­gner mon contrat. Par hon­nê­te­té, je suis aus­si­tôt al­lée voir mon di­rec­teur de soins pour lui an­non­cer. Il m’a dit qu’il fal­lait que je me soigne, que je gué­risse et qu’il al­lait me re­prendre. » Son contrat s’est donc ar­rê­té le 31 juillet. «Je ne me voyais pas, dit-elle, soi­gner les pa­tients avec les ef­fets se­con­daires de quinze chi­mio­thé­ra­pies. Al­ler vo­mir dans la bas­sine à cô­té en fai­sant leur toi­lette. La pre­mière se­maine, j’ai mai­gri de 9 kg. Mon protocole a du­ré un an et de­mi et quand je me suis sen­tie mieux en jan­vier 2016, j’ai de­man­dé à re­prendre le tra­vail. »

Des postes in­adap­tés

«Dé­jà, je n’ai pas com­pris qu’on ne me pro­pose que des postes au Mal­mont qui sont quand même as­sez lourds, en sa­chant que j’avais eu la moi­tié d’un sein en­le­vé et la chaîne gan­glion­naire sur le bras com­plè­te­ment re­ti­rée. » À force de de­mandes, Ca­rine De­nutte ob­tient d’in­té­grer le ser­vice de mé­de­cine po­ly­va­lente de l’hô­pi­tal, «lui aus­si par­mi les plus durs. Mais mal­gré les sé­quelles de ma ma­la­die, les dou­leurs, j’ai prou­vé de­puis avril 2016 que je vou­lais tra­vailler, que j’y met­tais toute ma bonne vo­lon­té. J’ai plu­sieurs fois été rap­pe­lée pour des ar­rêts d’autres col­lègues, je les ai rem­pla­cés. Il m’est ar­ri­vé de tra­vailler quatre week-ends d’af­fi­lée, j’ai tou­jours été là, dis­po­nible pour le ser­vice. »

Deux courts ar­rêts ma­la­die

En sep­tembre, avec 7,5 de ten­sion, elle doit néan­moins s’ar­rê­ter : «Mon on­co­logue m’avait don­né trois se­maines, je n’ai pris que quelques jours. Et en avril 2017, j’ai dû mal­heu­reu­se­ment me faire opé­rer de la veine sa­phène. Ce­la ar­ran­geait ma cadre de ser­vice pour des pro­blèmes de plan­ning que l’opé­ra­tion se fasse en mai, sans même que je me mette en ar­rêt, par le biais de jours de ré­cu­pé­ra­tion. Le fait est que j’ai dû m’ar­rê­ter quand même une di­zaine de jours car j’ai su­bi des com­pli­ca­tions. » Une fois re­ve­nue à son poste de tra­vail, en fai­sant tous les jours l’al­ler-re­tour de­puis Gon­fa­ron où elle ré­side, l’aide-soi­gnante s’en­quiert bien évi­dem­ment du CDI qu’elle au­rait dû si­gner trois ans plus tôt. Et là, mau­vaise sur­prise... Ca­rine De­nutte n’est vi­si­ble­ment plus dans les « pe­tits pa­piers » de la di­rec­tion de l’hô­pi­tal. Lors d’un en­tre­tien avec le di­rec­teur de soins fin juin, ce­lui-ci lui se jus­ti­fie : « Il m’a ré­pon­du que j’abu­sais des ar­rêts ma­la­die, après un can­cer du sein ! Avec tout un ar­gu­men­taire comme quoi avec les nou­velles lois, les CDI équi­va­laient à des CDD. Je lui ai de­man­dé si ce n’était pas ma ma­la­die qui le gê­nait, il m’a ré­pon­du que non. C’est dur à en­tendre alors que j’ai cô­toyé à l’hô­pi­tal des per­sonnes en CDI qui sont sans cesse en ar­rêt ma­la­die... Sa ré­ponse a été : si vous avez été ar­rê­tée deux fois, c’est bien la preuve que vous n’êtes pas en bonne san­té. »

«Je n’y re­tour­ne­rai pas, même avec unCDI»

« C’est sûr, j’ai eu des com­pli­ca­tions. À la suite de ma chi­mio, je n’avais plus de re­tour vei­neux, un oe­dème, et il fal­lait in­ter­ve­nir d’ur­gence... mais à la date qui ar­ran­geait ma cadre de ser­vice. Pour moi, c’est de la dis­cri­mi­na­tion, du har­cè­le­ment. » L’aide-soi­gnante est donc re­tour­née voir son on­co­logue qui, dit-elle, « est de­ve­nu fou quand il a en­ten­du ça. Il m’a ar­rê­tée jus­qu’au 31 août, date à la­quelle mon contrat prend fin. Je ne veux plus re­tour­ner à l’hô­pi­tal. Même s’ils me font si­gner un CDI, je sais que je vais en ba­ver, je les connais, je sais com­ment ce­la se passe... » Ca­rine De­nutte en a gros sur le coeur, dé­goû­tée et tom­bée en dé­pres­sion ces der­nières se­maines alors qu’elle «adore» son tra­vail et ne compte plus les témoignages de re­con­nais­sance, les re­mer­cie­ments de ses pa­tients ou de leurs proches : « Je n’ai même pas fait va­loir mon han­di­cap au tra­vail, je veux mon­trer que je suis une per­sonne nor­male. J’ai tou­jours pas­sé outre ma ma­la­die. » Elle veut en­fin et sur­tout té­moi­gner au nom de toutes ces per­sonnes, femmes et hommes, at­teintes d’un can­cer et par­fois mises au ban de leur ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle. Une double peine qu’elle es­time in­to­lé­rable. « On res­sent, conclut-elle, un ter­rible sen­ti­ment d’in­jus­tice... »

(Pho­to E. C.)

Ca­rine De­nutte s’est bat­tue contre son can­cer du sein pour re­ve­nir tra­vailler au sein de l’hô­pi­tal de la Dra­cé­nie. Mais pour l’ad­mi­nis­tra­tion, elle a « abu­sé des ar­rêts ma­la­die » et ne pré­sente plus les ga­ran­ties de san­té suf­fi­santes pour bé­né­fi­cier d’un CDI.

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