« Les Ni­çois avaient en­vie de re­trou­ver leur fes­ti­val »

An­nu­lé en 2016 après le 14-Juillet, le Nice Jazz Fes­ti­val re­vient ce soir dis­til­ler une am­biance de fête en ville jus­qu’à ven­dre­di. Ses pro­gram­ma­teurs ont concocté un me­nu plein de bonnes ondes

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud - www.ni­ce­jazz­fes­ti­val.fr PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CH­RIS­TOPHE CIRONE cci­rone@ni­ce­ma­tin.fr

Quand le jazz est là, le ca­fard s’en va », au­rait pu chan­ter Claude Nou­ga­ro. Après les com­mé­mo­ra­tions post-14 Juillet, le Nice Jazz Fes­ti­val, an­nu­lé en 2016 pour les rai­sons que l’on sait, est de re­tour ce soir et pour cinq jours. En­fin! Pré­sen­ta­tion avec sa di­rec­trice, Fré­dé­ri­ca Ran­dria­nome-Kar­sen­ty, et le di­rec­teur ar­tis­tique Sé­bas­tien Vi­dal.

Après l’édi­tion  an­nu­lée, celle-ci re­vêt une im­por­tance très par­ti­cu­lière ? S.V. : Oui, car il y a eu beau­coup de frus­tra­tion l’an­née der­nière. Au-de­là du drame et de la peine, c’est un an de bou­lot qui s’ar­rête d’un coup... Les équipes du fes­ti­val avaient une énorme en­vie de re­lan­cer la ma­chine. Nous nous sommes beau­coup mis la pres­sion, pour re­cons­truire une pro­gram­ma­tion qui donne aux gens du plai­sir, du bon­heur, de l’es­poir. Pour leur per­mettre de re­par­tir du bon pied.

Cet état d’es­prit a donc in­fluen­cé vos choix ar­tis­tiques ?

S.V. : Com­plè­te­ment. On pré­fé­rait al­ler vers De La Soul, un groupe qui prône la paix ou la danse, que vers des groupes de punk ou de jazz éner­vé ! On s’est ins­pi­ré du leït­mo­tiv d’Afri­ka Bam­baa­taa : Peace, uni­ty, love & ha­ving fun [Paix, uni­té, amour, amu­se­ment]. Il a in­ven­té le mou­ve­ment hi­phop dans un Bronx dé­vas­té par la guerre des gangs, pour in­ver­ser les éner­gies. Nous aus­si, nous avons vou­lu trans­for­mer ces éner­gies. Pour les Ni­çois qui ont en­vie d’avoir en­fin un fes­ti­val, de faire la fête, et de pas­ser de l’ombre à la lu­mière. F.R.-K. : Au fil des mois, on a vu une ca­pa­ci­té de ré­si­lience dans l’équipe du Nice Jazz Fes­ti­val. Nous étions tous à terre... Et nous avons vou­lu tout re­nou­ve­ler. C’est comme si on or­ga­ni­sait le fes­ti­val pour la pre­mière fois !

Les ar­tistes ont-ils joué le jeu ?

S.V. : Tout de suite. Dé­jà, ce­la fait un mo­ment qu’ils ont bien si­tué où était Nice et son fes­ti­val de jazz. Les pro­duc­tions étran­gères, les ar­tistes ont en­vie de faire Nice. Dé­sor­mais, eux aus­si nous ap­pellent. Ça a été le cas pour Mat­thieu Ché­did, qui m’a ap­pe­lé : « Sé­bas­tien, on a un pro­jet ma­lien avec M, et on ai­me­rait bien faire Nice. » Évi­dem­ment, le té­lé­phone est tom­bé de mon oreille !

D’où vient cette en­vie de Nice ?

S.V. : La ville, les pieds dans l’eau... Et le pro­gramme, à la fois très po­pu­laire et ar­tis­ti­que­ment exi­geant. À force de com­bi­ner les ar­tistes plu­tôt que d’ad­di­tion­ner les noms, on ap­porte une va­leur ajou­tée au fes­ti­val. Et ce­la donne aux ar­tistes l’en­vie d’y par­ti­ci­per. F.R.-K. : Ce­la montre que le choix de Ch­ris­tian Es­tro­si de prendre le fes­ti­val en ré­gie est un suc­cès. Il est re­ve­nu au coeur des tour­nées in­ter­na­tio­nales, et il per­met aux ar­tistes un re­tour aux sources. C’est as­sez tou­chant d’en voir cer­tains faire des sel­fies avec des ar­tistes dont ils sont fans...

L’édi­tion  s’an­nonce-t-elle comme un grand cru ?

F.R.-K. : Nous sommes très op­ti­mistes. Nous avons ven­du plus de places qu’en  au même stade, qui était un re­cord de fré­quen­ta­tion avec près de   spec­ta­teurs payants.

Quels se­ront les temps forts ?

S.V. : Le re­tour d’Ibra­him Maa­louf qu’on au­rait dû avoir l’an der­nier. Nous vou­lions re­par­tir d’une page blanche, mais nous avons fait deux-trois en­torses à la règle! On a eu des gens qu’on n’ar­ri­vait pas à avoir ou qui avaient an­nu­lé, comme De La Soul. On re­trouve You Soun Nah, qui re­vient avec une nou­velle for­mule. Il y a plein de dé­cou­vertes et de coups de coeur, comme Se­ra­mic, Kadh­ja Bo­net... Ou le prê­cheur Sir The Bap­tist, qui pro­met une bonne claque au pu­blic avec sa fan­fare hip hop ! C’est la pre­mière fois qu’un ar­tiste vient avec, pour seule exi­gence, que l’on four­nisse cinq te­nues de tra­vail à of­frir aux per­sonnes dans le be­soin...

Qu’est-ce qui ca­rac­té­rise cette pro­gram­ma­tion ?

F.R.-K. : Dé­jà, elle est fé­mi­nine ! Près de la moi­tié des ar­tistes sont des femmes. S.V. : Elle confirme aus­si que le Nice Jazz Fes­ti­val est le seul de France à pro­po­ser une ma­jo­ri­té d’ar­tistes de moins de  ans. Pas par jeu­nisme, mais parce que le jazz est jeune, mo­derne.

Quelles sont les nou­veau­tés de cette édi­tion ?

F.R.-K. : Plus de confort. Au ni­veau de l’es­pace res­tau­ra­tion dans les jar­dins pu­blics, et sur Mas­sé­na, où la jauge a été agran­die. Deux écrans y en­ca­dre­ront la scène. Afin de flui­di­fer l’ac­cès à l’en­trée, la billet­te­rie a été ins­tal­lée sur la pro­me­nade du Paillon, en face du mi­roir d’eau.

Après la jour­née d’hom­mages le  juillet, le fes­ti­val en ré­serve-til un nou­veau aux vic­times ?

F.R.-K. : Le fait même qu’il ait lieu est un hom­mage à la vie et à tous les dis­pa­rus. C’est une fa­çon de conti­nuer pour eux, en pro­po­sant aux spec­ta­teurs de vivre des concerts mer­veilleux, où l’on rit, où l’on pleure. La mu­sique, c’est aus­si un exu­toire qui per­met de par­ta­ger des émo­tions.

(Pho­to C. C.)

Sé­bas­tien Vi­dal, di­rec­teur ar­tis­tique, et Fré­dé­ri­ca Ran­dria­nome-Kar­sen­ty, di­rec­trice du fes­ti­val, de­vant la scène Mas­sé­na qui n’at­tend plus que le pu­blic.

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