Claude Rich: en­core un Ton­ton flin­gué...

Le co­mé­dien, qui jouait l’exas­pé­rant dan­dy An­toine De­la­foy dans le film de Georges Laut­ner, est mort d’un can­cer à l’âge de 88 ans, avec 80 films et 50 pièces de théâtre à son pal­ma­rès

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - France - PHI­LIPPE DUPUY

Pa­tri­cia mon pe­tit, ton An­toine com­mence à me les bri­ser me­nu ! ». Comme Li­no Ven­tu­ra dans Les Ton­tons Flin­gueurs ,le pu­blic ado­rait dé­tes­ter son sou­rire nar­quois, son ver­biage et ses grands airs. Pour­tant, à la dif­fé­rence d’An­toine De­la­foy, son per­son­nage dans le film culte de Georges Laut­ner, Claude Rich n’était pas is­su « de­la haute ». Il avait même dû tra­vailler très tôt après la mort de son père, pour ai­der sa mère et sa fra­trie à sub­sis­ter. Mais le mé­tier d’em­ployé de banque, même s’il lui ap­prit sans doute les bonnes ma­nières, le sou­rire hy­po­crite et le main­tien aris­to­cra­tique, n’était pas fait pour lui. C’est au Conser­va­toire, où il par­ta­gea le même banc que Jean-Paul Bel­mon­do, Annie Gi­rar­dot, Bru­no Cré­mer, Jean-Pierre Ma­rielle et Jean Ro­che­fort, qu’il se dé­cou­vri­ra un don pour la co­mé­die. Et c’est en li­sant Cé­line, Mort à Cré­dit no­tam­ment, qu’il com­prit qu’une vie dif­fé­rente pou­vait s’of­frir à lui : « Ma vie n’était pas aus­si mi­sé­rable que celle qu’il dé­crit, se sou­ve­nait-il, mais cette en­fance res­sem­blait à la mienne et, ain­si écrite, elle de­ve­nait de l’art. J’ai com­pris que l’hor­reur pou­vait se trans­for­mer et je me suis dit que si, un jour, moi aus­si j’y ar­ri­vais, ma vie de pe­tit or­phe­lin ne pa­raî­trait pas si triste. ».

Cha­brol, Laut­ner, Res­nais, Mo­cky...

Elle fut même as­sez joyeuse, in­sou­ciante et riche d’en­vi­ron 80 films et d’une cin­quan­taine de pièces de théâtre. Re­né Clair lui offre son pre­mier rôle au ci­né­ma en 1955 (Les Grandes Ma­noeuvres). Il tour­ne­ra en­suite sans dis­con­ti­nuer avec Mi­chel De­ville, Claude Cha­brol, Hen­ri Col­pi, Re­né Clé­ment, Fran­çois Truf­faut, Georges Laut­ner, Édouard Mo­li­na­ro, Alain Res­nais, Mi­chel Au­diard, Pierre Gra­nier-De­ferre et le Ni­çois Jean-Pierre Mo­cky (Les Com­pa­gnons de la mar­gue­rite), qui dit de lui qu’il était « Le Hugh Grant Fran­çais ». L’ac­teur al­ter­nait drames so­ciaux, co­mé­dies, po­li­ciers, ro­mances, fan­tas­tique, films, té­lé­films et pièces de théâtre avec un égal ta­lent.

De Tal­ley­rand... à... Pa­no­ra­mix

Mais il af­fec­tion­nait tout par­ti­cu­liè­re­ment les rôles his­to­riques, in­car­nant tour à tour Léon Blum, Ma­za­rin, Tal­ley­rand, Vol­taire, le gé­né­ral Le­clerc ou Al­thus­ser. Pour­tant, ce sont peut être ses rôles de gan­din éner­vant dans Les Ton­tons et dans Os­car, au­près de Louis de Fu­nès, que l’on re­tien­dra au bout du compte. Son sou­rire en coin, ses yeux pé­tillants et sa dic­tion si par­ti­cu­lière y fai­saient mer­veille. En­core très ac­tif au ci­né­ma (il cam­pa un Pa­no­ra­mix at­ta­chant dans l’As­té­rix d’Alain Cha­bat) et sur les planches, un can­cer a fi­ni par le ra­vir à l’af­fec­tion de son pu­blic. Il avait 88 ans et tou­jours la même élé­gance phy­sique et mo­rale. Son grand re­gret ? Avoir re­fu­sé le rôle de De­lon dans La Pis­cine par pu­deur. Il ne se voyait pas pas­ser son temps en maillot de bain à Saint-Tro­pez de­vant la belle Ro­my Sch­nei­der…

(Pho­to PQR/Le Pa­ri­sien)

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