Ch­ris Froome puis­sance , Ro­main Bar­det e

Le maillot à pois est la vé­ri­table ré­vé­la­tion de ce Tour. Son coup de pé­dale, au­tant que sa jo­via­li­té ont fi­ni de char­mer le pu­blic. De qua­li­tés qu’ils avaient dé­jà quand il ha­bi­tait sur la Côte d’Azur il y a deux ans

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - RO­MAIN LARONCHE

Bar­guil me fait une très belle im­pres­sion sur le vé­lo et en de­hors. Il porte en lui la joie de vivre ». En une phrase, Ste­phen Roche a par­fai­te­ment ré­su­mé le res­sen­ti de tous ceux qui ont sui­vi le Tour cet été. Pour les ama­teurs de vé­lo, War­ren Bar­guil est un nom bien connu de­puis long­temps. Le plus grand es­poir du cyclisme tri­co­lore de­puis ses suc­cès dans les courses Es­poirs jus­qu’à son Tour de l’Ave­nir vic­to­rieux en 2012. Pour le grand-pu­blic, le Bre­ton a fait une en­trée fra­cas­sante dans leur vie cet été. D’abord par ses ex­ploits ré­pé­tés en mon­tagne, mais aus­si par son sou­rire, sa sim­pli­ci­té, son élo­cu­tion. De­puis ses dé­buts chez les pros, en 2013, Bar­guil n’a pas chan­gé. Ses deux vic­toires d’étapes lors sa pre­mière Vuel­ta au­raient pu lui faire tour­ner la tête. Pas le genre de la mai­son. Pour lui, le cyclisme est un jeu, une pas­sion, plus qu’un mé­tier. Pour pro­gres­ser, le grim­peur avait dé­ci­dé de s’ins­tal­ler, avec sa com­pagne Ga­brielle, sur la Côte d’Azur, à Saint-Laurent-du-Var fin 2014. Il avait alors à peine 23 ans. Nous l’avions lon­gue­ment ren­con­tré dans sa ci­té d’adop­tion. Il en pa­rais­sait dix de plus. Son dis­cours ré­flé­chi, sa ma­tu­ri­té étaient bluf­fants. “Wa­wa”, son sur­nom, pou­vait aus­si bien par­ler de vé­lo, que d’au­to­mo­bile, son autre pas­sion, mais aus­si de po­li­tique ou même de la si­tua­tion de la presse écrite. Le jeune homme était loin d’être au­to­cen­tré. Il s’in­té­res­sait aus­si sim­ple­ment que na­tu­rel­le­ment à la vie au­tour de lui. L’at­tente gran­dis­sante le concer­nant, il la ba­layait alors d’un re­vers de la main. « Je ne me mets pas la pres­sion. On peut me dire “tu es at­ten­du au Tour” qu’est-ce que ça change ? Je fe­rai de mon mieux, si je n’y ar­rive pas, ce n’est pas la fin du monde. Cer­tains ne vivent que pour le vé­lo, moi si demain il n’y a plus de vé­lo, j’irai tra­vailler et vivre une vie nor­male. Mais je suis conscient aus­si d’avoir la chance d’en vivre ». Ce dé­ta­che­ment, cette hu­mi­li­té, c’est un hé­ri­tage fa­mi­lial. Son socle. Son oncle, Sé­bas­tien Mi­gnon, est aus­si son agent. War­ren a du mal à vivre loin des siens. Quelques mois plus tard, nous l’avions re­trou­vé sur la Grande Boucle 2015. Il dé­cou­vrait l’épreuve

avec ta­lent. A mi-course, il poin­tait au 10e rang. Il était le meilleur Fran­çais. Lors d’une jour­née de re­pos, nous l’avions ren­con­tré à son hô­tel. Il avait pas­sé la jour­née avec ses proches, dans un cli­mat tout à fait dé­ten­du. En confé­rence de presse, il était tou­jours le même. Pas du tout in­hi­bé par la ten­sion de la ma­chine mé­dia­tique du Tour. «Ma réus­site ? Je pense qu’elle est due au fait que je fais du vé­lo sans stress. C’est comme ce­la que ça marche. Je suis ar­ri­vé sur le Tour sans me mettre une pres­sion im­por­tante. Pour moi, le vé­lo est un jeu et j’ai en­vie que ce­la le reste ». L’en­goue­ment qui gran­dis­sait au­tour de lui ne lui fai­sait pas peur. « J’aime bien le contact avec les gens, j’ac­cepte les pho­tos, les au­to­graphes. Quand j’étais pe­tit, j’étais content quand un cou­reur s’ar­rê­tait pour moi. Je ne reste pas dans le bus jus­qu’au der­nier mo­ment ». Ce qui lui pe­sait plu­tôt, c’était l’éloi­gne­ment de son Mor­bi­han na­tal. Dès juillet, War­ren avait pris sa dé­ci­sion. Il quit­te­rait Saint-Lau­rent­du-Var pour re­trou­ver sa Bre­tagne en fin d’an­née. « Comme ça, il au­ra es­sayé et vu ce qui était im­por­tant pour lui, di­sait il y a quelques jours son père De­nis sur RMC. Sur la Côte d’Azur, il y avait des re­liefs qui conve­naient bien à ses ca­pa­ci­tés, mais il s’est vite ren­du compte que le noyau fa­mi­lial était très im­por­tant. Ça nous a fait quelque chose qu’il s’en aille, mais ce qui est très bien, c’est qu’il a pris cette dé­ci­sion de lui-même ». Sa vie n’a pas été un long fleuve tran­quille pour au­tant une fois de re­tour sur ses terres. En jan­vier 2016, lui et ses co­équi­piers sont per­cu­tés par une au­to­mo­bi­liste en stage en Es­pagne. Un choc violent dont il s’était sor­ti avec une frac­ture du sca­phoïde, un ge­nou sa­le­ment tou­ché et le mo­ral at­teint. Dans les mois qui suivent, les ré­sul­tats ne sont plus tout à fait les mêmes. Cer­tains com­men­taires à son su­jet le touchent. « Je ne me prends pas pour un grand cham­pion, mais j’avais l’im­pres­sion que j’étais re­de­ve­nu un cou­reur lamb­da », di­ra-t-il après sa vic­toire en haut de l’Izoard. Bar­guil a mis quelques mois à di­gé­rer ce trau­ma­tisme. Un temps né­ces­saire et lo­gique sur­tout quand, comme lui, on n’a pas l’ha­bi­tude

de l’échec. Cet été, le grim­peur a re­trou­vé ses ailes mais sur­tout son tem­pé­ra­ment of­fen­sif. Au meilleur mo­ment. Sur le Tour, l’épreuve qui l’a fait tant rê­ver. « War­ren, il a tou­jours été fou­gueux, à l’at­taque. Il n’a ja­mais ai­mé res­ter dans le pe­lo­ton, dé­taille Ru­dy Mo­lard, qui le connaît de­puis les ama­teurs et le Tour de l’Ave­nir 2011, où ils s’étaient lan­cés dans une échap­pée à deux à 60 km de l’ar­ri­vée, d’une étape rem­por­tée en so­li­taire par Bar­guil. C’est sa ma­nière de cou­rir, il doit prendre du plai­sir sur le vé­lo. Mais c’est aus­si un gar­çon qui sait ci­bler ses ob­jec­tifs », re­prend ce­lui qui par­ta­geait les sor­ties d’en­traî­ne­ment quand le Bre­ton ha­bi­tait la Côte d’Azur. Avec deux vic­toires d’étapes, un maillot à pois, le titre de su­per-com­ba­tif du Tour, du plus convi­vial et des éloges de tous les an­ciens, il a cer­tai­ne­ment été au-de­là de ce qu’il ima­gi­nait. « Le voir ga­gner une étape, ce n’était pas une sur­prise, re­prend Mo­lard. Mais dans l’Izoard, il m’a quand même im­pres­sion­né ». « Je suis au-des­sus des nuages », di­sait-il il juste après ce suc­cès. Il a pro­mis de « faire une grosse fête à la mai­son » pour pro­fi­ter de ces mo­ments do­rés. His­toire de di­gé­rer et re­ve­nir en­core plus fort. Car l’his­toire d’amour entre le Tour et War­ren Bar­guil ne fait sû­re­ment que com­men­cer.

Pour moi le vé­lo est un jeu ” War­ren Bar­guil en juillet 2015

(Pho­to EPA/MaxPPP)

Une vic­toire à la pé­dale sur l’étape reine du Tour, en haut de l’Izoard, avec le maillot à pois sur les épaules. Bar­guil est en­tré par la grande porte dans le livre d’his­toire du Tour.

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