Froome vers le re­cord

En rem­por­tant un qua­trième suc­cès sur le Tour, le Bri­tan­nique n’est plus qu’à une vic­toire du re­cord co­dé­te­nu par An­que­til, Mer­ckx, Hi­nault et In­du­rain

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports -

Il a ap­pris le vé­lo en dé­va­lant les pentes de son Ke­nya na­tal, loin de l’Eu­rope et de sa culture cy­cliste. Mais Ch­ris Froome s’est da­van­tage rap­pro­ché des plus grands de l’his­toire du vé­lo en rem­por­tant hier son qua­trième Tour de France. Le lon­gi­ligne lea­der de l’équipe Sky à la peau dia­phane n’est dé­sor­mais plus qu’à une vic­toire du re­cord dé­te­nu conjoin­te­ment par Jacques An­que­til, Ed­dy Mer­ckx, Ber­nard Hi­nault ou Mi­guel In­du­rain, qui ont do­mi­né la Grande Boucle à cinq re­prises. Des cou­reurs dans la lé­gende des­quels “Froo­mey”, âgé de 32 ans, n’a pas gran­di. « Je ne suis pas trop du genre à cher­cher un mo­dèle. J’ai beau­coup de res­pect pour eux. Mais j’ai com­men­cé le cyclisme en Afrique, tar­di­ve­ment. Je n’ai pas re­gar­dé le Tour de France avant. A l’époque, mes pre­miers sou­ve­nirs du Tour étaient Arm­strong et Bas­so », a-t-il ra­con­té sa­me­di. Pour le jeune Ch­ris - fils d’ex­pa­triés bri­tan­niques dont le di­vorce après la faillite de l’en­tre­prise fa­mi­liale le mar­que­ra pro­fon­dé­ment -, le vé­lo est avant tout une his­toire d’éva­sion. « J’avais un pe­tit vé­lo noir que j’em­me­nais par­tout, c’était comme une par­tie de moi-même », ra­conte-t-il dans son au­to­bio­gra­phie “Mon as­cen­sion”, en évo­quant les col­lines ke­nyanes. C’est sa mère Jane, dé­cé­dée en 2008 juste avant les dé­buts de Froome sur le Tour, qui l’amène faire ses pre­mières courses pour le ca­na­li­ser : « j’étais vrai­ment hy­per­ac­tif, une vraie boule d’éner­gie. Elle s’in­quié­tait et avait peur que l’une de mes ba­lades in­tré­pides fi­nisse mal ». Il y ren­contre alors le cy­cliste ke­nyan coif­fé de dread­locks Da­vid Kin­jah qui de­vient son men­tor.

Du Ke­nya à la Suisse

« Mais ce n’est que lorsque que je suis par­ti ado­les­cent pour une école en Afrique du Sud (où s’était ins­tal­lé son père, ndlr) que les choses sont de­ve­nues plus sé­rieuses. J’ai vu là-bas que le cyclisme était un vrai sport. C’est là que j’ai com­men­cé à cou­rir et que j’ai gra­vi les éche­lons chez les ama­teurs », ra­conte Froome. En 2007, on lui pro­pose de re­joindre le Centre mon­dial du cyclisme, qui réunit les cou­reurs pro­met­teurs des pays dits en dé­ve­lop­pe­ment, à Aigle (Suisse). Les pre­miers tests mé­di­caux ré­vèlent des qua­li­tés phy­siques rares qui marquent Mi­chel Thèze, en­traî­neur au CMC : « j’ai im­mé­dia­te­ment été frap­pé par sa dé­ter­mi­na­tion. Il était très ap­pli­qué dans tout ce qu’il fai­sait. C’était un ap­pren­ti avec un gros po­ten­tiel. Mais sa po­si­tion sur le vé­lo était ca­tas­tro­phique et il avait du poids à perdre. » Mal­gré sa tech­nique peu aca­dé­mique, Froome est re­cru­té en 2007 par l’équipe Bar­lo­world après avoir ga­gné une étape de mon­tagne lors du Tour des ré­gions ita­liennes. C’est avec cette for­ma­tion qu’il court son pre­mier Tour de France en 2008. Mais c’est son pas­sage dans la nou­velle écu­rie bri­tan­nique Sky en 2010 qui se­ra dé­ci­sif. En sui­vant un en­traî­ne­ment à la pointe de la tech­no­lo­gie, il dé­ve­loppe ses qua­li­tés de grim­peur et de rou­leur. Le Tour d’Es­pagne 2011, qu’il ter­mine 2e à 13 se­condes de Juan Jose Co­bo, ré­vèle ses pro­grès, avant qu’il ne crève l’écran au Tour de France l’an­née sui­vante en se mon­trant su­pé­rieur en mon­tagne à son lea­der Brad­ley Wig­gins, fu­tur vain­queur. De­ve­nu en 2013 le pre­mier “Afri­cain” à rem­por­ter la Grande Boucle, Froome, pa­pa d’un pe­tit Kel­lan de­puis dé­cembre 2015, en a dé­sor­mais trois autres à son pal­ma­rès (2015, 2016 et 2017). Et ne compte pas s’ar­rê­ter en si bon che­min vers la lé­gende.

(Pho­tos AFP et EPA/MaxPPP)

Froome a souf­fert sur ce Tour, mais il re­garde tou­jours de haut Uran (à g) et Bar­det.

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