Un toit pour la nuit

Ils ont of­fert le gîte et le cou­vert à des va­can­ciers éva­cués, en pous­sant les murs ou en prê­tant leur propre chambre. La so­li­da­ri­té des Bor­méens et des La­van­dou­rains est sa­luée par ceux qu’ils ont ac­cueillis

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Spécial Incendies - C. MAR­TI­NAT

Au­drey tra­vaille au ser­vice de la com­mande pu­blique, à la mai­rie de Bormes. Mais comme beau­coup d’em­ployés mu­ni­ci­paux, elle est ve­nue prê­ter main-forte dans l’un des centres d’hé­ber­ge­ment de la com­mune, au centre nau­tique de la Fa­vière.

Au­drey, hô­te­lière im­pro­vi­sée

C’est là qu’elle a re­pé­ré une pe­tite fille en larmes, mer­cre­di après-mi­di. « L’an­goisse et la fa­tigue, ré­sume-t-elle. Alors j’ai pro­po­sé à sa fa­mille de les hé­ber­ger, pour qu’ils puissent se po­ser. » Pro­blème : au com­plet, avec les amis, ils étaient entre neuf et treize. « Ça fai­sait beau­coup pour mon pe­tit 40 m2 au Rayol ! Comme je sa­vais que la mai­son­nette du voi­sin était in­oc­cu­pée, je me suis dé­brouillée pour avoir son té­lé­phone et il a gen­ti­ment don­né l’au­to­ri­sa­tion de leur ou­vrir. J’ai pu prendre 5 per­sonnes chez moi, les huit autres sont al­lés à cô­té. Ils n’ont pas ar­rê­té de me re­mer­cier mais pour moi c’est nor­mal ! » Cé­line et Jean-Vincent Ven­tu­ri­ni ont eu la même ré­ac­tion.

Cé­line, le sens de la so­li­da­ri­té

« On a une pe­tite mai­son dans le quar­tier du Haut-Pa­ra, avec une vue im­pre­nable sur la zone si­nis­trée. On a eu un peu peur d’être tou­chés, mais quand on a com­pris en fin de jour­née que ce ne se­rait pas le cas, j’ai mis un mes­sage sur les ré­seaux so­ciaux pour pro­po­ser d’hé­ber­ger une fa­mille avec de jeunes en­fants, ra­conte Cé­line. J’en ai moi-même et je sais que ça peut être très com­pli­qué. Et puis on a tout le ma­té­riel ! » Pa­ral­lè­le­ment, Cé­line dé­cide de Dès le dé­but de l’in­cen­die, le maire a ac­ti­vé le plan com­mu­nal de sau­ve­garde, rap­pe­lé les per­son­nels mu­ni­ci­paux pré­vus, ou­vert la cel­lule de crise ins­tal­lée au sein des ser­vices tech­niques de la mai­rie. « La pre­mière tâche a été d’or­ga­ni­ser les éva­cua­tions, dé­taille le doc­teur Isa­belle Ca­nonne, ad­jointe au maire. On a gé­ré l’ou­ver­ture et la mise en ser­vice des struc­tures pour l’ac­cueil d’ur­gence. La mon­tée en puis­sance s’est faite tout au long de la nuit et très ra­pi­de­ment on a pu prendre en charge les dix à douze milles per­sonnes éva­cuées. Dans la fou­lée, la lo­gis­tique s’est mise en place: trou­ver l’eau, l’ali­men­ta­tion, les pro­duits d’hy­giène et les mé­di­ca­ments, les pro­duits né­ces­saires pour les bé­bés...» De­puis, la cel­lule n’a pas ces­sé de fonc­tion­ner. « Des re­lais sont pré­vus pour per­mettre à la cel­lule de fonc­tion­ner 24 heures sur 24 tout en per­met­tant aux gens de se re­po­ser... pour pou­voir prendre les bonnes dé­ci­sions ! »

La cel­lule a aus­si beau­coup tra­vaillé sur la com­mu­ni­ca­tion et l’in­for­ma­tion, no­tam­ment sur les ré­seaux so­ciaux de la Ville, « afin de ras­su­rer et d’in­for­mer la po­pu­la­tion et les va­can­ciers en don­nant au plus vite les in­for­ma­tions vé­ri­fiées, bonnes s’ins­crire au­près du Centre com­mu­nal d’ac­tion so­ciale de la com­mune, à qui elle laisse son nu­mé­ro de té­lé­phone. «Mais c’est Med­hi qui m’a contac­tée très vite, après avoir vu le mes­sage sur Fa­ce­book. Il est de Lille et louait une mai­son au Cap Bé­nat avec sa femme et leur bé­bé de quatre mois. Ils sont ar­ri­vés très vite, mer­cre­di vers 19 heures, et ils sont re­par­tis jeu­di ma­tin vers 11 h 30. Ils au­raient pu ou mau­vaises ». Au centre com­mu­nal d’ac­tion so­ciale, dont Isa­belle Ca­nonne est vice-pré­si­dente, une cel­lule in­dé­pen­dante a gé­ré les pro­po­si­tions d’hé­ber­ge­ments. « On a mis au calme en prio­ri­té les per­sonnes éva­cuées les plus fra­giles, avec des jeunes en­fants, des per­sonnes âgées ou ma­lades. » Et pour faire tout ce tra­vail, la com­mune a pu comp­ter sur la so­li­da­ri­té de ses voi­sines, et sur l’aide de toute la po­pu­la­tion.

C. MAR­TI­NAT res­ter mais je pense qu’ils vou­laient re­ga­gner leur lo­ca­tion au plus vite ou ren­trer à Lille. » « Les si­tua­tions d’ur­gence, ici, on y est sen­si­bi­li­sés. Lors des inon­da­tions en 2014, je ve­nais d’ac­cou­cher, on n’a pas pu ai­der. Mais là, on avait la pos­si­bi­li­té alors on l’a fait. La mai­son n’est pas grande, mais on a prê­té notre chambre. Et on a pas­sé un mo­ment très agréable et convi­vial. On a pris l’apé­ro, man­gé ce qu’il Hier mi­di, le gym­nase Pierre-Qui­non, de­ve­nu centre d’ac­cueil d’éva­cués, af­fi­chait tou­jours com­plet. Sur place, les al­lers et ve­nues des tou­ristes, comme des lo­caux, se mul­ti­plient. Si cer­tains s’af­folent, d’autres ont dé­ci­dé de prendre leur mal en pa­tience. C’est no­tam­ment le cas de Del­phine et Aman­dine, deux mères de fa­milles, se­rei­ne­ment as­sises sur un banc, à l’ex­té­rieur du gym­nase. Elles ra­content: « De toute fa­çon, on ne peut rien faire. Nous sommes là de­puis mar­di soir, dès que notre cam­ping a re­çu l’ordre d’éva­cuer. Et puis, nous n’avons que des af­faires et une toile de tente. Il faut pen­ser aux gens qui ha­bitent ici. Eux, risquent de tout perdre… Je peux vous dire ça fait drô­le­ment re­la­ti­vi­ser. »

À la pêche aux in­for­ma­tions Cé­dric et Jean-Yves, les y avait dans le fri­go, comme on au­rait fait avec des amis. C’est une très belle ex­pé­rience. »

La belle ex­pé­rience hu­maine d’Ed­mund

Ed­mund aus­si a vé­cu une belle ex­pé­rience. Il est Al­le­mand, et avec sa fa­mille et ses amis, cinq adultes et cinq en­fants, ils ont dû quit­ter le do­maine du Camp mar­di soir. Mais ils n’ont pas eu à dor­mir sur la plage. « Un couple du La­van­dou est ve­nu sur la plage. Ils ont de­man­dé si on sa­vait où al­ler dor­mir. On a dit non, alors ils nous ont in­vi­tés chez eux. On a pu prendre une douche, boire un ca­fé. Et un verre de vin bien sûr ! C’est une belle ex­pé­rience hu­maine», se ré­jouit Ed­mund. Hier ma­tin, après une bonne nuit, le pe­tit groupe s’est concer­té : res­ter ou écour­ter les va­cances ? «C’est la troi­sième fois qu’on vient ici et on connais­sait le risque in­cen­die. L’ex­pé­rience a tout de même été im­pres­sion­nante, les en­fants ont été un peu ef­frayés mais on a sur­tout vu des gens ami­caux, convi­viaux. On a été éva­cués dans le calme. Les gens sa­vaient quoi faire. Tout s’est pas­sé dans le calme et on ne se sent pas en in­sé­cu­ri­té Alors on va res­ter ! » com­pa­gnons res­pec­tifs, tentent d’al­ler à la pêche aux in­fos. Il est mi­di, et pour l’ins­tant, les fa­milles n’ont tou­jours pas le droit de re­joindre leurs ha­bi­ta­tions. « On est dans l’at­tente. For­cé­ment, ça com­mence à être long. Mais il faut fa­ci­li­ter le tra­vail des sa­peurs­pom­piers. Une chose est sûre, ici, nous avons très bien été très en charge. Et dans ce genre de si­tua­tion, c’est très im­por­tant. » Quelques mi­nutes plus tard, toutes les per­sonnes pré­sentes au gym­nase ap­pren­dront, par le biais du maire Fran­çois Ariz­zi, que la si­tua­tion n’est pas en­core ré­ta­blie. Quelques nou­velles heures d’at­tente avant, aux alen­tours de  heures, d’en­fin pou­voir re­ga­gner leurs dif­fé­rentes ha­bi­ta­tions… for­cé­ment sou­la­gées ! F. DA.

(Pho­to DR) (Pho­tos Do­mi­nique Le­riche) (Pho­to D. L.)

Hier après-mi­di, Au­drey avait re­joint son poste au centre d’ac­cueil. Ed­mund et sa tri­bu pa­tien­taient sur un banc, près du bou­lo­drome de La Fa­vière, en at­ten­dant de re­joindre leur cam­ping. Ils ont pas­sé la nuit chez un couple de La­van­dou­rains. Au sein des ser­vices tech­niques de la mai­rie, la cel­lule de crise a mis en oeuvre le plan com­mu­nal de sau­ve­garde, gé­ré les éva­cua­tions et toute la lo­gis­tique au­tour des centres d’ac­cueil. Po­si­tifs, Del­phine, Aman­dine et leurs com­pa­gnons ont dé­ci­dé de prendre leur mal en pa­tience.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.