La cel­lule Vul­cain mène l’en­quête

La cel­lule « Vul­cain » a été ac­ti­vée dès que les pre­mières flammes ont écla­té cette se­maine. Son rôle est de pas­ser au crible les zones de dé­part des in­cen­dies. Un tra­vail mi­nu­tieux.

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - ERIC MARMOTTANS emar­mot­tans@ni­ce­ma­tin.fr

Ar­tigues, La Croix-Val­mer, Bormes-les-Mi­mo­sas, et tant de dé­parts de feu ces der­niers jours. Les orien­ta­tions des enquêtes en cours re­posent en grande par­tie sur les conclu­sions de ces ex­perts de la « re­cherche des causes et cir­cons­tances d’in­cen­die » (RCCI). « Dans la ma­jo­ri­té des cas, les causes sont d’ori­gine hu­maine », ana­lyse Amau­ry Gre­lu, pion­nier de cette dis­ci­pline dans le Var. Mé­got de ci­ga­rette, bar­be­cue, en­gin py­ro­tech­nique, voire acte de mal­veillance… Mais « on part sans idée pré­con­çue », pré­cise ce cadre de l’Of­fice na­tio­nal de fo­rêts (ONF), au mi­lieu des bois dé­vas­tés de La Londe (« l’in­cen­die de Bormes »). Les hommes de la cel­lule RCCI – bap­ti­sée Vul­cain dans le lan­gage cou­rant – com­mencent par si­tuer pré­ci­sé­ment la zone de dé­part du feu. En ce­la, les images cap­tées par les té­moins peuvent s’avé­rer utiles, sou­ligne l’ad­ju­dant-chef Chris­tophe Peigne, tech­ni­cien en iden­ti­fi­ca­tion cri­mi­nelle de la gen­dar­me­rie du Var. « Une pho­to prise quinze mi­nutes après un dé­part de feu, ça nous aide bien .»

Scène de crime

Mais sur­tout, la cel­lule peut comp­ter sur les « pri­mo in­ter­ve­nants » que sont les pom­piers ou les bé­né­voles des co­mi­tés com­mu­naux feux de fo­rêt (CCFF), équi­pés de ru­bans de si­gna­li­sa­tion : « ac­cès in­ter­dit ». « Nous fai­sons un ba­li­sage au­to­ma­tique, confirme Fer­nand Re­vest, pré­sident du CCFF de La Londe, ra­pi­de­ment ar­ri­vé sur la zone du si­nistre de Bormes. Ce­la per­met de dé­ter­mi­ner [un pé­ri­mètre] et de ne pas mar­cher des­sus .» L’ana­lyse des don­nées mé­téo­ro­lo­giques et l’ob­ser­va­tion de la pé­tri­fi­ca­tion des vé­gé­taux (les feuilles se des­sèchent et se courbent sous l’ef­fet du feu) vont per­mettre no­tam­ment de dé­ter­mi­ner le sens de pro­pa­ga­tion, les axes « se­con­daires »et« prin­ci­pal », et l’in­ten­si­té de l’in­cen­die. Les points de re­pères utiles à ces pre­mières in­ves­ti­ga­tions sont dès lors ma­té­ria­li­sés par des pe­tits dra­peaux, jus­qu’à des­si­ner « une forme géo­mé­trique dont l’in­té­rieur se­ra la zone de dé­part ». « Quand la zone est ba­li­sée, elle est consi­dé­rée comme une scène de crime», pré­vient Chris­tophe Peigne, lors d’une dé­mons­tra­tion sur un mor­ceau de terre brû­lée non vi­sé par l’en­quête. Les di­men­sions de cette sur­face peuvent va­rier de un à plu­sieurs di­zaines de mètres car­rés. Mieux vaut ne pas s’y aven­tu­rer, au risque de voir les em­preintes de ses chaus­sures fi­gu­rer à l’in­ven­taire des in­dices…

Des in­dices fra­giles

Car les ex­perts vont dé­bu­ter « un tra­vail de four­mi », se­lon l’ex­pres­sion d’Amau­ry Gre­lu, « par­fois avec l’aide d’un pin­ceau ». Un pas­sage au crible au cours du­quel se­ront « dis­cri­mi­nées » toutes les traces. Mé­got, boîtes de conserve, verre cas­sé, pa­piers… « On va même jus­qu’à l’in­fi­ni­ment pe­tit », glisse le co­or­di­na­teur DFCI (dé­fense de la fo­rêt contre les in­cen­dies) du Var de l’ONF. Fort de son ex­pé­rience, Chris­tophe Peigne est aus­si en me­sure de dé­tec­ter les traces d’hy­dro­car­bure quand la gen­dar­me­rie uti­lise un chien spé­cia­li­sé dans les dé­par­te­ments voi­sins. Un tra­vail dé­li­cat. « Le feu dé­truit tout et donc par­fois ce que l’on cherche », re­lève Amau­ry Gre­lu. Les opé­ra­tions d’ex­tinc­tion, si elles sont in­dis­pen­sables, sont éga­le­ment sus­cep­tibles d’abî­mer la scène. Mais « quand on trouve une trace, nous éprou­vons une forme de fier­té». Les ex­per­tises per­met­tront alors peut-être de faire pro­gres­ser les enquêtes qui ont dé­jà dé­bu­té au sein des bri­gades de re­cherches concer­nées.

(Pho­to Do­mi­nique Le­riche)

L’ad­ju­dant-chef Chris­tophe Peigne est l’un des ex­perts va­rois spé­cia­li­sés dans l’ana­lyse des causes d’in­cen­die. Ici, hier, à Bormes.

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