Après les flammes, ai­der la na­ture à re­prendre ses droits

Si cer­taines es­pèces vé­gé­tales sont ca­pables de se ré­gé­né­rer à la suite d’un in­cen­die, les pro­prié­taires fo­res­tiers peuvent don­ner un coup de pouce à la re­prise... Et être pa­tients

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - VÉ­RO­NIQUE GEORGES vgeorges@ni­ce­ma­tin.fr

La na­ture a hor­reur du vide et les fo­rêts dé­vas­tées par les in­cen­dies re­ver­di­ront un jour. L’homme peut-il ai­der la vé­gé­ta­tion à re­prendre vie ? C’est ce que nous avons de­man­dé à Ca­role Pen­poul, in­gé­nieur, char­gée de mis­sion sur le plan de dé­ve­lop­pe­ment du mas­sif, au Centre ré­gio­nal de la pro­prié­té fo­res­tière (CRPF). Voi­ci ses con­seils... « La pre­mière chose à faire est de ne pas se lan­cer tout de suite. La pré­ci­pi­ta­tion est in­utile dans la fo­rêt brû­lée, sou­ligne la spé­cia­liste. On n’est qu’à la moi­tié de l’été. Entre la sé­che­resse et le risque que d’autres feux se dé­clenchent, on peut at­tendre. »À l’au­tomne, il se­ra tou­jours temps d’in­ter­ve­nir. À plu­sieurs si pos­sible (lire ci-des­sous). Agir donc, mais com­ment ? Les pré­co­ni­sa­tions tech­niques dif­fèrent se­lon les es­sences.

Feuillus ou ré­si­neux, une ré­si­lience dif­fé­rente

Chez les ré­si­neux, on dis­tingue les pins d’Alep et pins ma­ri­times, des pins pa­ra­sols. « Si le houp­pier [branches du som­met, Ndlr] des pre­miers est tou­ché à plus de 75 %, les arbres ne re­par­ti­ront pas, se­lon Ca­role Pen­poul. Ils tom­be­ront dans un dé­lai de trois ans, il faut les en­le­ver. Le risque, en les lais­sant, est de rendre le mas­sif im­pé­né­trable.» Le pin pa­ra­sol, dont l’écorce plus épaisse pro­tège la cir­cu­la­tion des vais­seaux dans le tronc, peut sur­vivre si un quart au moins du houp­pier est épar­gné. « On ne coupe rien, on at­tend le prin­temps sui­vant, pour sa­voir s’il re­part ou pas », sug­gère-t-elle. Les feuillus ont, eux, la ca­pa­ci­té de Le 19 juillet 2016, plus de 600 hec­tares sont par­tis en fu­mée sur le ter­ri­toire de Monf­tort-sur-Ar­gens, Cor­rens et, dans une moindre me­sure, Co­ti­gnac. La se­maine sui­vante, le maire de Mont­fort, Eric Au­di­bert, a réuni élus, par­te­naires, pro­fes­sion­nels de la fi­lière bois, pour les in­vi­ter à s’or­ga­ni­ser. Le CRPF a ai­dé au re­grou­pe­ment des pro­prié­taires re­je­ter à par­tir de la souche. Pour les chênes verts et chênes blancs, pré­sents dans le Centre et Haut Var, il est pos­sible de re­cé­per c’est-àdire de cou­per toute la par­tie brû­lée au ras du sol. Au bout de trois à cinq ans, on pour­ra sé­lec­tion­ner cinq à six brins, qui semblent plus hauts, et cou­per les autres. Et bien des an­nées plus tard, en­core re­sé­lec­tion­ner. « Ce­la, sur les pe­tites pro­prié­tés. Ce genre d’ac­tion n’est pas fi­nan­ciè­re­ment pos­sible à grande échelle. On peut aus­si ne pas sé­lec­tion­ner du tout, car la sé­lec­tion se fe­ra na­tu­rel­le­ment au fil des ans », tem­père l’in­gé­nieur. L’évo­lu­tion du chêne-liège est dif­fé­rente. Même s’il est en­tiè­re­ment car­bo­ni­sé, il n’est pas condam­né. Son écorce le pro­tège, sauf bien sûr si elle a été le­vée ré­cem­ment. « Cet arbre a des bour­geons dans le houp­pier qui peuvent re­par­tir après le feu. Donc, on n’y touche pas », pré­co­nise-t-elle.

Va­lo­ri­ser le bois brû­lé

Dans les fo­rêts de pins, une par­tie du bois brû­lé peut être va­lo­ri­sée pour du bois-éner­gie. « L’idée, c’est d’en­le­ver ce bois brû­lé pour le pay­sage, pour évi­ter de rendre les fo­rêts im­pé­né­trables et fa­vo­ri­ser la re­prise des vé­gé­taux.» Dans le Var, une en­tre­prise et des chauf­fe­ries com­mu­nales sont in­té­res­sées par ce gi­se­ment. D’où la per­ti­nence de réunir plu­sieurs par­ti­cu­liers pour avoir des vo­lumes suf­fi­sants, mu­tua­li­ser la coupe et l’en­lè­ve­ment. Se re­grou­per, c’est aus­si fa­ci­li­ter cette va­lo­ri­sa­tion dont l’autre in­té­rêt est de fi­nan­cer jus­te­ment la coupe et l’en­lè­ve­ment. En­fin, avant d’en­ta­mer quoi que ce soit après l’in­cen­die, lorsque le ter­rain est si­tué en zone Na­tu­ra 2000, il est bon de se rap­pro­cher, des ani­ma­teurs du site à même de conseiller pour pro­té­ger les ha­bi­tats de la faune et de la flore. Car la fo­rêt est un tout.

(Pho­to Louis Aman­dier - CRPF Pa­ca © CNPF) (Pho­to Ca­role Pen­poul - CRPF Pa­ca © CNPF) (Pho­to D. Leriche) (Pho­to Jean-Marc Cor­ti - CRPF Pa­ca © CNPF)

Le chêne-liège, pro­té­gé par son écorce, re­part du houp­pier. Le chêne vert re­naît, lui, en fai­sant des re­jets à par­tir de la souche. Voi­ci le pay­sage, un an après le feu, sur une par­celle pen­tue où des pins brû­lés ont été cou­pés et mis en fas­cine pour contrer l’éro­sion du sol. Un re­cé­page de chêne blanc (qui n’a pas brû­lé).

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