« Des émo­tions fortes ! »

Da­mien Iehl a rem­por­té l’épreuve avec ‘’Fon­da­tion-FDJ’’ aux cô­tés de Da­mien Se­guin (double cham­pion pa­ra­lym­pique). Le pal­ma­rès re­tien­dra la 1ere vic­toire d’une équipe ‘’han­di­va­lide’’

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Sports - RO­MAIN HUGUES

Avec son équi­page, il a brillam­ment rem­por­té le 40e Tour de France à la voile. Da­mien Iehl est skip­per du ba­teau de la Fon­da­tion FDJ - Des pieds et des mains au cô­té de Da­mien Sé­guin, Ben­ja­min Amiot, Fran­çois Mor­van et Ma­thieu Bour­dais. Pour Nice-Ma­tin, il a ac­cep­té de re­ve­nir sur cette in­croyable per­for­mance spor­tive et hu­maine. Votre pre­mier sen­ti­ment ? La course a été in­tense. Dans peu de pays, on a une course aus­si pas­sion­nante. Là, c’est un sprint sur un mois, il faut réus­sir à être cons­tant dans la per­for­mance et avoir une équipe so­lide sur l’eau et à terre. Il faut mon­ter et dé­mon­ter le ba­teau, le trans­por­ter, faire les km dans la nuit, ce n’est pas fa­cile à gé­rer. Com­ment gère-t-on cette fa­tigue sup­plé­men­taire ? Il y a deux pré­pa­ra­teurs po­la­ri­sés sur la ges­tion du ba­teau. On leur donne un coup de main pour le dé­mon­ter, mais en­suite on part vite au port sui­vant, his­toire de dor­mir le plus pos­sible, donc pour nous les skip­pers, ça va. Les pré­pa­ra­teurs, eux, ont le bou­lot in­grat, ils ré­cu­pèrent le ba­teau, l’amènent dans le port d’après, le montent dans la nuit… Il faut avoir des gens sé­rieux et mé­ti­cu­leux, parce qu’en plus, nous sommes poin­tilleux sur plein de dé­tails. C’est vrai­ment un bou­lot dif­fi­cile. Il y a éga­le­ment une per­sonne s’oc­cupe de la lo­gis­tique, Ty­phaine Se­guin, l’épouse de Da­mien. Elle s’oc­cupe de ré­ser­ver les hô­tels, elle s’as­sure que les ca­mions sont prêts et ar­rivent à bon port, etc. Pour en re­ve­nir à la course, ce suc­cès pa­raît plu­tôt lo­gique… Oui et non. Da­mien Se­guin a fait évo­luer son pro­jet des deux der­nières an­nées qui était por­té vers le han­di­cap et la com­mu­ni­ca­tion. J’ai été con­tac­té par Da­mien pour mon­ter un vrai pro­jet spor­tif. Ça fait quatre ans que je suis sur le po­dium, donc ils vou­laient que je fasse mon­ter le ba­teau en ni­veau, sur­tout cette an­née où le pla­teau est très re­le­vé. De­puis jan­vier, on a es­sayé d’être per­for­mant et ra­pide. Vous évo­luez en Match Ra­cing, votre mis­sion était donc d’ap­por­ter cette ex­pé­rience qui leur man­quait ? Oui, d’une cer­taine ma­nière. J’ai mis ma pierre à l’édi­fice. Mais toute l’équipe a été top. Ben­ja­min Amiot, le ré­gleur, est su­per bon. Da­mien a très bien na­vi­gué du­rant tout le Tour. On a su être in­tel­li­gent, on s’est re­mis en ques­tion quand il le fal­lait, et on a amé­lio­ré tous les dé­tails qui nous fai­saient dé­fauts. Et puis, il y a ce pro­jet d’équipe han­di­va­lide… C’est fort de réa­li­ser un pro­jet spor­tif et, en même temps, d’avoir un cô­té hu­main. Des per­sonnes doivent me­ner des vies dif­fi­ciles en rai­son de leur han­di­cap. Lors­qu’on voit ce que fait Da­mien (né sans main

gauche) avec sa mo­ti­va­tion, son éner­gie ! Avec de l’en­vie, de l’en­thou­siasme, on peut vrai­ment ar­ri­ver à faire de grandes choses. Rem­por­ter le Tour, c’est un mes­sage fort… Des émo­tions comme ça, on en a que très ra­re­ment. Ce sont des émo­tions que l’on re­trouve que dans le sport. Des émo­tions fortes ! Ai­der au mé­lange entre han­di­cap et va­lide, c’est gé­nial. Avec Fran­çois et Ben­ja­min, on ne s’est ja­mais de­man­dé ‘’si Da­mien al­lait pou­voir…’’, non, on l’a pous­sé et il a été su­per fort, tout sim­ple­ment. Votre re­gard sur le han­di­cap a-t-il chan­gé ? La ma­nière dont Da­mien vit avec son han­di­cap est juste im­pres­sion­nante. Il s’adapte. A tout. Quand il faut ti­rer sur des cordes, j’ai deux mains, lui qu’une. Il est ca­pable de réa­li­ser la même chose que nous. Il peut faire un la­cet avec une seule main. Ça montre que l’être hu­main est ca­pable de s’adap­ter à énor­mé­ment de si­tua­tions. Ça vous aide à re­la­ti­vi­ser sur les choses de la vie ? C’est une vraie le­çon. Le monde est fait pour les gens va­lides. Nous de­vons conti­nuer à faire bou­ger les choses. A les faire évo­luer.

(Pho­to Jean-Ma­rie LIOT / ASO)

La vic­toire d’une équipe.

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