Bormes : ces api­cul­teurs ont tout per­du

Lau­ra et Ré­mi ont tout per­du : leurs ruches et leurs abeilles. Le couple d’api­cul­teurs bor­méens est dévasté après l’in­cen­die qui a ra­va­gé la plu­part de leurs co­lo­nies et la na­ture en­vi­ron­nante

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - La Bu­ti­ne­rie en Pro­vence. Site In­ter­net : www.la­bu­ti­ne­rie.biz Contact : miel.bou­let@gmail.com. Tel : 06.41.76.54.30 G.A. gau­ber­tin@ni­ce­ma­tin.fr

Le choc. C’est la pre­mière fois que Lau­ra re­tourne sur place. Dif­fi­cile pour elle de ne pas se lais­ser sub­mer­ger par l’émo­tion. « Tout a dis­pa­ru », com­mente, dé­pi­tée, la jeune Bor­méenne, en dé­cou­vrant l’éten­due des dé­gâts. L’in­cen­die de Bormes-les-Mi­mo­sas, qui a ra­va­gé près de 1 600 hec­tares de fo­rêts la se­maine der­nière, n’a donc pas épar­gné les ru­chers bor­méens de la Bu­ti­ne­rie en Pro­vence. « On en avait à Léoube, au Tra­pan et ici au Niel, mais il ne reste plus rien », se dé­sole Lau­ra, face au spec­tacle de dé­so­la­tion qu’ont lais­sé les flammes dans leur sillon. « C’est dif­fi­cile d’ima­gi­ner, dit-elle, mais il y a quelques jours, cet en­droit res­sem­blait à un vrai pe­tit coin de pa­ra­dis. »

Des an­nées de tra­vail anéan­ties

À part un vaste ta­pis de cendres, des clous rouillés, une ou deux poi­gnées en mé­tal et l’os­sa­ture car­bo­ni­sée des quelques ruches qui n’étaient pas en bois, il ne reste plus grand-chose, en ef­fet, du vaste ru­cher mul­ti­co­lore qui hé­ber­geait une cin­quan­taine de co­lo­nies d’abeilles, ici à quelque pas de la zone ar­ti­sa­nale du Niel. « On avait sur­tout trois de nos meilleures ruches d’éle­vage. C’étaient les mères de toutes nos ruches» , dé­plore Ré­mi Bou­let, qui re­vient tout juste des Alpes-de-Haute-Pro­vence, où il a ins­tal­lé une par­tie de ses ru­chers. « Heu­reu­se­ment, on ne met pas tous nos oeufs dans le même pa­nier », tente de se ras­su­rer Lau­ra. Une bien maigre conso­la­tion. Car au­jourd’hui, ce sont « plu­sieurs an­nées de tra­vail qui ont été anéan­ties » en quelques mi­nutes à peine. Pis : « C’est dif­fi­cile à es­ti­mer, souffle Ré­mi, qui s’est lan­cé dans l’api­cul­ture il y a cinq ans, en sui­vant les traces du pa­ter­nel, mais au to­tal, on a dû perdre une cen­taine de ru­chers sur les trois sites » . Im­pos­sible d’éva­luer le mon­tant du pré­ju­dice. « Il ne s’agit pas sim­ple­ment des ruches. On ne se­ra ja­mais rem­bour­sé sur le miel, les abeilles, et sur la pro­duc­tion per­due pour des an­nées. »

« Plus rien à man­ger »

Comme le ra­conte Ré­mi, en­core aba­sour­di, « vu que le feu s’est dé­cla­ré la nuit, les abeilles n’ont pas pu s’échap­per puis­qu’elles ne volent que le jour ». Or, les quelques guer­rières, dé­sor­mais or­phe­lines, qui ont, elles, sur­vé­cu au bra­sier, sont aus­si condam­nées. «Elles ont per­du leur reine, et ne se­ront pas ac­cueillies dans d’autres ruches, car elles se­raient consi­dé­rées comme des pillardes», ex­plique l’api­cul­teur. De toute fa­çon, elles n’au­raient « plus rien à man­ger » aux alen­tours. Les abeilles bor­méennes se nour­ris­saient des ar­bouses, de la bruyère blanche et de la la­vande ma­ri­time qui abon­daient au pied de la col­line. « Le pro­blème, ré­sume Lau­ra, c’est qu’on a per­du une belle par­tie du pa­tri­moine flo­ral de Bormes . » Le jeune couple ve­nait d’in­ves­tir dans la construc­tion d’un bâ­ti­ment d’ex­ploi­ta­tion pour sa pe­tite en­tre­prise. Ce­la fai­sait deux ans que Ré­mi et Lau­ra s’étaient lan­cés dans la vente au dé­tail d’un miel de qualité, en ar­pen­tant no­tam­ment les mar­chés du La­van­dou (le jeu­di ma­tin) ou d’Hyères (le sa­me­di). « C’est sûr que c’est un sacré coup de frein», eu­phé­mise Lau­ra, qui tente mal­gré tout de gar­der le sou­rire. Car même s’il va fal­loir at­tendre « des an­nées avant que la vé­gé­ta­tion re­pousse et donne de la nour­ri­ture aux abeilles», pas ques­tion pour au­tant de bais­ser les bras. «C’est un mé­tier de plus en plus dif­fi­cile, no­tam­ment à cause de la sé­che­resse, qui est de plus en plus pro­non­cée chaque an­née, ana­lyse Ré­mi. Et je ne sais pas s’il faut en­core le rap­pe­ler, ajoute-t-il, mais la na­ture et l’éco­sys­tème ont plus que ja­mais be­soin des abeilles. » Le couple, lui, as­sure en re­vanche n’avoir « be­soin de rien... si ce n’est que la na­ture aille bien. »

(Photos G.A.)

Api­cul­teur de père en fils, Ré­mi a lan­cé la Bu­ti­ne­rie de Pro­vence avec sa com­pagne il y a cinq ans.

Ce sont plu­sieurs an­nées de tra­vail qui ont été anéan­ties en quelques mi­nutes à peine.

Des clous rouillés, c’est tout ce qu’il reste de la plu­part des ruches qui ont fon­du dans le bra­sier.

L’es­pé­rance de vie des abeilles or­phe­lines qui ont sur­vé­cu aux flammes est dé­sor­mais très ré­duite.

Im­pos­sible d’éva­luer le mon­tant des dé­gâts. Ce qui est cer­tain, c’est que « l’ave­nir s’an­nonce compliqué ».

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