Feu sur les élus

Maires et conseillers dé­par­te­men­taux du Var sont des­ti­na­taires d’une lettre ou­verte qui les ap­pelle à un sou­tien réel aux sol­dats du feu. Loin des « dé­cla­ra­tions de cir­cons­tances »

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SONIA BONNIN sbon­nin@var­ma­tin.com

Por­tés aux nues lorsque les in­cen­dies éclatent, les pom­piers va­rois de­mandent que les élus lo­caux sou­tiennent da­van­tage leur bud­get. Le syn­di­cat au­to­nome des sol­dats du feu en ap­pelle « à la rai­son et à la sin­cé­ri­té ».

C’est l’en­vers du dé­cor. Ce qu’il reste quand les feux ont fi­ni de brû­ler, quand les ca­mions sont ren­trés à la ca­serne, quand les hommes ont po­sé le casque. Et que les ca­mé­ras sont par­ties. Dans une lettre très di­recte, le syn­di­cat au­to­nome des pom­piers du Var, SPP-PATS 83, in­ter­pelle les élus lo­caux pour mettre sur la table – et de­vant l’opi­nion pu­blique – ce qui grè­ve­rait les moyens du ser­vice d’in­cen­die et de se­cours. Le syn­di­cat des sol­dats du feu « en ap­pelle à la rai­son et à la sin­cé­ri­té de cer­tains maires du Var ». Et rap­pelle aus­si au conseil dé­par­te­men­tal sa coupe dans le bud­get de l’an­née en cours, en juin 2017. Les sol­li­ci­ta­tions des pom­piers « ne cessent d’aug­men­ter chaque an­née », avec en­core +5 % d’in­ter­ven­tions en 2016. Tan­dis que les ef­fec­tifs des pom­piers pro­fes­sion­nels (à dif­fé­ren­cier des vo­lon­taires) ont bais­sé – de 960 en 2009, à 905 au­jourd’hui. Sé­bas­tien Jan­sem est le pré­sident du syn­di­cat au­to­nome SPP-PATS 83, ma­jo­ri­taire. Votre syn­di­cat in­ter­pelle les élus va­rois. Pour­quoi ce cour­rier et pour­quoi main­te­nant ? On ré­agit à ce qu’on a vu dans la presse, pen­dant les in­cen­dies. On ob­serve un double dis­cours entre la re­con­nais­sance par les élus du tra­vail de lutte contre les feux de fo­rêt, et d’autre part, des actes, des dé­ci­sions réelles tout au long de l’an­née. Dans le Var, il y a ac­tuel­le­ment une soixan­taine de villes, soit un tiers, qui ont en­ga­gé des re­cours contre le cal­cul de leur co­ti­sa­tion au Sdis du Var (Ser­vice d’in­cen­die et de se­cours). Quel est le rap­port entre les feux et ce conten­tieux, ou­vert de­puis des an­nées ? Nous avons éva­lué qu’il y a de l’ordre de  mil­lions d’eu­ros qui manquent au bud­get an­nuel, sur un to­tal de  mil­lions. Cinq mil­lions, c’est quoi ? C’est l’équi­valent d’un mois de paie au Sdis du Var. Ce qui nous gêne, c’est qu’on touche au bud­get d’un éta­blis­se­ment pu­blic. Nous en ap­pe­lons à la rai­son et à la sin­cé­ri­té de cer­tains maires. Mais les élus sont en droit de faire une contes­ta­tion, tout en bé­né­fi­ciant d’un ser­vice pu­blic. Mais qui est pris en otage, au fi­nal ? Ce sont les sa­peurs­pom­piers, qui sont des fonc­tion­naires. Le blo­cage a as­sez du­ré. Que les élus se mettent d’ac­cord entre eux. On les met de­vant leurs res­pon­sa­bi­li­tés et on veut que la po­pu­la­tion soit au cou­rant. Là, il s’agit d’un choix po­li­tique, sur un bud­get. On ex­horte ces maires à aban­don­ner leurs re­cours ad­mi­nis­tra­tifs. Vous re­le­vez aus­si une coupe budgétaire de   €, vo­tée en juin der­nier. L’ac­ti­vi­té aug­mente et le bud­get reste stable, voire, il di­mi­nue. Le  juin , mau­vaise sur­prise, le Dé­par­te­ment a dé­ci­dé une baisse de sa contri­bu­tion, de   €. Le conseil dé­par­te­men­tal par­ti­cipe à hau­teur de  % au fi­nan­ce­ment du Sdis du Var. Au ni­veau na­tio­nal, c’est  %, voi­là peu­têtre l’une des causes du li­tige. Cette par­ti­ci­pa­tion mi­no­ri­taire fait re­po­ser la ma­jo­ri­té du fi­nan­ce­ment sur les com­munes. En juillet, des pom­piers ont no­té une baisse des moyens dé­ployés sur le ter­rain. Qu’en est-il ? Les ef­fec­tifs des pom­piers sont pas­sés de  en , à  cette an­née. Le plan de re­cru­te­ment a été stop­pé. Les sa­peurs vo­lon­taires sont tou­jours plus sol­li­ci­tés. Mais leur dis­po­ni­bi­li­té n’est pas in­épui­sable. J’ai vu un vo­lon­taire, après  h sur le feu, re­ce­voir un coup de fil de son em­ployeur, juste en sor­tant de sa douche. Et sur le ma­té­riel, avez-vous moins de ca­mions ? Même si le Sdis a des ca­mions neufs der­nière gé­né­ra­tion, une par­tie des ca­mions ré­for­més n’a pas été rem­pla­cée. Le parc des en­gins, des ca­mions feux de fo­rêt, est vieillis­sant. Le nombre des Giff (Groupe d’in­ter­ven­tion feux de fo­rêt) a bais­sé – de  il y a dix ans, à  au­jourd’hui. Lors du feu d’Ar­tigues, on n’avait plus de pneu de re­change, après une cre­vai­son. Voi­là où on en est.

La di­rec­tion du Sdis 83 a fait sa­voir qu’elle ne ré­agis­sait pas à ce su­jet. Il n’a pas été pos­sible de joindre Fran­çoise Du­mont, pré­si­dente du Sdis 83.

(Pho­tos Laurent Mar­ti­nat et Pa­trick Blan­chard)

Un sa­peur en lutte contre les flammes, à Bormes-les-Mi­mo­sas, la se­maine der­nière. Le syn­di­cat au­to­nome cri­tique « la réa­li­té des dé­ci­sions des élus », éloi­gnée de leurs « dé­cla­ra­tions gra­ti­fiantes ».

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