Du­châble au som­met de son art aux Nuits de La Moutte

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Saint-tropez - S.A.

C’est par une soi­rée ty­pi­que­ment re­pré­sen­ta­tive de ce que sont les «Nuits du châ­teau de La Moutte» que ce fes­ti­val 2017 a dé­bu­té, mar­di soir, de­vant une Tos­cane en­core comble. Un pu­blic dé­con­trac­té et bon en­fant mais connais­seur, très tro­pé­zien, car aux au­toch­tones se mêlent des ré­si­dents se­con­daires fi­dèles des lieux, et sur scène un phé­no­mène, très proche de ce pu­blic, qui contri­bue à faire de ces soi­rées des mo­ments rares dans le monde de la mu­sique clas­sique.

Un vir­tuose, hu­mo­riste et conteur

Car si Fran­çois-Re­né Du­châble est sur­tout un vir­tuose, il est aus­si conteur, hu­mo­riste et met­teur en scène. Le vir­tuose a joué une quin­zaine d’ex­traits d’oeuvres des plus cé­lèbres com­po­si­teurs ro­man­tiques, in­sis­tant bien en­ten­du sur l’his­toire des lieux qu’ hantent tou­jours Liszt et Blan­dine, et à tra­vers eux Co­si­ma et donc Wa­gner. Il nous a dé­li­vré sa force et sa fi­nesse, sa dé­sin­vol­ture et son sé­rieux, sa dou­ceur et sa co­lère. La mez­zo-so­pra­no San­drine Sut­ter a été elle aus­si à la hau­teur de l’évè­ne­ment, avec quelques airs in­con­tour­nables de Gluck, SaintSaens ou en­core Ver­di et Bi­zet. Le conteur et l’hu­mo­riste est aus­si un pé­da­gogue : il ex­plique chaque mor­ceau qu’il va jouer, mais avec une fa­conde, des ré­par­ties et des anec­dotes qui sou­lèvent le rire de la foule. En­fin le met­teur en scène est un ma­niaque de l’éclai­rage et ses ré­gis­seurs jouent sur les lu­mières au fur et à me­sure des in­ter­pré­ta­tions.

Pia­no en cé­ra­mique

Avec Fran­çois-Re­né Du­châble, la se­conde «ve­dette» de la soi­rée a in­con­tes­ta­ble­ment été ce pia­no dé­li­rant. Créé par le cé­ra­miste va­rois Alain Vagh, qui ha­bille tout ce qu’il touche (voi­tures, ma­té­riel agri­cole, et même vê­te­ments), tout en pierres vertes et jaunes. Il a ne­cés­si­té une an­née de tra­vail. Il pèse trente ki­los de plus qu’un pia­no «nor­mal» et d’ailleurs il a fal­lu l’in­ter­ven­tion d’un ré­gis­seur «mus­clé» pour sou­le­ver ou abais­ser le cou­vercle se­lon les par­ti­tions jouées. Une ra­re­té à dé­tailler: les touches, toutes vertes, ne sont pas en ivoire mais en pure cé­ra­mique, ex­trê­me­ment fines, car elles ne peuvent pas pe­ser plus de 10 grammes cha­cune. Le siège du pia­niste aus­si en cé­ra­mique. Voi­là un pia­no que Fran­çoisRe­né Du­châble au­rait eu du mal à je­ter à l’eau...

Un cadre ex­cep­tion­nel

Si les Nuits du Châ­teau de La Moutte ont un tel suc­cès c’est dû aus­si au cadre ex­cep­tion­nel, et à l’am­biance qui en dé­coule, dans le­quel ont lieu ces ré­ci­tals. Le pu­blic ac­cède à ce do­maine qui res­pire la culture, la sa­gesse, le ro­man­tisme, par un pe­tit che­min tra­cé à tra­vers ce jar­din féé­rique com­po­sé d’es­pèces rares et de pal­miers ma­jes­tueux. Les concerts ont lieu dans la par­tie ap­pe­lée «Tos­cane», clas­sée aux mo­nu­ments his­to­riques, qui est à la fois un lieu d’une acous­tique et d’une in­ti­mi­té propres à ce genre de concerts. En­fin, plane ici la mé­moire de Franz Liszt, de sa fille Blan­dine, d’Emile Ol­li­vier et, plus proche de nous, d’Anne Troi­sier de Diaz, des­cen­dante di­recte de cette li­gnée cé­lèbre, qui a ha­bi­té et en­tre­te­nu le châ­teau du­rant toute sa vie, et qui est à l’ori­gine de ce fes­ti­val.

Pro­gramme al­lé­chant

Fran­çois Mi­chiels a pré­sen­té en ou­ver­ture le dé­tail des soi­rées à ve­nir. Ce soir jeu­di 3 août, à 21 h la Tos­cane ac­cueille le groupe «cinq de coeur» dans un spec­tacle in­ti­tu­lé «Le concert sans re­tour». Cinq jeunes atistes se pro­duisent a cap­pel­la, avec un e mise en scène très re­cher­chée, pleine d’hu­mour, des cos­tumes sou­vent dé­li­rants et tou­jours très ori­gi­naux. Le tour de force? Mal­gré l’ap­pe­rente dé­con­trac­tion, c’est du clas­sique, de la grande mu­sique, une vraie créa­ti­vi­té. La se­maine s’achè­ve­ra sa­me­di 5 avec, aux Ca­ne­biers, les soeurs Bu­nia­ti­ch­vi­li qui joue­ront sur deux pia­nos, mais aus­si à quatre mains sur un seul cla­vier, au-des­sus de la mer.

(Pho­to S.A.)

Fran­çois-Re­né Du­châble et San­drine Sut­ter ont brillam­ment ou­vert ce fes­ti­val .

(SA)

Alain Vagh au cla­vier de son pia­no ex­cep­tion­nel et unique au monde.

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