Ex­po­sé au plomb du stand de tir, il at­taque la Ma­rine Tou­lon

L’an­cien di­rec­teur du stand de la base na­vale, vic­time de troubles neu­ro­lo­giques et pul­mo­naires, a dé­po­sé une plainte contre les au­to­ri­tés mi­li­taires au­près du par­quet mi­li­taire

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var -

Je vis au jour le jour. Sans sa­voir si le len­de­main je pour­rai faire quoi que ce soit. » Se­lon les jours, les maux dont souffre Da­vid Tou­lis, an­cien pre­mier­maître des fu­si­liers ma­rins et ex­di­rec­teur du centre de tir de Mal­bous­quet sur la base na­vale de Tou­lon, le han­di­capent au point de l’em­pê­cher de bou­ger, de mar­cher, de se le­ver. Faire le moindre geste quo­ti­dien lui est par­fois im­pos­sible. Re­ve­nu à la vie ci­vile, cet ha­bi­tué des zones de conflits mène dé­sor­mais un com­bat contre les au­to­ri­tés mi­li­taires. Ron­gé no­tam­ment par une in­toxi­ca­tion au plomb, il a dé­po­sé ce lun­di par l’in­ter­mé­diaire de ses avo­cats, Maîtres Phi­lip de Lum­ley et Ch­ris­tophe Cou­tu­rier (du bar­reau de Dra­gui­gnan) une plainte vi­sant le pré­fet ma­ri­time et le com­man­dant de la base na­vale de Tou­lon pour « mise en dan­ger de la vie d’au­trui ».

Muscles pa­ra­ly­sés

En 2015, Da­vid Tou­lis est épui­sé. « Je ne com­pre­nais par pour­quoi je ne pou­vais plus bou­ger. Mes muscles étaient comme pa­ra­ly­sés. »Son mé­de­cin trai­tant lui pré­co­nise des ana­lyses san­guines et le ré­sul­tat va être alar­mant : son sang contient deux fois plus de plomb que la norme au­to­ri­sée (212 mi­cro­grammes par litre de sang ; la moyenne haute étant de 100 mi­cro­grammes par litre de sang). Du plomb comme ce­lui qui peut pul­lu­ler dans un stand de tir. Dans ce­lui où l’of­fi­cier ma­ri­nier a tra­vaillé comme mo­ni­teur avant d’en as­su­rer la di­rec­tion. « C’est un es­pace clos. Un stand de tir fer­mé, avec un toit. On a été jus­qu’à contes­ter ce fait en di­sant que les tirs étaient faits en plein air ! Ce stand est par ailleurs dé­pour­vu d’ex­trac­teur d’air », as­sure-t-il. Il alerte alors sa hié­rar­chie et en­gage des dé­marches afin de faire re­con­naître sa ma­la­die pro­fes­sion­nelle au ni­veau de la Ma­rine na­tio­nale.

« Ma fin de car­rière a été un en­fer »

« À par­tir de là, je suis de­ve­nu l’homme à abattre. Ma no­ta­tion a chu­té. Il au­rait fal­lu que je change ma ver­sion des choses. On sa­vait pour le sa­tur­nisme et per­sonne n’a rien fait. Au­jourd’hui, j’ai une par­tie du corps né­cro­sée, des no­dules aux pou­mons, une dé­gé­né­res­cence au ni­veau du cer­veau. Je suis bien dé­ci­dé à al­ler jus­qu’au bout de cette af­faire. L’in­dif­fé­rence que l’on a eue vis-à-vis de moi a ren­for­cé ma vo­lon­té. Je me suis en­ga­gé dans la Ma­rine en 1991, j’ai ser­vi mon pays et la fin de ma car­rière a été un en­fer. » Se­lon lui, le cadre dans le­quel se sont opé­rés les tirs n’était pas sé­cu­ri­sé pour les ti­reurs. Outre le plomb, l’an­cien mi­li­taire évoque la pré­sence de ni­trates, d’acides, une ex­po­si­tion sans garde-fou à des mé­taux lourds. Con­vain­cu d’être vic­time des condi­tions de tirs, M. Tou­lis a, dans un pre­mier temps, sai­si les au­to­ri­tés mi­li­taires de son af­fec­ta­tion pro­fes­sion­nelle. En vain. « On a même ré­pon­du à Da­vid Tou­lis qu’il de­vait avoir du plomb à son do­mi­cile ! », dé­nonce Me Phi­lipe de Lum­ley.

Con­signes sur les risques can­cé­ri­gènes

Quelques se­maines plus tard, le 5 sep­tembre 2016, le com­man­dant de la base na­vale de Tou­lon, éta­blit une note sur les con­signes re­la­tives au stand de tir de Mal­bous­quet, évo­quant l’ex­po­si­tion au plomb. Il est rap­pe­lé que « l’em­ploi d’armes à feu et l’en­tre­tien (net­toyage/ra­tis­sage) du stand de tir gé­nèrent une ex­po­si­tion aux fu­mées et pous­sières de plomb. Le plomb est un pro­duit can­cé­ro­gène, mu­ta­gène, toxique pour la re­pro­duc­tion. » Dans une an­nexe, il est men­tion­né que le net­toyage et le ra­tis­sage sont in­ter­dits pour le per­son­nel fé­mi­nin; le temps d’ex­po­si­tion au plomb est li­mi­té à 2 heures par jour ; le port des masques et com­bi­nai­sons est obli­ga­toire ; des douches et des ma­chines à la­ver sont mises à dis­po­si­tion. Une sur­veillance ren­for­cée (prise de sang) est éga­le­ment obli­ga­toire. Après 25 ans de ser­vices, Da­vid Tou­lis a mis le feu aux poudres et es­père main­te­nant que la jus­tice tranche.

(Pho­to DR)

Ex-pre­mier maître des fu­si­liers ma­rins et an­cien di­rec­teur du centre de tir de Mal­bous­quet, Da­vid Tou­lis est vic­time de troubles neu­ro­lo­giques qu’il at­tri­bue aux éma­na­tions toxiques pro­duites dans le site de tirs.

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