Les agri­cul­teurs en ont ras-le-bol des san­gliers Tour­tour

Alors que les dé­gâts se mul­ti­plient dans les cultures, la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne veut mettre la pres­sion sur les pou­voirs pu­blics et de­mande une réelle ré­gu­la­tion des co­chons sau­vages

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - VÉRONIQUE GEORGES vgeorges@ni­cema­tin.fr

La co­lère gronde dans le monde agri­cole contre les dé­gâts de plus en plus im­por­tants cau­sés par les san­gliers. Hier sur l’ex­ploi­ta­tion de Fa­bien Tho­mas à Tour­tour, les re­pré­sen­tants de la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne ont fait le point sur une si­tua­tion qu’ils jugent cri­tique. « Les san­gliers, il y en a tou­jours eu, ra­conte Fa­bien Tho­mas, ins­tal­lé de­puis 2013 en ma­raî­chage di­ver­si­fié bio. Mais de­puis deux ans, ils viennent en­core plus à cause de la sé­che­resse, et par­ti­cu­liè­re­ment cette an­née. » Les pho­to­gra­phies et vi­déos prises par un ap­pa­reil qu’il a ins­tal­lé au bord de ses cultures en té­moignent.

On va vers un burn-out pay­san

En dé­pit de la clô­ture élec­trique qui en­toure l’en­semble de sa par­celle, les co­chons sau­vages pé­nètrent sur ses terres de plus en plus sou­vent. Pommes de terre dé­ter­rées, oi­gnons écra­sés, le spec­tacle est dé­so­lant pour des pro­fes­sion­nels qui voient leur tra­vail par­tir en fu­mée. Sans comp­ter tout ce que les ani­maux ont man­gé sur place. Les agri­cul­teurs tra­vaillent la boule au ventre avec l’an­goisse chaque ma­tin de dé­cou­vrir dans quel état se­ront les champs. «Les san­gliers vont tou­jours plus haut, dit Isa­belle Bou­vier, agri­cul­trice au Luc. Ils se mettent de­bout sur leurs pattes ar­rières, celles de de­vant po­sées sur les branches basses de Le pré­sident de la fé­dé­ra­tion des chas­seurs du Var, Marc Meis­sel as­sure : « On es­saye de trou­ver des solutions, mais il n’y en a pas beau­coup. » Ce­la com­mence par l’ou­ver­ture an­ti­ci­pée au gros gi­bier de plus en plus tôt – le

août cette an­née –, avec des res­tric­tions sur les zones noires et rouges à risque d’in­cen­die, « ce que l’on com­prend, dit-il. Mais on vou­drait chas­ser là où c’est né­ces­saire. Les san­gliers se ré­fu­gient dans les lieux où il y a des cultures, au mi­lieu de la fo­rêt ou même en plaine. On es­saye d’avoir un ar­rê­té pré­fec­to­ral dé­ro­ga­toire vis-à-vis des zones rouges pour pou­voir y in­ter­ve­nir le ma­tin jus­qu’à  h . » Lors de la sai­son , plus de   san­gliers ont été tués dans le dé­par­te­ment. Pour­tant « il en reste beau­coup, constate mes arbres frui­tiers, qu’ils cassent en par­tant après avoir man­gé tout ce qu’ils ont pu. On a une pres­sion psy­cho­lo­gique per­ma­nente. On va vers le burn-out pay­san. Dans le Alpes-de-Haute-Pro­vence, cer­tains ont dé­jà ar­rê­té le mé­tier. Nous, ce que l’on veut, c’est culti­ver tran­quille­ment. » Se­lon la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne, les dé­dom­ma­ge­ments payés par la fé­dé­ra­tion des chas­seurs du Var ne com­pensent pas « les pertes à leur juste va­leur, mais aux prix de gros, et en par­ti­cu­lier en cir­cuit court et en agri­cul­ture bio­lo­gique », sou­ligne Vincent Ar­cu­sa, qui cultive des cé­réales à Tourves. Ni le temps per­du à pro­té­ger les terres, à rem­plir les de­mandes d’in­dem­ni­sa­tion… La con­fé­dé­ra­tion de­mande la fin de l’agrai­nage, du pié­geage avec des cages, des tirs d’été par des pro­fes­sion­nels payés par l’État pour as­su­rer la ré­gu­la­tion de l’es­pèce et un meilleur ba­rème d’in­dem­ni­sa­tion. M. Meis­sel. C’est une es­pèce en­va­his­sante, on fait tout ce qu’on peut, on n’y ar­ri­ve­ra pas. » Clas­sé nui­sible toute l’an­née, le san­glier pro­li­fère. « Ce n’est pas un pro­blème dé­par­te­men­tal, mais eu­ro­péen. Ils se mul­ti­plient par­tout. » La fé­dé­ra­tion va­roise a ver­sé   € d’in­dem­ni­sa­tion cette an­née. « On fi­nance aus­si en par­tie les clô­tures élec­triques, mais ce n’est pas la so­lu­tion mi­racle. Ce que l’on pré­co­nise, c’est une ré­vi­sion de la loi de  qui im­pose aux chas­seurs d’in­dem­ni­ser. Nous vou­lons qu’elle en­gage cha­cun au ni­veau de ses res­pon­sa­bi­li­tés. Les syn­di­cats agri­coles doivent com­prendre que les chas­seurs ne pour­ront plus payer. Les pou­voirs pu­blics peuvent ap­por­ter quelque chose d’autre, les agri­cul­teurs aus­si. »

(DR) (Pho­tos Dy­lan Meif­fret)

Fa­bien Tho­mas ne peut que consta­ter les dé­gâts : Mal­gré les clô­tures élec­triques qui en­tourent ses cultures, les pommes de terre ont été dé­ter­rées par les san­gliers. En mé­daillon, l’ap­pa­reil pho­to qui en­re­gistre les preuves du pas­sage des nui­sibles. L’ap­pa­reil pho­to a « pié­gé » ces trois san­gliers sur les cultures de Fa­bien Tho­mas le  juin à  h . Les rangs d’oi­gnons ont été pié­ti­nés.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.