Quelles mé­thodes pour li­mi­ter

De plus en plus nom­breux, de moins en moins fa­rouches, ils posent de sé­rieux pro­blèmes aux agri­cul­teurs. Face à ce pro­blème, quelques tech­niques pour s’en pro­té­ger sont avan­cées...

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Var - DOS­SIER : GUILLAUME AUBERTIN gau­ber­tin@ni­ce­ma­tin.fr

Il pro­li­fère d’an­née en an­née, de glan­dée en glan­dée. C’est de­ve­nu un cau­che­mar pour tous les vi­ti­cul­teurs, mais aus­si pour les simples par­ti­cu­liers qui ont un jar­din ou un po­ta­ger à en­tre­te­nir. Comme beau­coup d’ani­maux, le san­glier est, en gé­né­ral, uni­que­ment ap­pré­cié lors­qu’il se re­trouve dans notre as­siette, que ce soit en ter­rine, en daube ou en ci­vet. Mais de­puis quelques an­nées, le sus scro­fa do­mes­ti­cus se rap­proche dan­ge­reu­se­ment de nos villes. Et sa po­pu­la­tion est en per­pé­tuelle aug­men­ta­tion…

Quel est le pro­blème ?

Dif­fi­cile d’éva­luer très pré­ci­sé­ment le nombre de ces ani­maux sau­vages. Ce que l’on sait dé­jà, c’est qu’au ni­veau na­tio­nal, plus de 500000 bêtes sont tuées chaque an­née. C’est en­vi­ron dix fois plus qu’à la fin des an­nées soixante-dix. Pour­tant, ce­la ne suf­fit pas à li­mi­ter les ra­vages sur les cultures, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans le Var ou les Alpes-Ma­ri­times, où pas une sai­son ne se passe sans qu’agri­cul­teurs et vi­gne­rons dé­plorent les dé­gâts cau­sés par la ve­nue des san­gliers, qui re­pré­sentent pour cer­tains, «15 à 30 % de perte sèche sur les ré­coltes ». En dix ans, le nombre de co­chons sau­vages au­rait qua­si­ment dou­blé dans le sud-est de la France. Et ce, mal­gré les quelque 10 000 san­gliers abat­tus cette an­née dans les Al­pesMa­ri­times et près de 25000 san­gliers dans le Var. La fac­ture com­mence à être sé­rieu­se­ment sa­lée dans les vi­gnobles va­rois. « On peut chif­frer les dé­gâts sur les ex­ploi­ta­tions vers les 600000 eu­ros sur le dé­par­te­ment que notre fé­dé­ra­tion est dé­jà en train de rem­bour­ser. À l’échelle na­tio­nale, ce­la re­pré­sente en­vi­ron 35 mil­lions d’eu­ros», es­ti­mait, il y a quelques se­maines, Marc Meis­sel, pré­sident de la fé­dé­ra­tion dé­par­te­men­tale des chas­seurs. Et en­core. Comme le sou­ligne Jean Crou­sillat, doc­teur en bio­lo­gie et an­cien membre de la com­mis­sion dé­par­te­men­tale de l’Of­fice na­tio­nal de la chasse et de la faune sau­vage (ONCFS), « ces chiffres-là sont en des­sous de la réa­li­té, dans la me­sure où ils ne comp­ta­bi­lisent que les re­le­vés des bat­tues ad­mi­nis­tra­tives ». Il faut donc ajou­ter à ce­la les tirs de nuit ou tirs de ren­contre. « En gros, cal­cule le cher­cheur, au­jourd’hui re­trai­té, ce­la re­pré­sente 15 % de plus .»

Quelles sont les causes ?

Pire : les san­gliers se rap­prochent des villes et tra­versent de plus en plus les au­to­routes. «C’est un peu triste à dire, mais le jour où les en­fants mour­ront sur la route avec leurs pa­rents à cause des san­gliers, pré­vient Jean-Ma­rie Quef, di­rec­teur du do­maine de l’Amau­rigue, au Luc-en-Pro­vence (Var), on pren­dra en­fin le pro­blème au sé­rieux. » Pour Jean Crou­sillat, il y a « plu­sieurs grandes rai­sons » qui ex­pliquent cette pro­li­fé­ra­tion sou­daine. « D’abord, en­tame le cher­cheur, si on a de plus en plus de san­gliers, c’est à cause du manque de nour­ri­ture. Les an­nées où la glan­dée est bonne, ils res­tent dans les bois. En re­vanche, quand ce n’est pas le cas, ils sont obli­gés de s’ap­pro­cher des ha­bi­ta­tions pour trou­ver de la nour­ri­ture.» En­suite, le pro­blème est aus­si d’ori­gine humaine. « Les ha­bi­ta­tions sont de plus en plus rap­pro­chées des leurs, ce qui fait que leur ter­ri­toire se res­treint.» Autre ex­pli­ca­tion avan­cée: « Les chas­seurs ont fait à la pé­ri­phé­rie des bois des cultures de dis­sua­sion comme le maïs, et ont pris l’ha­bi­tude de sor­tir». En­fin, comme le notent la plu­part des spé­cia­listes, le com­por­te­ment sexuel des san­gliers a évo­lué à cause de la chasse à ou­trance. Comme le sou­ligne par ailleurs Vincent Ché­ry, di­rec­teur ad­joint à la Di­rec­tion dé­par­te­men­tale des ter­ri­toires et de la mer (DDTM) du Var, « on as­siste au vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion des chas­seurs qui sont moins nom­breux qu’avant. Le monde a chan­gé, dit-il. C’est pour­quoi on doit aus­si tout faire pour faire per­du­rer cette pas­sion ». Car sans chas­seur, « le pro­blème de­vien­drait en­core plus in­gé­rable », abonde de son cô­té Marc Meis­sel.

(Pho­to Ade­line Le­bel)

Des san­gliers au Gra­ta­dis à Agay. Ici, les san­gliers n’ont plus peur des hu­mains.

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