« Je ne suis pas une frau­deuse, Mon­sieur »

La fraude dans les TER est plus que ja­mais ré­pri­mée. La SNCF et la Ré­gion ont en­ga­gé un plan pour lut­ter contre ce fléau qui grève les fi­nances pu­bliques. Re­por­tage à Ville­franche-sur-Mer

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud - GRÉ­GO­RY LE­CLERC gle­clerc@ni­ce­ma­tin.fr

Je ne suis pas une frau­deuse, Mon­sieur. Je paye tou­jours mes ti­ckets d’ha­bi­tude, je suis quel­qu’un d’hon­nête.» Les larmes coulent sur le vi­sage de la jeune fille de 19 ans. En­ca­drée par des agents de SNCF mo­bi­li­tés, la jeune Ni­çoise, po­lie et trem­blante, vient de se faire contrô­ler sur le quai de la gare de Ville­franche-sur-Mer. Mi­ni short, tee-shirt lâche, san­dales, sac de plage, elle par­tait se bai­gner plage des Ma­ri­nières avec des amis. Elle est mon­tée dans le train à la sta­tion pré­cé­dente, à Nice Ri­quier. Sans prendre de ti­cket. L’ar­ri­vée sur le quai a eu de quoi l’im­pres­sion­ner : la po­lice na­tio­nale en force, la mu­ni­ci­pale, les agents de SNCF mo­bi­li­tés…

Un plan de lutte contre la fraude

Et pas d’échap­pa­toire. Si la jeune femme pleure, c’est que l’amende est de 50 eu­ros, au lieu du ti­cket à 1,20 qu’elle au­rait pu ache­ter. Elles sont deux co­pines, ça fait donc 100 eu­ros. La va­can­cière doit payer sur le champ, en carte bleue. « C’est une somme énorme pour moi», tente-t-elle d’ar­ti­cu­ler dans un san­glot. Ce qui est sai­sis­sant dans cette scène qui s’est dé­rou­lée cette se­maine, c’est qu’au­tour d’elle, un tiers des pas­sa­gers qui vient de dé­bar­quer n’a pas payé son billet… Les ex­cuses les plus di­verses fusent: «La ma­chine était en panne » ; « J’al­lais l’ache­ter au contrô­leur », « Je l’ai don­né à quel­qu’un d’autre », « Je l’ai per­du dans le train ». Pas de pro­fil dans ces frau­deurs : des per­sonnes âgées, des jeunes, des tou­ristes, des lo­caux par­tis se bai­gner. Fou­zia, la qua­ran­taine, Ni­çoise, re­con­naît : « D’ha­bi­tude, je paye, mais là j’ai eu la flemme d’at­tendre au gui­chet et le dis­tri­bu­teur ne fonc­tion­nait pas. Pour un seul ar­rêt, une telle amende, c’est in­ad­mis­sible. » Le taux de fraude dans les TER est tom­bé cette an­née à 12,7 %, dans les trains contrô­lés, au lieu de 20 % en 2015. La Ré­gion a en­ga­gé un grand plan de lutte an­ti-fraude. L’en­jeu fi­nan­cier est de taille, pour pou­voir fi­nan­cer les trains et leur en­tre­tien : un seul point de fraude équi­vaut à 800 000 eu­ros de pertes. À re­gar­der ce quai où les frau­deurs at­tendent par di­zaines d’être ver­ba­li­sés, on se dit qu’il y a du tra­vail. « Tous ont une ex­cuse, je ne les juge pas, ex­plique un agent. Mais il faut qu’ils com­prennent que si tout le monde fait comme ça, il n’est plus pos­sible d’en­tre­te­nir les trains, d’of­frir un ser­vice nor­mal. Beau­coup uti­lisent le train pour al­ler à la plage, et ima­ginent qu’il n’y a pas be­soin de payer pour un seul ar­rêt.» Plu­tôt qu’un bain, ce fût la douche froide. Tout l’été, la SNCF va mul­ti­plier les contrôles sur les lignes. À bon en­ten­deur...

(Pho­tos G. L.)

Sous les ordres du com­mis­saire Au­ry, la po­lice na­tio­nale a sé­cu­ri­sé cette se­maine l’in­ter­ven­tion des agents de SNCF mo­bi­li­tés, pour une grande opé­ra­tion de contrôle.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.