Un centre pour mi­grants dans les Alpes-Ma­ri­times?

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud - STE­PHA­NIE GASIGLIA sga­si­glia@ni­ce­ma­tin.fr

Nous sou­hai­te­rions, bien évi­dem­ment, qu’un CAO, centre d’ac­cueil et d’orien­ta­tion, soit ins­tal­lé dans les Alpes-Ma­ri­times, c’est une prio­ri­té, le pre­mier des be­soins, même, puisque nous sommes sur une voie de mi­gra­tion, de pas­sage. Nous avons be­soin, nous aus­si, d’un centre de ré­pit, de pre­mier ac­cueil pour que les mi­grants puissent se re­po­ser, prendre une dé­ci­sion: res­ter ou pour­suivre leur mi­gra­tion. » Da­vid Na­kache, pré­sident de l’as­so­cia­tion Tous Ci­toyens ! très im­pli­quée dans l’aide aux mi­grants, vote pour ! Mais, pour l’ins­tant, deux CAO seule­ment sont pré­vus, se­lon Gé­rard Col­lomb, mi­nistre de l’In­té­rieur. Il a an­non­cé leur créa­tion dans les Hautsde-France: l’un à Trois­vaux dans le Pas-de-Ca­lais, l’autre à Bailleul dans le Nord, éloi­gnés de Ca­lais pour évi­ter la ré­ins­tal­la­tion des mi­grants.

« La volte-face » du gou­ver­ne­ment

Da­vid Na­kache ap­prouve, c’est vrai, mais n’est pas dupe et évoque le re­vi­re­ment du gou­ver­ne­ment. « La vol­te­face de Gé­rard Col­lomb ré­vèle la vé­ri­table na­ture du ré­gime po­li­tique de Ma­cron: pen­dant qu’il pro­clame une hu­ma­ni­té de fa­çade, il faut une dé­ci­sion du Con­seil d’État pour ob­te­nir de l’eau, des toi­lettes, des douches et un toit pour les ré­fu­giés, c’est-à-dire les condi­tions d’hy­giène mi­ni­males pour des êtres hu­mains. » Sans le coup de se­monce de l’éche­lon su­prême de la ju­ri­dic­tion ad­mi­nis­tra­tive, ce­la ne se­rait pas d’ac­tua­li­té, as­sure-t-il. «Dans la France de Ma­cron, les ani­maux sont mieux trai­tés que les hu­mains. » En ef­fet, l’an­nonce du mi­nistre de l’In­té­rieur est in­ter­ve­nue après l’in­ter­ven­tion du Con­seil d’État qui a fer­me­ment rap­pe­lé à l’ordre le gou­ver­ne­ment. Alors même que Gé­rard Col­lomb avait, le 23 juin, dé­cla­ré en vi­site à Ca­lais: «À chaque fois qu’on a construit un centre, il y a eu ap­pel d’air». Pas ques­tion, alors, pour lui, de construire de nou­veaux centres d’ac­cueil dans la ré­gion. Ce en quoi il re­joi­gnait, à l’époque, Éric Ciot­ti. Qui monte au cré­neau. Pas ques­tion, dit le pré­sident du con­seil dé­par­te­men­tal des Alpes-Ma­ri­times qu’une telle struc­ture voit le jour ici.

Éric Ciot­ti veut des actions à la source

«Je suis to­ta­le­ment hos­tile à la mise en place de ces centres d’ac­cueils. Je consi­dère que c’est un ap­pel d’air à l’im­mi­gra­tion illé­gale. On donne des droits à des per­sonnes qui ne de­vraient pas en avoir, on en­voie un mau­vais mes­sage. Je suis pour un mes­sage de fer­me­té qui ga­ran­tie l’hu­ma­ni­té. Je trouve l’Eu­rope très naïve, sa po­li­tique a conduit à la mul­ti­pli­ca­tion des drames en Mé­di­ter­ra­née», a dé­cla­ré le dé­pu­té azu­réen. Qui se fé­li­cite, ce­pen­dant, de l’an­nonce de Ma­cron sur les hots­pots, tout en iro­ni­sant : « Je suis fa­vo­rable à cette idée d’au­tant plus que c’est une idée que nous avions eue avec Ni­co­las Sar­ko­zy et re­prise par le Pré­sident. Les de­mandes d’asile doivent être faites au plus près des théâtres de guerre. Ce­la évite un ter­rible pé­riple par la route des Bal­kans ou la Mé­di­ter­ra­née et per­met de fer­mer la route mi­gra­toire ». Éric Ciot­ti est clair, il est pour

«des actions à la source», mais « contre ces centres d’ac­cueil qui vont am­pli­fier le pro­blème».

«Si c’est pour faire le tri, ce se­rait pire »

Quant à Te­re­sa Maf­feïs, de l’as­so­cia­tion ADN ac­tion pour la dé­mo­cra­tie à Nice, très ac­tive à la fron­tière ita­lienne pour es­sayer de don­ner des condi­tions de vie dé­centes aux mi­grants, elle est plu­tôt mi­ti­gée. «Ilyaun­cô­té po­si­tif bien sûr, mais aus­si un cô­té né­ga­tif à ces centres. Si c’est en vue de les ex­pul­ser plus vite, alors je dis non», dit la mi­li­tante as­so­cia­tive.

Et de pour­suivre : «Nor­ma­le­ment l’État doit ré­pondre à la de­mande pour des hé­ber­ge­ments dé­cents, ce n’est pas que la so­li­da­ri­té qui doit le faire. Quand ils sont dans la rue, les mi­grants disent qu’ils ont en­core plus peur que lors de leur voyage, ce n’est pas nor­mal. En même temps, je crains que ce type de centres ne soit là que pour ac­cé­lé­rer les pro­cé­dures ou pour faire le tri et les en­voyer dans les camps en Li­bye, ce se­rait pire où il y a de l’es­cla­vage et de la tor­ture ».

(Pho­to d’ar­chives Franck Fer­nandes)

Le mi­nistre de l’In­té­rieur, pous­sé par le Con­seil d’État, a an­non­cé la créa­tion de deux centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion des mi­grants dans le Nord et le Pas-de-Ca­lais. Rien n’est pré­vu dans les Alpes-Ma­ri­times, mal­gré l’in­sis­tance de cer­taines as­so­cia­tions. Les mi­grants in­ves­tissent des parcs de la ville de Nice en at­ten­dant que soit exa­mi­née leur de­mande d’asile.

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