« Les po­li­tiques ne doivent pas jouer les super pom­piers »

De­puis Pa­ris, la dé­pu­tée Se­reine Mau­borgne (REM) a vu une par­tie de sa cir­cons­crip­tion partir en fu­mée. Elle ap­pelle à re­voir le sta­tut des pom­piers vo­lon­taires et l’or­ga­ni­sa­tion de l’ac­cueil des si­nis­trés

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - L’info Du Jour - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CLEMENCE DUPONT

Se­reine Mau­borgne a vé­cu en tant que dé­pu­tée ses pre­miers in­cen­dies, fin juillet. In­ter­view.

Quel a été votre rôle quand Ra­ma­tuelle, La Croix-Val­mer, Bormes-lesMimosas et La Londe étaient en proie aux flammes ? J’ai tout de suite pris contact avec le pré­fet. Nous sommes res­tés en re­la­tion, afin qu’il me four­nisse toutes les trois heures en­vi­ron, jusque tard dans la nuit, un bi­lan sur l’or­ga­ni­sa­tion des opé­ra­tions, les vic­times. Je ré­pon­dais de mon cô­té aux nom­breuses sol­li­ci­ta­tions des ha­bi­tants.

On vous a re­pro­ché de ne pas vous être ren­due sur place...

J’étais à Pa­ris. J’ai pré­fé­ré être dans mon rôle en suivant en temps réel l’ac­tion des se­cours et en fai­sant l’in­ter­face avec les ser­vices de l’État, plu­tôt que faire perdre du temps aux se­cours. Ve­nir pa­ra­der au­près des pom­piers et les dé­tour­ner de leur opé­ra­tion me sem­blait in­ap­pro­prié. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas sur le ter­rain phy­si­que­ment, que l’on n’est pas im­pli­qué.

Les moyens mo­bi­li­sés, en par­ti­cu­lier aé­riens, étaient-ils suf­fi­sants ?

Beau­coup d’ha­bi­tants m’ont in­ter­pel­lée sur le manque de Ca­na­dairs. Il faut com­prendre que pour des rai­sons stra­té­giques, ils sont tou­jours en­voyés en prio­ri­té sur les feux nais­sants. Par ailleurs, ils ne peuvent ef­fec­tuer qu’un nombre li­mi­té de lar­gages jour­na­liers. Le mi­nistre de l’In­té­rieur a an­non­cé la com­mande de six bom­bar­diers d’eau sup­plé­men­taires. Il y a aus­si une né­ces­si­té de mu­tua­li­sa­tion des moyens eu­ro­péens, mais quand d’autres pays sont tou­chés en même temps, ce­la ne règle pas tout. Si nous avions les moyens d’ache­ter  Ca­na­dairs, ce se­rait par­fait, mais il faut s’adap­ter à la contrainte bud­gé­taire. Quand le vent s’en mêle, il y a des faits inexo­rables, c’est la force de la na­ture, mal­heu­reu­se­ment.

M. Ciot­ti a ap­pe­lé à ce que des Ca­na­dairs soient sta­tion­nés sur la base aé­ro­nau­tique na­vale d’Hyères-le-Pa­ly­vestre. Sou­te­nez-vous cette idée ?

Ce n’est pas aux po­li­tiques de de­ve­nir des su­per­pom­piers. Je ne suis pas tech­ni­cienne, et à la lu­mière des évé­ne­ments, l’au­di­tion des per­sonnes com­pé­tentes nous gui­de­ra sur les ré­flexions à me­ner. On au­rait pu dis­cu­ter d’une éven­tuelle inefficacité des se­cours si tout le dé­par­te­ment s’était em­bra­sé. Ce n’est pas le cas, la si­tua­tion a tout de même été maî­tri­sée.

Vous dites vou­loir me­ner une ré­flexion sur la mo­bi­li­sa­tion des sa­peurs­pom­piers vo­lon­taires ?

Ces feux ont per­mis de mettre en lu­mière la dif­fi­cul­té pour les em­ployeurs de li­bé­rer des temps d’in­ter­ven­tion. Il y a des sou­plesses à trou­ver, des dis­cus­sions à en­ta­mer avec les unions pa­tro­nales et syn­di­cales, de sorte à ce que ces em­ployés ne soient pas au même ré­gime que les autres. Et par­ti­cu­liè­re­ment d’ailleurs, et c’est pa­ra­doxal, dans les mai­ries.

Et sur l’ac­cueil des si­nis­trés ?

Il y a eu beau­coup d’aides spon­ta­nées, mais nous de­vons ré­flé­chir à une or­ga­ni­sa­tion en amont, sur­tout dans un dé­par­te­ment sou­mis à d’autres types de pres­sions cli­ma­tiques, en re­cen­sant les ha­bi­tants prêts à ac­cueillir les si­nis­trés.

Vous comp­tez aus­si vous pen­cher sur l’obli­ga­tion de dé­brous­sailler.

Le dé­brous­saillage reste un pro­blème ma­jeur. Il ap­pa­raît né­ces­saire d’as­so­cier d’autres ac­teurs, comme les as­so­cia­tions qui réa­lisent le dé­brous­saillage avec les ani­maux. L’agri­cul­ture est aus­si un bon moyen de pro­té­ger les terres. Il faut plus d’al­ter­na­tives, et mettre en place des ac­tions de sen­si­bi­li­sa­tion au­près de la po­pu­la­tion.

Le Conser­va­toire du lit­to­ral vient de lan­cer une ca­gnotte pour la res­tau­ra­tion des Caps Lar­dier et Taillat. L’État pour­rait-il mettre la main à la poche ?

Je vais les ren­con­trer pour sa­voir ce dont ils ont be­soin. Si c’est né­ces­saire, je sou­tien­drai cette de­mande au­près du mi­nistre de l’Éco­lo­gie. Mais il n’est pas tou­jours né­ces­saire de sor­tir le car­net de chèques : il existe beau­coup de moyens pour ap­por­ter de l’aide.

Vous ap­pe­lez à des sanc­tions lourdes pour les res­pon­sables des in­cen­dies, vo­lon­taires ou in­vo­lon­taires.

Il faut être très sé­vère par rap­port aux actes d’ir­res­pon­sa­bi­li­té comme je­ter des mé­gots de ci­ga­rette. On peut aug­men­ter les amendes, mais la ques­tion est sur­tout d’aug­men­ter la ca­pa­ci­té de les mettre en oeuvre : quelle sur­veillance, pour qui et quand ? L’en­vie de dé­la­tion or­di­naire, prendre les pho­tos des plaques d’im­ma­tri­cu­la­tion, est louable, mais je ne sais pas si tech­ni­que­ment c’est pos­sible. Sur les feux cri­mi­nels, il faut être in­trai­table. Mais at­ten­tion aus­si aux fan­tasmes. Beau­coup de ru­meurs in­jus­fiées, pré­sen­tant par exemple l’incendie comme un at­ten­tat, ont cir­cu­lé sur les ré­seaux so­ciaux.

Comment avez-vous res­sen­ti per­son­nel­le­ment les évé­ne­ments ?

J’ai été très at­tris­tée, et je com­prends les larmes de Ro­land Bru­no. On a aus­si un sen­ti­ment de fa­ta­li­té dou­lou­reux. On ne peut pas tout contre la na­ture. Je tiens à sa­luer tous les Co­mi­tés de feux de fo­rêt, car ils font un tra­vail re­mar­quable to­ta­le­ment bé­né­vole. Ils aiment leur terre et la dé­fendent. Et bien sûr, les pom­piers, les gen­darmes, tous ces gens qui ont oeu­vré pour que le feu ne dé­truise pas tout. Et tous les ha­bi­tants qui se sont mo­bi­li­sés.

(Pho­to C. D.)

Se­reine Mau­borgne sou­haite la créa­tion d’un fi­chier re­cen­sant les ha­bi­tants prêts à ac­cueillir des si­nis­trés.

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