Coup de chaud

Mil­lé­sime pré­coce en rai­son de la sé­che­resse, mais belle flo­rai­son. Pour le Do­maine de la Giscle, si les vo­lumes risquent d’être im­pac­tés, la qua­li­té se­ra au ren­dez-vous, en par­ti­cu­lier pour les rouges

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Front Page - C. DU­PONT cdu­pont@ni­ce­ma­tin.fr

Les vignes souffrent du manque d’eau et la ré­colte se­ra pré­coce cette an­née. Au dé­tri­ment des vo­lumes, mais pas de la qua­li­té !

Les vignes portent cette an­née le poids du manque d’eau. Avec la sé­che­resse, la né­ces­si­té d’une ré­colte plus pré­coce. Au prix d’une moindre qua­li­té, d’un prix de vente plus éle­vé, d’une dé­té­rio­ra­tion de la vigne ? Pas for­cé­ment. On fait le point avec Pierre Au­de­mard, pro­prié­taire du do­maine de la Giscle (en­vi­ron 35 ha), et co­opé­ra­teur, à hau­teur d’en­vi­ron 10 ha, à la cave de Gri­maud.

Les ven­danges dé­marrent donc plus tôt cette an­née ?

Nous com­men­ce­rons entre le  et  août, soit quatre ou cinq jours en avance par rap­port à l’an der­nier. La ré­colte dé­marre de plus en plus tôt ; chaque an­née, on avance d’un jour ou deux. On com­men­ce­ra par les blancs - char­don­nay et sau­vi­gnon - puis les cé­pages rouges, le gre­nache.

La faute à la sé­che­resse ?

Le manque d’eau est le point né­ga­tif cette an­née. Il est né­ces­saire de faire très at­ten­tion et ré­col­ter au mo­ment op­por­tun, no­tam­ment par rap­port au de­gré d’al­cool. La mode est au vin pas trop al­coo­li­sé. Si le rai­sin se trouve en sur­ma­tu­ri­té, le de­gré d’al­cool dé­ter­mi­né par le taux de sucre se­ra éle­vé. En même temps, il faut s’as­su­rer que le fruit est suf­fi­sam­ment mûr.

Le manque d’eau est-il le seul res­pon­sable de la pré­co­ci­té des ven­danges ?

Tout n’est pas lié au cli­mat. On plante des cé­pages de plus en plus qua­li­ta­tifs et per­for­mants, qui mû­rissent plus tôt. Par ailleurs, on ré­duit la charge des vignes, au mois de juillet. Avec la ven­dange en vert, on ré­duit à la main le nombre de grappes par pied, afin d’amé­lio­rer leur ho­mo­gé­néi­té et leur qua­li­té. En bais­sant la charge, la date de la ré­colte avance. De­puis le XVIe siècle, les gros vo­lumes étaient pri­vi­lé­giés. Au­jourd’hui, on re­cherche le cô­té qua­li­ta­tif - la cave offre même une prime si le rai­sin est beau.

La sé­che­resse sa­pe­ra-t-elle les vo­lumes à vi­ni­fier ?

On ne s’at­tend pas à de grosses quan­ti­tés cette an­née. Si la pluie ne tombe pas avant la ré­colte, pour ceux qui n’ont pas le goutte-à-goutte, la perte risque d’être im­por­tante. Ce­la reste dif­fi­cile à éva­luer, mais en l’ab­sence de pluie, je m’at­tends de mon cô­té à  % ou  % de vo­lume en moins par rap­port à l’an der­nier. Sur en­vi­ron   HL,   litres en moins, ce n’est pas né­gli­geable. Mais la perte se­ra en­core plus im­por­tante à La Môle, et sur une par­celle de char­don­nay à Cogolin, qui ont su­bi un coup de gel : elle pour­ra at­teindre  %.

Avec un risque d’aug­men­ta­tion des prix pour les consom­ma­teurs ?

Si la ré­colte glo­bale des co­teaux de Pro­vence est faible, oui, il y au­ra un im­pact. Tout dé­pend de ce qui se pas­se­ra d’ici le  sep­tembre.

Et si la pluie tombe ?

Je chante tous les soirs pour que ce­la ar­rive ! Si  à  mm tombent, on peut ga­gner l’in­verse, +  à %! Le manque d’eau est un réel pro­blème dans le Golfe. Des études sont ac­tuel­le­ment me­nées pour que l’on bé­né­fi­cie de l’eau ame­née par le Ca­nal de Pro­vence. C’est une ques­tion de sur­vie pour nous, car si on conti­nue avec ces an­nées très sèches, ce­la fi­ni­ra par nous mettre en dan­ger.

Quelle qua­li­té pour ce mil­lé­sime ?

Ce se­ra sans doute une an­née à rouges fan­tas­tique !

Fi­na­le­ment, vous com­po­sez plu­tôt bien avec la sé­che­resse ?

Il faut se sa­tis­faire de ce qu’on a. Je pré­fère ce cli­mat, qui ga­ran­tit au moins une vigne saine, plu­tôt que des ma­ti­nées hu­mides qui en­traînent de la pour­ri­ture, des ma­la­dies, l’al­té­ra­tion du rai­sin. On doit ven­dan­ger au bon mo­ment, mais au moins on ne su­bit pas.

Avec la ma­tu­ri­té du rai­sin, l’ar­ri­vée des san­gliers ?

Ils ont com­men­cé à man­ger - et même chez ceux qui ont des clô­tures les cé­pages pré­coces, char­don­nay et sy­rah. Ils souffrent énor­mé­ment du manque d’eau. Les chas­seurs ont dé­bu­té au­jourd’hui (hier, Ndlr) les bat­tues dans notre sec­teur, mais avec de plus en plus de san­gliers et de moins de chas­seurs, c’est un vrai pro­blème.

(Pho­to S. Louvet)

Les vi­ti­cul­teurs craignent une ré­colte en baisse de  à  % en rai­son de la sé­che­resse. Mais de belles averses pour­raient en­core tout chan­ger.

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