Vi­gi­lance, le beau sou­ci

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Détente - Le billet de Phi­lippe Bou­vard

Long­temps, les voi­sins ont in­car­né le qu’en-di­ra-t-on dans ce qu’il avait de plus gê­nant pour la vie pri­vée. Em­bus­qués der­rière leurs fe­nêtres, ils ob­ser­vaient les amours des uns et écou­taient les dis­putes des autres. Et puis, on a eu l’idée d’uti­li­ser l’in­té­rêt pas­sion­né qu’ils por­taient à leurs contem­po­rains pour en faire une garde ci­vile. Tan­tôt ils sur­veillent – sur­tout du­rant les va­cances – la fa­çade des mai­sons et la voie pu­blique de leur quar­tier. Les « voi­sins vi­gi­lants », comme ils s’in­ti­tulent, ne se sub­sti­tuent pas aux gen­darmes mais se sont don­né pour mis­sion de les aler­ter au moindre détail sus­pect : vo­let ou­vert en l’ab­sence des oc­cu­pants ; voi­ture ven­touse ; pié­ton ve­nu d’ailleurs. Ils se chargent éga­le­ment de dé­non­cer les fraudes fis­cales et les abus d’Airbnb. À quand les « ju­ristes vi­gi­lants » por­tant plainte contre l’État qui après avoir fait vo­ter une an­née blanche sans im­pôt est re­ve­nu à ses vieux dé­mons ? À quand les « ma­lades vi­gi­lants » traî­nant en jus­tice la Sé­cu lors­qu’elle aug­mente les co­ti­sa­tions et mul­ti­plie les dé­rem­bour­se­ments ? À quand les « pères de fa­mille vi­gi­lants » rap­pe­lant au mi­nistre de Ber­cy que la seule fa­çon de gé­rer rai­son­na­ble­ment un bud­get consiste à ne dé­pen­ser que l’ar­gent qu’on pos­sède ? À quand les « syn­di­ca­listes vi­gi­lants » s’éton­nant que moins de dix se­maines après leur dé­si­gna­tion, les pa­trons mo­men­ta­nés de la France éter­nelle bé­né­fi­cient dé­jà de  jours de congés payés ?

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