Cette fois, c’est la der­nière ... Pré­ven­tion

L’opé­ra­tion avait bien fonc­tion­né l’an der­nier alors elle re­prend : no­vembre se­ra le Moi(s) sans ta­bac. Le Dr Be­naiche nous ex­plique pour c’est si dif­fi­cile d’ar­rê­ter

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Santé - AXELLE TRUQUET

Il est aus­si dif­fi­cile d’ar­rê­ter de fu­mer que d’ar­rê­ter de boire. L’ad­dic­tion au ta­bac est aus­si réelle que celle à l’al­cool, à la drogue, au jeu... Mais les mé­ca­nismes de dé­pen­dance qui in­ter­viennent dans le ta­ba­gisme sont un peu par­ti­cu­liers. Le Dr Pierre Be­naiche, mé­de­cin ta­ba­co­logue au CHU de Nice, les a dé­taillés à l’oc­ca­sion d’une confé­rence don­née dans les lo­caux de Nice-Ma­tin. Car le jour­nal se lance, aux cô­tés de la Ligue contre le Can­cer 06 et de la CPAM, dans le dé­fi du Moi(s) sans ta­bac. Un dé­fi au­quel, vous lec­teurs, êtes vi­ve­ment in­ci­tés à par­ti­ci­per. Alors, c’est d’ac­cord, en no­vembre, on range les cen­driers, on n’achète plus au­cun pa­quet et on re­trouve la san­té ? D’abord, on vous ex­plique pour­quoi est-ce si dif­fi­cile d’écra­ser une fois pour toute la der­nière clope. Parce que ce­la im­plique de lut­ter contre trois types de dé­pen­dances : ni­co­ti­nique, psy­cho­lo­gique et ges­tuelle. « Dans une ci­ga­rette, il se forme près de 4 000 com­po­sés lors de la com­bus­tion. Par­mi ces par­ti­cules, on re­trouve des sub­stances psy­choac­tives. Des études ré­centes ont fait ap­pa­raître que les sucres des feuilles de ta­bac, lors­qu’elles se consument, se re­com­posent pour for­mer des... mo­lé­cules telles que celles qu’on trouve dans des an­ti­dé­pres­seurs », ré­vèle le Dr Be­naiche. C’est la rai­son pour la­quelle fu­mer déstresse. Sauf que l’on de­vient vite ac­cro. Lorsque quel­qu’un fume, il re­çoit des pics de do­pa­mine, l’hor­mone du plai­sir. Or, les patchs en dé­livrent mais sans cet ef­fet de pic. Pour re­trou­ver le même type de mé­ca­nisme, il est pos­sible d’as­so­cier patchs et gommes à la ni­co­tine. « Ce n’est pas la ni­co­tine en soit qui est no­cif mais plu­tôt les pro­duits de la com­bus­tion, sou­ligne le ta­ba­co­logue. Or la dé­pen­dance à la ni­co­tine n’est pas très forte. En prin­cipe, elle ne per­dure pas au­de­là de trois mois. » ce­la si­gni­fie donc qu’au bout de trois mois, un an­cien fu­meur n’a plus en­vie de fu­mer.

Ac­cro au bri­quet

Pour­tant nom­breux sont ceux qui di­ront le contraire. En réa­li­té, ce n’est pas tant l’en­vie de s’en griller une qui les dé­mange que le geste d’al­lu­mer une ci­ga­rette. « La dé­pen­dance ré­flexe, c’est celle qui in­cite une per­sonne à fu­mer par ha­bi­tude : avec un ca­fé, en voi­ture. C’est le fait que le geste ait été tel­le­ment ré­pé­té qu’il est de­ve­nu un au­to­ma­tisme. » Pour mieux com­prendre, le mé­de­cin ex­pose un exemple per­son­nel très simple : « Pen­dant des an­nées, la pou­belle dans ma cui­sine était sous l’évier. Un jour je l’ai dé­pla­cée à l’autre bout de la pièce. Et bien pen­dant des mois, il m’est ar­ri­vé, lorsque j’étais fa­ti­gué ou pas vrai­ment at­ten­tif, de je­ter des choses dans le pla­card sous l’évier. Le geste était au­to­ma­tique. Ce n’est pour­tant pas en lien avec une en­vie par­ti­cu­lière. Avec la ci­ga­rette, c’est la même chose. Un fu­meur en al­lume une par ha­bi­tude, pas tou­jours par en­vie. » Et il faut par­fois un an voire un an et de­mi pour se dé­bar­ras­ser de ces ré­flexes. La troi­sième forme de dé­pen­dance est, elle, bien plus com­plexe à ap­pré­hen­der, c’est la dé­pen­dance psy­cho­lo­gique. En­core une fois, le Dr Be­naiche uti­lise une com­pa­rai­son. « L’en­fant a un dou­dou. Lors­qu’il ne l’a pas, il a du mal à s’en­dor­mir. Pour­quoi ? Parce qu’il a in­ves­ti cet ob­jet de pro­prié­tés un peu ma­giques qui n’existent pas (ils le pro­tègent des monstres, du noir, etc.). L’adulte fait la même chose avec le ta­bac : la ci­ga­rette, c’est une com­pa­gnie qui est elle aus­si in­ves­tie de pro­prié­tés ma­giques. Lorsque l’on fume dès qu’on a une pause, dès qu’on est seul, dès qu’on est stres­sé, c’est qu’il y a une dé­pen­dance psy­cho­lo­gique. Il est alors bon de s’in­ter­ro­ger sur les rai­sons qui poussent à fu­mer. Il faut dé­tri­co­ter ces ha­bi­tudes pour com­prendre pour­quoi on fume et ain­si pou­voir ar­rê­ter. » Le ta­ba­co­logue n’hé­site pas à mar­te­ler : ar­rê­ter de fu­mer c’est im­por­tant. Pour ce­la, mieux vaut mettre toutes les chances de son cô­té. « Les ten­ta­tives de se­vrage sans aide conduisent à 95 % d’échec dans les 48 heures. » Donc pour réus­sir, on sol­li­cite le sou­tien des mé­de­cins, de ses proches...

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