Le monde de l’art ri­vé sur un ta­bleau de Ry­bo­lov­lev

Pro­prié­té du pré­sident de l’AS Mo­na­co, un ta­bleau at­tri­bué à Léo­nard de Vin­ci est mis aux en­chères, ce soir à New York

Var-Matin (Sainte-Maxime / Saint-Tropez) - - Grand Sud / Carnet - THO­MAS MI­CHEL tmi­chel@ni­ce­ma­tin.fr

Le Rock­fel­ler Cen­ter de New York est en ébul­li­tion. Ce soir, Ch­ris­tie’s es­père à nou­veau y dy­na­mi­ter le mar­ché de l’art lors sa grand-messe an­nuelle de l’art contem­po­rain. Une vente aux en­chères d’ex­cep­tion lors de la­quelle les plus grands collectionneurs se dis­pu­te­ront des chef­sd’oeuvre in­es­ti­mables. Le ré­sul­tat au mar­teau du lot n°9B est par­ti­cu­liè­re­ment at­ten­du. Huile sur toile – un pan­neau de noyer –, le Sal­va­tor Mun­di (Sau­veur du Monde) re­pré­sente le Ch­rist en robe bleue et ocre ty­pique de la Re­nais­sance, bras droit le­vé en signe de bénédiction et main gauche te­nant un globe (orbe). Toute fin du XVe siècle ou peu après 1500, sa da­ta­tion fait en­core dé­bat au sein du col­lège d’ex­perts qui l’a at­tri­bué à Léo­nard de Vin­ci en 2011. Une chose est sûre, l’oeuvre, en pos­ses­sion de Dmi­tri Ry­bo­lov­lev – ou plu­tôt du Fa­mi­ly Trust Ry­bo­lov­lev – a connu un parcours chao­tique.

De  livres ster­ling à  mil­lions de dol­lars

On trouve sa trace en 1649 dans la col­lec­tion de Charles Ier d’An­gle­terre, puis dans celle de Charles II et du duc de Bu­ckin­gham, qui le pré­sente aux en­chères en 1763. En 1900, la toile at­ter­rit chez Sir Fran­cis Cook, dont les des­cen­dants la vendent en 1958 à So­the­by’s, pour 45 livres ster­ling ! At­tri­bué à un groupe d’ar­tistes flo­ren­tins en 1999, le Sal­va­tor Mun­di voit sa va­leur grim­per à 332 500 dol­lars. Il re­trouve de son pres­tige en 2005 après son ac­qui­si­tion par un fonds amé­ri­cain et Ro­bert Si­mon, his­to­rien de l’art et mar­chand pri­vé, qui pa­rie que ce ta­bleau « lour­de­ment re­peint », «aux airs de co­pie», est unique. « C’était une ruine sombre et lu­gubre », alors at­tri­buée à Gio­van­ni An­to­nio Bol­traf­fio, l’un des dis­ciples de Léo­nard. Après ré­no­va­tion en 2010 et at­tri­bu­tion à Léo­nard, ce consor­tium amé­ri­cain es­time l’oeuvre à près de 200 mil­lions de dol­lars, soit 138 mil­lions d’eu­ros, se­lon le ma­ga­zine d’art amé­ri­cain, et ré­fé­rence, ART­news. Moins de 20 toiles si­gnées de Léo­nard sont re­cen­sées dans le monde, dont une seule dans une col­lec­tion pri­vée, c’est dire si le mon­tant de l’ad­ju­di­ca­tion fait sa­li­ver. D’au­tant plus que son es­ti­ma­tion est en de­çà de la somme dé­bour­sée en 2013 par Ry­bo­lov­lev pour l’ac­qué­rir (lire ci-des­sous). Une va­leur aus­si mys­té­rieuse que son ori­gine, voi­là tout le charme de la vente se­lon son chef d’or­chestre, Loïc Gou­zer, di­rec­teur du dé­par­te­ment après­guerre et contem­po­rain de Ch­ris­tie’s. « C’est un vé­ri­table hon­neur de pré­sen­ter cette oeuvre, cette op­por­tu­ni­té ne se pré­sente qu’une fois dans une vie. De­vant les toiles de Léo­nard de Vin­ci, il de­vient im­pos­sible de dé­chif­frer ou de per­cer le mys­tère qui en émane, La Jo­conde et Sal­va­tor Mun­di en sont de par­faits exemples. Per­sonne ne se­ra ja­mais ca­pable de sai­sir plei­ne­ment le monde mer­veilleux de Léo­nard de Vin­ci, comme per­sonne ne se­ra ja­mais ca­pable de connaître les ori­gines de l’uni­vers. »

(©Ch­ris­tie’s)

Long­temps consi­dé­ré comme une co­pie, le Sal­va­tor Mun­di a été at­tri­bué à Léo­nard de Vin­ci en  et ex­po­sé à la Na­tio­nal Gal­le­ry de Londres.

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