Up­sand­downs sur la voieT­chèque

Vertical (French) - - Dossier -

Après notre ac­cli­ma­ta­tion sur le West But­tress, nous nous re­po­sons trois jours. La voie Tchèque de 1984, di­recte et in­croyable ligne de 2700 mètres de haut, re­vient sou­vent dans nos conver­sa­tions: dif­fi­cile, sou­te­nue, dans l’un des murs les plus gran­dioses du con­tinent amé­ri­cain. Elle fut ou­verte du 13 au 23 mai 1984 par Bla­zej Adam,To­no Kri­zo et Frank­ti­sek Korl. Elle est co­tée au­jourd’hui 5.9X, M6, WI6+. Jus­qu’en 2013, cinq équipes avaient ré­pé­té cette voie. Ke­vin Ma­ho­ney et Ben Gil­more réa­lisent la se­conde as­cen­sion en huit jours en mai 2000. Puis Scott Backes, MarkT­wight et Steve House la ré­pètent en soixante heures non stop du 24 au 26 juin 2000. Autre per­for­mance, Fu­mi­ta­ka Ichi­mu­ra,Yu­suke Sato et Kat­su­ta­kaYo­koya­ma en­chaînent en style al­pin les voies Isis Face, The Ramp et Slo­vak Di­rect du 11 au 18 mai 2008… D’après notre rou­teur mé­téo Julien Dé­sé­cures, les condi­tions s’an­noncent bien: pas de tem­pête en pers­pec­tive. Pas d’an­ti­cy­clone non plus… Le 5 juin, 20h32, nous quit­tons le camp à 4200 mètres. Pour l’ap­proche, nous avons deux op­tions. La plus clas­sique re­monte le North-East Fork Gla­cier. De là où nous sommes, c’est à plu­sieurs di­zaines de ki­lo­mètres. La se­conde consiste à re­joindre la West Rib aux alen­tours de 5000 mètres et de des­cendre la Wi­ck­wire Ramp, dans la face sud-ouest. Fran­chir en­suite le col de la Cas­sin Ridge, puis faire une di­zaine de rap­pels et re­joindre le Nor­thEast Fork. Nous choi­sis­sons ce pas­sage, mal­gré l’avis dé­fa­vo­rable des park ran­gers.

Le mur de la trouille

Nous fi­ni­rons par le re­gret­ter. Cet ac­cès nous met dès le dé­but en dif­fi­cul­té. Dans la Wi­ck­wire Ramp, nous ren­con­trons des cre­vasses in­fâmes. Des rap­pels entre les sé­racs, le lou­voie­ment entre les cre­vasses nous épuisent, nous fai­sons des mon­tées, des des­centes, des rap­pels sur cham­pi­gnons de neige… Plus nous des­cen­dons, plus le piège se re­ferme. De mons­trueux sé­racs sur­plombent au-des­sus de nous. Le long de De­na­li Dia­mond coule une grosse

Hé­lias Mille­rioux, Ré­mi Si­flio et Da­mien To­ma­si dé­couvrent De­na­li au prin­temps 2013. Après une ac­cli­ma­ta­tion sur le West But­tress, Hé­lias et Ré­mi se re­trouvent au pied de la face sud. Da­mien, ma­lade, a dû ren­trer en France. À deux, ils vont vivre une ex­pé­rience fon­da­men­tale, dans la At­ten­tion, grand al­pi­nisme !

Texte et pho­tos : Hé­lias Mille­rioux. purge. Nous ac­cé­lé­rons le pas. Ça pa­raît petit mais le ver­sant fait 2 400 mètres de haut… Fa­ti­gués et vi­dés mo­ra­le­ment, nous ar­ri­vons au col de la Cas­sin Ridge, en­trée de nos rap­pels vers le North East Fork Gla­cier où la face sud du De­na­li nous do­mine de ses 2 700 mètres. Après sept ou huit rap­pels, nous sommes au pied d’un mur aux di­men­sions “world class”. Ça donne car­ré­ment la trouille. Sur le gla­cier, il y a comme des vagues sur la neige. Je me de­mande s’il est pos­sible que les souffles des très grosses ava­lanches créent ces formes. Nous dé­ci­dons de nous éloi­gner de la face. Nous pre­nons une jour­née de re­pos. Le dé­part est an­non­cé pour 19 heures. Le so­leil chauffe le sec­teur. La se­maine pré­cé­dente, Hay­den Ken­ne­dy et Kyle Demps­ter ont re­non­cé car il fai­sait trop chaud. De­puis, il a nei­gé un peu et les tem­pé­ra­tures sont un peu plus froides. Nous sommes dé­ter­mi­nés. Nous avons fait tant de sa­cri­fices pour en ar­ri­ver là…

À l’abri des sé­racs

Le 6 juin, il est 20 heures, nous pre­nons le che­min de la voie Tchèque. À la ri­maye, nous dé­ci­dons d’at­tendre que le re­gel donne à la neige une meilleure consis­tance. Nous grim­pons ra­pi­de­ment car le cou­loir est ex­po­sé aux sé­racs. S’en­suit une grande tra­ver­sée sur la droite par des vires pour re­joindre une zone à l’abri des sé­racs où nous grim­pons des lon­gueurs mixtes par­faites. Nous souf­frons d’un han­di­cap : ces sacs à dos que nous trou­vons trop lourds. Dans les lon­gueurs dures, le pre­mier s’en dé­bar­rasse en le re­liant à la corde avec la­quelle nous his­sons le matériel. Nous grim­pons 700 mètres en onze heures. Je ne suis pas ex­pert en co­ta­tions mais j’ai la sen­sa­tion de ren­con­trer des pas­sages ré­gu­liers en M5, peut-être un M6, et de la glace à 90 de­grés. Nous réa­li­sons le tout en libre, mais grim­per de nuit nous mal­mène. La con­cen­tra­tion et l’im­mer­sion dans de telles faces font perdre tout re­père. La seule chose qui compte est ce quo­ti­dien étrange que nous

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.