Dé­cou­verte Si­chuan

Les res­ca­pés de la fo­rêt ma­gique

Vertical (French) - - Sommaire - Texte : Élo­die Le­comte. Photos : les Res­ca­pés…

Un voyage au fin fond des mon­tagnes du Si­chuan, quand on ne connaît pas la Chine, ça tourne vite à l’aven­ture… C’est ce qu’étaient ve­nus cher­cher Au­ré­lie Di­dillon, Élo­die Le­comte, Simon Du­ver­ney et Sé­bas­tien Ra­tel. Le dé­pay­se­ment et la nou­veau­té étaient au ren­dez-vous, l’es­ca­lade aus­si, avec l’ou­ver­ture d’une voie raide, sur un som­met vierge per­ché au-des­sus d’une fo­rêt ma­gique.

Aé­ro­port de Ge­nève, 12 sep­tembre 2014. Nos huit sacs de 23 kg sont en­re­gis­trés. Tan­dis que nous en fi­nis­sons avec les for­ma­li­tés doua­nières, Simon et moi pro­fi­tons de chaque temps mort pour par­ache­ver les pré­sen­ta­tions : nos en­ga­ge­ments res­pec­tifs ont fait échouer toutes les ten­ta­tives es­quis­sées du­rant l’été pour faire connais­sance. C’est un dé­tail au re­gard de ce que nous ont ven­du Seb et Au­ré­lie : des pa­rois de gra­nite au soleil et des fis­sures à faire pâ­lir la pro­to­gine cha­mo­niarde ! Ils ont même dé­go­té une grim­peuse lo­cale, qui vien­drait nous cher­cher à l’aé­ro­port, nous ac­com­pa­gne­rait dans nos pré­pa­ra­tifs à Cheng­du, nous or­ga­ni­se­rait le trans­fert dans la val­lée de Shuang­qiao et vien­drait grim­per avec nous ! Et aus­si nous faire la po­pote au camp de base ??? Gé­nial ! Un pe­tit bé­mol per­siste sur les condi­tions cli­ma­tiques ca­pri­cieuses du Si­gu­niang… Per­sonne ne s’est en­ga­gé à nous ré­pondre sur la pé­riode la plus fa­vo­rable pour y grim­per. L’été semble plu­vieux, l’au­tomne rime avec des tem­pé­ra­tures basses ac­com­pa­gnées de chutes de neige. Nous avons op­té pour un dé­part mi-sep­tembre. Les in­fos re­la­tives à l’es­ca­lade sont as­sez maigres. Pas de cartes et en­core moins de to­pos sur cette ré­gion du Si­chuan, qui forme l’ex­tré­mi­té est du Grand Ti­bet « his­to­rique » re­ven­di­qué par le gou­ver­ne­ment ti­bé­tain en exil. Pour les Chi­nois, Si­gu­niang­shan si­gni­fie « mon­tagne des Quatre Soeurs », en ré­fé­rence aux quatre som­mets dont le prin­ci­pal culmine à 6 240 mètres. Le parc na­tio­nal du Si­gu­niang est clas­sé au Pa­tri­moine mon­dial de l’hu­ma­ni­té par l’UNESCO de­puis 2006 et com­prend trois val­lées, aux­quelles on ac­cède de­puis la bour­gade de Ri­long. La val­lée de Shuang­qiao, dans la­quelle nous comp­tons grim­per, sus­cite de­puis quelques an­nées l’in­té­rêt des al­pi­nistes chi­nois et étran­gers pour la cas­cade de glace. Les fa­meuses faces gra­ni­tiques ne comptent guère de vi­sites, et en­core moins de réus­sites…

Lost in translation

Ar­ri­vée à Cheng­du. La Chine se montre à la hau­teur de nos es­poirs: on s’at­ten­dait à tout, et ce qui ar­rive est en­core dif­fé­rent! Pre­mier « point dur » – se­lon l’ex­pres­sion consa­crée de Simon – notre in­ter­prè­te­coor­di­na­trice-grim­peuse n’est pas dis­po­nible, nous lais­sant le plai­sir d’une im­mer­sion ins­tan­ta­née dans le bouillon de culture chi­nois à l’échelle d’une mé­ga­pole « pro­vin­ciale » de 15 mil­lions d’ha­bi­tants. Du

La Chine se montre à la hau­teur de nos es­poirs : on s’at­ten­dait à tout, et ce qui ar­rive est en­core dif­fé­rent !

bouillon jus­te­ment, ils en vendent à tous les coins de rue, et ça tombe bien car on se man­ge­rait bien un truc, non? Oui mais… com­ment on fait pour sa­voir ce qu’on veut sur ce me­nu tout en chi­nois? Ben… on choi­sit « au pif » et avec un peu de chance, les co­pains sont bien ins­pi­rés: comme on met tous les plats au mi­lieu, on mul­ti­plie les es­poirs par quatre… ou pas! Grâce à nos ins­tincts de sur­vie, nous mé­mo­ri­sons dès le pre­mier res­to le vo­cable cen­tral de nos aven­tures cu­li­naires : Bú Là? Bhŭ lā! ? BOOOU LÂÂÂ!!! (« PAS pi-men-té » !!!). Il s’agit de ré­soudre avec pa­tience et op­ti­misme nos pe­tites mis­sions: ache­ter la nour­ri­ture pour le camp de base et l’es­ca­lade, trou­ver du gaz et or­ga­ni­ser le trans­fert à Ri­long. Nous n’avons pas de projet pré­cis mais nous dé­ci­dons de pré­voir de quoi pas­ser six jours en pa­roi, ce qui im­plique de trou­ver des ré­ci­pients pour his­ser 90 litres d’eau… La cais­sière du su­per­mar­ché nous voit dé­fi­ler avec plu­sieurs cad­dies rem­plis de bou­teilles de Co­ca que nous nous em­pres­sons de vi­der et d’écra­ser dans les WC, sous l’oeil cir­cons­pect de la dame Pi­pi. Deux jours et un cer­tain nombre de chi­noi­se­ries plus loin, nous sommes prêts à quit­ter Cheng­du. Le taxi­man, per­plexe face au vo­lume de nos ba­gages, nous dé­pose à la gare rou­tière. Alors que nous traî­nons nos huit pa­tates1 jus­qu’au quai, nous com­pre­nons vite que le pro­chain « point dur » est imminent: les soutes du bus sont qua­si pleines et le chauf­feur pas content du tout! Nous n’avons pas de peine à jouer ceux qui n’y com­prennent rien, les gars bour­rinent jus­qu’à faire en­trer les sacs dans les soutes et moyen­nant une pe­tite ral­longe fi­nan­cière pour cal­mer les râles du chauf­feur, nous pre­nons place dans le car.

Pre­mier 4 000… en bus

Quelques heures plus tard, nous fai­sons notre pre­mier 4 000 chi­nois : un col en bus ! Ber­cés dans nos sièges par les ef­fets du dé­ca­lage ho­raire, nous at­ten­dons l’ar­ri­vée à la gare rou­tière d’où, se­lon ce que nous

avons ima­gi­né, nous de­vons prendre un autre bus pour Ri­long. Le chauf­feur s’ar­rête sou­dain sur le bas-cô­té, au mi­lieu de nulle part. Quelques voya­geurs des­cendent, c’est vrai­ment le trou du cul du monde et on se de­mande où ils vont! On nous in­ter­pelle. « Quoi ? C’est là qu’on des­cend ? Ah non, ça me ras­sure ! Com­ment ? Montre-lui le billet où ils ont écrit le nom de la

gare rou­tière ! » Conclu­sion: on dé­barque au bord de cette route pau­mée avec tout notre bar­da. Quelques Chi­nois s’agitent au­tour de nous, passent des coups de fil, nous re­gardent un peu conster­nés… puis s’en vont dans un vé­hi­cule qui les at­ten­dait. Et nous ? Dix minutes plus tard, une four­gon­nette ar­rive et nous em­mène. En­core un pe­tit crux pour ex­pli­quer au

conduc­teur qu’on veut al­ler dans un cer­tain lodge de Ri­long dont on n’a évi­dem­ment pas le nom : on fi­nit par dé­bar­quer au IcedRock Hos­tel, où Tam­way nous ins­talle de­vant des bières et nous fait la conver­sa­tion en an­glais. Pour le coup, ça de­vient (presque) trop fa­cile ! Pe­tites épi­ce­ries, bou­tiques et gar­gotes tou­jours en ac­ti­vi­té bordent la rue cen­trale de Ri­long. Une fois par an, dé­but oc­tobre, du­rant LA se­maine de va­cances chi­noises, un flot de vi­si­teurs se dé­verse sur le vil­lage et le parc du Si­gu­niang, ce qui ex­plique la pré­sence d’in­fra­struc­tures tou­ris­tiques pra­ti­que­ment dé­sertes le reste du temps. Mou­lins et dra­peaux à prières, chor­tens, mai­sons aux cou­leurs mul­ti­co­lores et pay­sans en cos­tumes tra­di­tion­nels : nous bai­gnons en pleine culture ti­bé­taine. La météo est ma­gni­fique. Nous dé­ci­dons de par­tir dès le len­de­main à la dé­cou­verte de la val­lée de Shuang­qiao et, si pos­sible, de nous y ins­tal­ler au guesthouse fa­mi­lial Four

Co­lors Moun­tains, chez Su­ji, que Tam­way nous dé­signe comme « clim­ber friend­ly » . Nous sommes sen­sibles à ce dé­tail car la ques­tion des au­to­ri­sa­tions pour grim­per dans le parc – que nous avons pré­fé­ré ne pas de­man­der pour évi­ter le coût et les contraintes qu’elles en­gendrent – nous fait gam­ber­ger et ima­gi­ner des scé­na­rios sca­breux avec les au­to­ri­tés lo­cales.Avec notre ma­té­riel, il est dif­fi­cile de pas­ser in­aper­çus!

Re­pé­rages

15 sep­tembre: ins­tal­la­tion sans en­combre chez Su­ji. Ren­contre sym­pa­thique et pro­vi­den­tielle avec la cor­dée Mar­cos Cos­ta-Pat Good­man, qui n’en sont pas à leur coup d’es­sai dans le sec­teur. Mar­cos parle chi­nois, ce qui ar­range nos af­faires. Sui­vant leurs conseils – et es­sayant avec quelques ra­tés de suivre leur carte ma­nus­crite – nous consa­crons deux jour­nées à des re­pé­rages des­ti­nés à nous ac­cli­ma­ter et à je­ter notre dé­vo­lu sur un som­met. Les faces sont in­nom­brables, d’un gra­nite gris fon­cé, par­fois oran­gé. Elles portent sou­vent de larges ba­lafres claires, marques du séisme sur­ve­nu en 2008 et qui a cau­sé des ra­vages dans la ré­gion. À l’una­ni­mi­té, nous tom­bons d’ac­cord pour une ten­ta­tive sur la face sud-

est d’un som­met co­té 5120 mètres, aux confins de Da­go, une val­lée per­pen­di­cu­laire à celle de Shuang­qiao. 19 sep­tembre : grand dé­part. Le bal des pa­tates com­mence ! Nous avons sol­li­ci­té les ser­vices de deux por­teurs qui nous ac­com­pagnent jus­qu’à notre pre­mier camp. Mal­gré tout, nous sommes char­gés comme des mules ! Contrac­tures et pal­pi­ta­tions sont au ren­dez-vous pour notre tra­ver­sée de la Fo­rêt ma­gique, ain­si que nous avons bap­ti­sé le sous-bois de rho­do­den­drons géants qui agré­mente l’ac­cès de Da­go. Ins­tal­la­tion du camp 1, sur­nom­mé Camp de Gu­gu, du nom du col­lègue chi­nois oc­cu­pé à grim­per dans le sec­teur et dont deux tentes siègent en cet en­droit. Nous au­rions bien pous­sé plus haut car l’em­pla­ce­ment, certes bu­co­lique, est éloi­gné de la face que nous convoi­tons, mais nos por­teurs ne l’en­tendent pas de cette oreille. Ils s’en re­tournent, non sans nous avoir lais­sé un nu­mé­ro de té­lé­phone pour les ap­pe­ler au retour – nu­mé­ro que bien en­ten­du, nous n’au­rons plus au mo­ment vou­lu… La fin d’après-mi­di est consa­crée au re­pé­rage d’un em­pla­ce­ment pour un deuxième camp, plus haut en di­rec­tion de la face. Les der­niers rayons illu­minent les som­mets, les nouilles de riz bouillonnent sur le ré­chaud et le cré­pi­te­ment d’un bon feu se­rait du meilleur ef­fet dans ce dé­cor pa­ra­di­siaque. Mais le rho­do­den­dron a un pou­voir de com­bus­tion in­ver­se­ment pro­por­tion­nel à ses ca­pa­ci­tés à nous in­fli­ger en che­min les obs­tacles les plus va­riés!

Team-touffes vs team-sher­pas

20 sep­tembre: il fait tou­jours beau! Nous mon­tons avec une par­tie du ma­té­riel au camp 2. De là, une cor­dée conti­nue­ra jus­qu’à l’at­taque pour ou­vrir les fes­ti­vi­tés ro­cheuses, tan­dis que l’autre fi­ni­ra le dé­mé­na­ge­ment et pour­sui­vra les por­tages. En mi­lieu de ma­ti­née, le team-touffes (Seb-Au­ré­lie) en­tame son odys­sée ver­ti­cale à tra­vers les mottes et les cous­si­nets fleu­ris, tan­dis que l’équipe-sher­pas (Sim-Élo­die) tri­an­gule pé­ni­ble­ment au ras du pier­rier, entre le camp 2, le bas de la pa­roi et le lac, pour ache­mi­ner vivres, eau et ma­té­riel au pied de la face. Bi­lan du soir au­tour du rho­do-fu­mant: trois lon­gueurs fixées et por­tages bien avan­cés. Le ro­cher est plu­tôt bon, mais l’es­ca­lade en libre s’avère dif­fi­cile. À plus de 4000 mètres, le jar­di­nage est né­ces­saire dans les fis­sures qui tracent la seule ligne de fai­blesse de cette pa­roi raide et com­pacte. L’ar­tif est donc de mise et le râ­teau-pio­let utile! Au ma­tin sui­vant, nous in­té­grons une nou­velle don­née: les « points durs » se dou­ble­ront dé­sor­mais de points hu­mides… Le ciel bleu a ou­blié de se le­ver et après un por­tage ter­mi­né sous les grê­lons, nos mi­ni­tentes perdent leur charme. Nous abri­tons nos af­faires sous des blocs et bat­tons en re­traite, di­rec­tion la val­lée. Deux jours passent dans l’hu­mi­di­té et l’oi­si­ve­té. Faute de bières à plus de 2 %, nous nous lais­sons al­ler à l’ivresse des cou­ver­tures chauf­fantes. Mais la trêve est de courte du­rée: les som­mets blan­chissent à vue d’oeil et nous avons du ma­tos à tous les étages de la val­lée de Da­go… Rayon de soleil au ma­tin du 23 sep­tembre. La fo­rêt est tou­jours aus­si ma­gique! Sans nos pa­tates, nous fi­lons au camp 2. Les af­faires sont à peu près sèches et la nour­ri­ture in­tacte. Échange des rôles entre team­touffes/team-sher­pas et c’est re­par­ti! Simon et moi re­mon­tons les cordes fixes et at­ta­quons la suite du jar­di­nage, Seb et Au­ré dé­montent le camp 2, et nous suivent en his­sant les sacs – le but étant de bi­voua­quer dans la pa­roi. L’es­ca­lade se pro­longe dans la nuit et nous mon­tons les por­ta­ledges à la fron­tale. Pour les filles, c’est une pre­mière et… à vrai dire, j’ima­gi­nais ça plus confor­table ! Mais il pa­raît que c’est nor­mal de dor­mir sus­pen­dus à un Alien jaune et que nor­ma­le­ment, c’est mieux, mais que là, les ma­chins sont un peu de tra­vers car on n’y voit rien, et on a faim et on en a marre! Il y a au­tant d’étoiles dans le ciel que de Chi­nois sur terre, et cer­taines filent on ne sait où. C’est bon pour les rêves et cha­cun s’en­dort, sans même une ar­riè­re­pen­sée pour l’Alien jaune.

Réunion de chan­tier

Le­ver 6h30: Tem­pête de ciel blanc… il neige… Cha­cun rentre chez soi et re­ferme soi­gneu­se­ment le fly du por­ta­ledge avant de re­plon­ger au fond du sac de cou­chage. Toute sorte de jeux plus ou moins stupides (pas de ceux que vous ima­gi­nez) nous oc­cupent quelques heures jus­qu’à ce que les nuages se dé­chirent. Vi­sion glauque, réunion de chan­tier qui se pro­longe… puis un pe­tit rayon de soleil re­mo­tive les troupes pour une ten­ta­tive. Une cor­dée grimpe et fixe les lon­gueurs, pen­dant que la deuxième hisse les pa­tates. Le bom­bé mar­quant la par­tie mé­diane de la voie est fran­chi en

À plus de 4 000, le jar­di­nage est né­ces­saire dans les fis­sures qui tracent la seule ligne de fai­blesse de cette pa­roi raide et com­pacte

trois grandes lon­gueurs, et comme la veille, la nuit nous cueille en pleine ac­tion. Nous dé­rou­lons les deux ta­pis vo­lants de notre pa­lace aux mille étoiles – tou­jours au­tant de tra­viole, mais on s’ha­bi­tue. Pe­tite bo­lée de ver­mi­celles ren­ver­sée dans le sac de cou­chage du voi­sin pour ré­chauf­fer l’at­mo­sphère… et hop, aux plumes! Le pro­gramme du len­de­main est ar­rê­té : nous avons pris la me­sure de l’in­sta­bi­li­té météo et il ne s’agit pas de s’éter­ni­ser si nous vou­lons at­teindre le som­met. Nous aban­don­nons notre idée de suivre en oblique vers le som­met une rampe fis­su­rée qui nous semble of­frir de belles mais dif­fi­ciles lon­gueurs d’es­ca­lade et op­tons pour un push à la jour­née, qui consiste à pour­suivre une ligne de fai­blesse sur deux lon­gueurs jus­qu’à l’arête, puis à suivre celle-ci jus­qu’au som­met. Le taux d’hu­mi­di­té et les flo­cons au ré­veil nous confirment dans notre choix. Nous lais­sons les por­ta­ledges en place et par­tons avec le ma­tos d’es­ca­lade uni­que­ment. Une fois sur l’arête, nous avons la bonne sur­prise de trou­ver de jo­lies lon­gueurs de dif­fi­cul­té mo­dé­rée dans un ro­cher com­pact et dé­pour­vu de mousse, puis nous aban­don­nons notre der­nier sac et c’est à corde ten­due que nous at­tei­gnons le som­met, en dé­but d’après-mi­di. Le ciel en­com­bré de gros nuages nous dé­voile fu­ga­ce­ment le Si­gu­niang, où nos amis Dim et Maël2 ont si­gné une au­da­cieuse ou­ver­ture en face nord en 2011. Nous réa­li­sons l’éten­due du mas­sif et son po­ten­tiel d’ou­ver­tures et de pre­mières !

Au som­met du som­met sans nom

Nous ne sa­vons pas que nous sommes les pre­miers sur ce som­met qui n’a pour l’ins­tant d’autre nom que son point co­té 5 120 mètres. Il n’est pas très tard et nous n’avons au­cune confiance dans la météo à ve­nir, nous pré­fé­rons dé­mon­ter les por­ta­ledges et pour­suivre la des­cente en uti­li­sant les em­pla­ce­ments des re­lais de mon­tée pour équi­per les rap­pels. Comme d’ha­bi­tude, les pa­tates nous offrent leur comp­tant de ma­nips en tous genres et c’est en pleine nuit que nous vi­vons les haut- le- coeur d’un der­nier rap­pel de 150 mètres en fil d’arai­gnée… Plan­cher des yaks, ou presque, puis­qu’il nous reste une éprou­vante des­cente avec tout le ma­té­riel jus­qu’au camp 2. Les éclairs et la pluie nous épargnent le temps d’une soupe, sans nous lais­ser au­cune illu­sion sur l’is­sue hu­mide de l’aven­ture ! C’est lors du der­nier por­tage de nos quatre pa­tates ( alias les pigs pour les grim­peurs an­glo­phones) et après une en­torse dans la Fo­rêt ma­gique que fi­nit notre his­toire : « Les Res­ca­pés de la Fo­rêt ma­gique, sur le Four Pigs Peak ». Le len­de­main, nous quit­tons Su­ji, Mar­cos et Pat avec le sen­ti­ment d’avoir vé­cu de beaux mo­ments de ri­go­lade et d’ami­tié, cha­cun de nous em­por­tant avec lui quelques étoiles chi­noises de plus au fond des yeux. Pour le reste, di­sons que la patate fut à notre épo­pée po(r)ta­gère ce que le riz est au me­nu chi­nois : une constante plus ou moins di­geste se­lon l’hu­meur et la mo­ti­va­tion des convives !

La chute de neige ma­ti­nale fait par­tie des ca­rac­té­ris­tiques du mas­sif. Le pre­mier rayon

de soleil ar­rache un sou­rire à Simon.

Élo­die dans une des der­nières lon­gueurs sur

un ro­cher enfin par­fait pour l’es­ca­lade !

La face qui a at­ti­ré l’at­ten­tion des fu­turs

res­ca­pés ! Four Pigs Peak (5 156 m).

L’ins­tal­la­tion des por­ta­ledges est tou­jours un mo­ment aus­si agréable, sur­tout quand elle a lieu en pleine nuit !

Au­ré­lie, Élo­die et Simon pro­fitent d’une pe­tite éclaircie au som­met du Four Pigs Peak.

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