Guillaume VALLOT

Vous êtes en quête d’un ob­jec­tif ori­gi­nal ? Vous n’avez pas le ni­veau de Mick Fow­ler ? Alors ce dos­sier est pour vous. Le monde re­gorge en­core de ter­ra al­pi­na in­co­gni­ta. Guillaume Vallot a dé­fri­ché trois des­ti­na­tions in­so­lites : au Ti­bet orien­tal, au Pa­ki

Vertical (French) - - Vertical Signatures - Par Guillaume Vallot

Au­teur de to­pos sur les Alpes du Sud, Guillaume Vallot connaît le Quey­ras comme sa poche. Une tra­ver­sée de l'At­lan­tique à la voile lui a pa­ru bien plus ris­quée que d'at­teindre le som­met de l'Eve­rest au nez et à la barbe du ré­dac­teur en chef de Ver­ti­cal de l’époque), mais ce­la ne l’a pas em­pê­ché de rem­pi­ler au Pa­kis­tan et au Ti­bet l’été der­nier.

En 1938, Eric Earle Ship­ton pu­bliait en­core ses récits d’ex­pé­di­tions dans le Ka­ra­ko­ram sous le titre « Blank on the map ». Au­jourd’hui, avec la pho­to­gra­phie sa­tel­lite, le monde des ex­plo­ra­teurs semble s’être ra­bou­gri. Des cor­dées semblent s’échar­per de­puis des an­nées sur les mêmes pa­rois bien connues. « Trop de gens sont convain­cus que dé­voi­ler une belle mon­tagne est une ex­pé­rience du pas­sé, ap­par­te­nant à l’âge d’or », constate le cé­lèbre dé­fri­cheur de terres vierges Ta­mot­zu Na­ka­mu­ra après une tren­taine d’ex­pé­di­tions au Ti­bet et dans l’Est né­pa­lais. Pour­tant, s’in­surge-t-il, « ce n’est pas parce que les gens font la queue sur la voie nor­male des 8 000 qu’il n’y a plus de som­mets vierges en Himalaya. Le Ti­bet, par exemple, pos­sède une to­po­gra­phie in­croya­ble­ment vaste et com­plexe qui ren­ferme des som­mets vierges sans nombre. En faire le tour est le tra­vail d’une vie. Sur les 250 mon­tagnes vierges de plus de 6 000 mètres que j’y ai dé­cou­vertes, cer­taines sont stu­pé­fiantes, des énigmes pour plu­sieurs gé­né­ra­tions. » Im­pos­sible de dire com­bien il reste de cimes in­vio­lées sur la Terre. Comme le dit Lind­say Grif­fin, jour­na­liste ayant une soixan­taine de som­mets vierges à son ac­tif : « Les jeunes pensent qu’In­ter­net fait foi et que ce qui n’est pas on­line n’existe pas. Or de nom­breuses ex­pé­di­tions n’ont lais­sé au­cune trace sur le web. Des an­nées 1970 à nos jours de mul­tiples cam­pagnes d’ex­plo­ra­tion des al­pi­nistes ja­po­nais et co­réens en Asie n’ont ja­mais vu leurs comp­tes­ren­dus tra­duits en an­glais... Ain­si, on peut conclure qu’il est as­sez dif­fi­cile de sa­voir si une cime est vrai­ment vierge. et qu’il reste en­core in­fi­ni­ment plus de som­mets in­vio­lés que de som­mets dé­jà gra­vis. » Et de conclure: « It’s a vast place, the world. » Mais comment se ren­sei­gner sur ce qui, par dé­fi­ni­tion, est in­con­nu ? Une pre­mière mé­thode consiste à se lire les chro­niques des Hi­ma­layan Jour­nal et autres AAJ. Des bases de don­nées ré­vèlent l’in­con­nu par ef­fet de né­ga­tif sur le connu, comme la cé­lèbre Hi­ma­layan Da­ta Base d’Eli­sa­beth Haw­ley. C’est la mé­thode que j’ai uti­li­sée en sol­li­ci­tant Ro­dolphe Po­pier, as­sis­tant de Miss Haw­ley, qui a su­gé­ré le Nord-est né­pa­lais et la val­lée de Yang­ma. La se­conde mé­thode consiste à prendre con­tact avec un pas­sion­né d’ex­plo­ra­tion comme Ta­mot­zu Na­ka­mu­ra. On peut aus­si s’adres­ser à un lo­cal. C’est la mé­thode qu’a uti­li­sée Ma­thieu May­na­dier au Pa­kis­tan en ren­con­trant Ali Mu­ham­mad Sal­to­ro. Il nous a en­trou­vert les portes du Kon­dus où plus per­sonne n’es­pé­rait pé­né­trer de­puis des dé­cen­nies, à la li­mite de­la zone de ces­sez-le-feu. En­fin, l’aven­tu­rier al­pi­niste en mal de ter­ra in­co­gni­ta peut tou­jours cher­cher sur Google Earth. C’est la mé­thode que nous avons sui­vie avec Luc Ri­chard pour notre ex­plo­ra­tion dans la pro­vince du Qin­ghai à l’est du Ti­bet. À par­tir d’un ouï-dire, nous avons dé­li­mi­té une zone à la fois re­cu­lée et d’ac­cès ai­sé. Mu­nis seule­ment d’une carte russe au 200:000, nous avons pu iden­ti­fier sur Google Earth à la fois des iti­né­raires de trek pro­met­teurs et des som­mets de 5 000 à 6 000 mètres ac­ces­sibles en toute lé­gè­re­té.

Août 2016, pe­tit jour au camp sus­pen­du de la Chi­mère dans la branche cen­trale du gla­cier de Lat­chit, dans les val­lées in­ter­dites du Pa­kis­tan orien­tal. Flo­rence Pi­net et Jé­rôme Pou­vreau, an­ciens cham­pions du monde d'es­ca­lade, sa­vourent leur pe­tit déj.

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