Sean VILLANUEVA

Je sors le pou­let du four. Il est bien ju­teux, la graisse coule sur la plaque. Je mets ma four­chette pour vé­ri­fier s’il est bien cuit. La viande s’ar­rache de l’os comme du beurre. Je mets un mor­ceau dans ma bouche et com­mence à mâ­cher. Quelque chose ne va

Vertical (French) - - Vertical Signatures - Par Sean Villanueva Pho­tos N. Favresse, S. Villanueva et S. Vanhee

De père es­pa­gnol et mère ir­lan­daise, Sean Villanueva O’Dris­coll est un belge bien ca­mou­flé qui a vite aban­don­né la ré­sine pour le gra­nit des plus beaux big­walls de la pla­nète, du Groen­land à la Patagonie. Deux fois qu’il se frotte (avec Nico Favresse) à ces tours éthé­rées du Paine, en libre s’il-vous-plaît.

Tout a com­men­cé ici. En 2005, c’était notre toute pre­mière ex­pé­di­tion. Nous étions tous plus ou moins des pu­ceaux du big wall quand on a grim­pé Ri­ders in the Storm sur la face est de la Tour cen­trale du Paine. Il y avait Mike Le­comte, les frères Ni­co­las et Oli­vier Favresse et moi-même, Sean Villanueva. On n’avait au­cune idée de ce qu’on fai­sait, mais mi­ra­cu­leu­se­ment nous sommes ar­ri­vés au som­met ! En 2009, j’y suis re­tour­né avec Ben Dit­to et Nico. En li­bé­rant la voie sud-afri­caine, nous étions les pre­miers à li­bé­rer une voie sur cette gi­gan­tesque face est. La voie sud-afri­caine sui­vait un grand di­èdre, une ligne de fai­blesse bien évi­dente. Mais juste à droite, nous avions re­pé­ré une fine fis­sure cou­pant la grande face lisse : la voie an­glaise El Re­ga­lo de Mwo­no, ou­verte en 1992 par Paul Prit­chard, Si­mon Yates, Sean Smith and Noel Craine. Vu que la voie sud-afri­caine était dé­jà très dif­fi­cile, il sem­blait très peu pro­bable qu’El Re­ga­lo soit fai­sable en libre. Les on-dit di­saient que c’était sur­tout à cause des pla­ce­ments de pi­tons « knife-blade », la taille d’une lame de cou­teau, et une per­sonne nous a dit qu’il se­rait im­pos­sible de la li­bé­rer. Mais Nico n’est pas homme à se lais­ser in­fluen­cer par de telles sup­po­si­tions, la graine était plan­tée... « Jus­qu’à pré­sent, c’était une sai­son vrai­ment pour­rie ! », nous a dit la Néo-Zé­lan­daise Mayan Smith-Go­bat à notre ar­ri­vée en Patagonie. « Nous sommes ici de­puis un mois et nous n’avons réus­si à grim­per que trois jours... Les dalles in­fé­rieures étaient com­plè­te­ment re­cou­vertes de glace. Nous n’avons pas en­core pu les pas­ser ! » Mayan était là avec les Amé­ri­cains Brett Har­ring­ton et Drew Smith pour es­sayer de li­bé­rer Ri­ders in the Storm. « Eh bien, la mé­téo ne peut que s’amé­lio­rer », s’est-on dit. Pen­dant trois jours, nous avons fixé des cordes sur les dalles in­fé­rieures, en pre­nant re­fuge dans notre grotte dès que le mau­vais temps nous pous­sait vers le bas. Le ro­cher était sou­vent mouillé et cou­vert de neige. On ne sa­vait pas que pen­dant toute l’as­cen­sion, à part notre « push » au som­met quand nous fe­rions 7 lon­gueurs, 3 lon­gueurs se­raient le maxi­mum que nous grim­pe­rions en une jour­née ! Quand nous sommes ar­ri­vés à la grande vire de L7, le vent souf­flait d’un froid in­tense, et il com­men­çait à nei­ger. La pro­chaine lon­gueur avait l’air chouette à grim­per, mais im­mé­dia­te­ment mes mains et mes pieds ont per­du toute sen­sa­tion. L’es­ca­lade était dé­li­cate et les pro­tec­tions en­core plus dé­li­cates. Len­te­ment, je cher­chais mon che­min, me pro­té­geant sur de vieux ri­vets, des co­pe­r­heads lais­sés en place et des tout pe­tits coin­ceurs, tout en me bat­tant déses­pé­ré­ment pour ob­te­nir une sorte de sen­sa­tion dans les bouts des doigts. Je voyais mes doigts sur les prises, mais je ne les sen­tais pas. « C’est une prise que je de­vrais être ca­pable de te­nir et de ne pas lais­ser lâ­cher. Voi­là un pied sur le­quel je de­vrais être ca­pable de pous­ser sans glis­ser… Je fais confiance ! », me di­sais-je. Et len­te­ment, je m’en­ga­geais de plus en plus loin de ma der­nière pro­tec­tion. « En­core un mou­ve­ment et si je ne trouve pas de pro­tec­tion, je re­des­cends. » Puis ve­nait en­core « un mou­ve­ment de plus » et un autre... jus­qu’à ce que je sois pile sur cette fron­tière où j’étais prêt à en­ga­ger... En­fin, j’at­tei­gnis quelques bacs et même si je ne les sen­tais pas, je voyais mes mains les ac­cro­cher, et ce­la suf­fi­sait. Il y avait juste as­sez de pro­tec­tion pour me pous­ser à al­ler un peu plus loin. L’es­ca­lade de­ve­nait un peu plus fa­cile alors que je lut­tais avec la glace. En­fin, j’ar­ri­vais sur un re­lais spi­té. « C’était un peu stu­pide », dis-je à Nico. « Dans de meilleures condi­tions, ce ter­rain se­rait fa­cile ! Mais là, c’était vrai­ment dur et ça m’a pris beau­coup de temps et d’éner­gie. Mais j’ai vrai­ment ap­pré­cié le com­bat ! C’était gé­nial ! Donc, même si c’était stu­pide, ça ne l’était pas vrai­ment. » En fin de compte, ce sont tous ces pe­tits pro­grès qui se sont ré­vé­lés cru­ciaux pour cette as­cen­sion. « Il faut qu’on se lance dans la pa­roi ! Ce se­ra gé­nial d’être là-haut dans nos portaledges » nous dit Nico. Les pré­vi­sions n’étaient pas très bonnes pour les pro­chains jours. Siebe avait des doutes. « C’est vous les an­ciens de la Patagonie, mais ne se­rait-il pas plus lo­gique d’at­tendre une bonne fe­nêtre mé­téo avant de s’en­ga­ger sur la pa­roi ? Il me semble stu­pide d’al­ler là-haut et de gas­piller les pre­miers jours de nour­ri­ture et d’éner­gie as­sis dans un por­ta­ledge ? »

« Ça ne se­rait pas si mal et on pour­rait ré­agir beau­coup plus vite sur la moindre pe­tite fe­nêtre. » Nous dé­ci­dâmes de prendre 15 jours de nour­ri­ture. Notre pre­mier camp était à cô­té d’une belle vire. Évi­dem­ment, nous fûmes très vite en­fer­més dans nos por­ta­ledge pour quelques jours d’af­fi­lée, mais au moins on a réus­si à res­ter plus ou moins sec. Nous pas­sions beau­coup de temps à dor­mir, à lire des livres, à jouer de la mu­sique et à faire du yo­ga. Nico avait ou­blié de prendre des livres, et Siebe et moi n’avions ap­por­té que des livres psy­cho­lo­giques et spi­ri­tuels. « Vous avez seule­ment ap­por­té des livres écrits par des psy­cho­logues et des neu­ros­cien­ti­fiques ! Est-ce que vous ai­mez vrai­ment ces livres ? » se plai­gnait Nico. L’avan­tage de ce genre de livres est qu’ils se lisent len­te­ment et en plus tu peux les lire une deuxième fois sans avoir l’im­pres­sion de les avoir dé­jà lus. « Je sup­pose que c’est le seul en­droit où je li­rais ce genre de lit­té­ra­ture », conclut Nico.

C’était ma­gique d’être sur le mur, de pro­fi­ter de cet en­droit in­tense, ac­cro­chés à des cen­taines de mètres de haut. Len­te­ment, nous avan­cions, pe­tit à pe­tit, en pous­sant les lignes fixes vers le haut, et en des­cen­dant au por­ta­ledge quand le temps tour­nait au vi­naigre. La lon­gueur crux A4 (L12) était notre plus grand point d’in­ter­ro­ga­tion pour l’es­ca­lade libre. Nico est mon­té en libre jus­qu’à mi-lon­gueur, avant de se pendre dans la corde. Une fis­sure trop mince pour les doigts, et un pe­tit di­èdre ou­verte. Il a conti­nué en es­ca­lade ar­ti­fi­cielle pen­dant que le temps se dé­gra­dait. Ar­ri­vés au re­lais, nous étions tous les deux d’ac­cord : il était très peu pro­bable que cette lon­gueur soit li­bé­rable... Il fau­drait cher­cher une va­riante.

Lors­qu’ar­ri­va un jour de mé­téo po­table, notre 7e jour en pa­roi, nous bou­gions les por­ta­ledge vers un spec­ta­cu­laire camp sus­pen­du au-des­sus de L13. Ça al­lait être notre mai­son pour les onze pro­chains jours ! Chaque fois que Siebe ou moi bou­gions dans le por­ta­ledge, Nico de­man­dait avec beau­coup d’ex­ci­ta­tion : « Tu vas chier ? » Al­ler chier était tout à coup de­ve­nu quelque chose de très ten­du. Au pre­mier camp, nous étions à cô­té d’une grande vire, ce qui nous per­met­tait de chier sur la vire. Mais notre deuxième camp n’of­frait pas ce confort. Notre plus grande in­quié­tude était que les deux lon­gueurs crux qui n’avaient pas en­core été en­chai­nées étaient juste en des­sous de nos portaledges... Ce qui si­gni­fiait que le ro­cher ris­quait d’être souillé. Pour évi­ter ce­la, nous avions dé­ci­dé de chier dans des sacs. Nos re­pas lyo­phi­li­sés étaient dans des sacs à fer­me­ture zip pra­tiques. Permettez-moi de vous dire que chier dans un sac n’est pas très agréable. Aus­si, pour évi­ter une « douche d’or », il est conseillé de ne ja­mais pis­ser contre le vent, pa­ta­gon... Le vent gagne à tous les coups !

PERMETTEZ-MOI DE VOUS DIRE QUE CHIER DANS UN SAC N’EST PAS TRÈS AGRÉABLE.

Nous pas­sâmes quelques jours à pro­fi­ter de la plus pe­tite fe­nêtre mé­téo pour al­ler pendre sur les cordes et cher­cher des va­riantes pos­sibles. Un jour, en ju­ma­rant les cordes fixes du A4, Siebe me dit : « Mais Sean, c’est com­plè­te­ment ton genre de truc ! Il faut au moins qu’on es­saye avant de dé­ci­der que c’est im­pos­sible ! » C’était clai­re­ment la ligne la plus évi­dente. Lors d’une jour­née gla­ciale, dans un vent in­fer­nal, je suis al­lé vé­ri­fier les mou­ve­ments. Il fai­sait trop froid pour même pen­ser à mettre des chaus­sures d’es­ca­lade, donc j’ai joué un peu dans mes chaus­sures d’ap­proche. Je n’ar­ri­vais pas vrai­ment à bou­ger, mais je pou­vais en­le­ver mon poids de la corde : il y avait quelque chose ! Ça a al­lu­mé un feu à l’in­té­rieur : cette lon­gueur al­lait sor­tir en libre ! Ce­pen­dant, il y avait un mou­ve­ment juste avant le re­lais qui sem­blait lu­naire, mais une courte tra­ver­sée nous amè­ne­rait au sys­tème de fis­sures à gauche qui re­joi­gnait notre voie une lon­gueur plus haut. Pen­dant que Siebe et Nico tra­vaillaient les mou­ve­ments de cette lon­gueur du des­sus, je tra­vaillais les mou­ve­ments du di­èdre éva­sé en A4. Les deux lon­gueurs se sont ré­vé­lées bien dif­fi­ciles. La pre­mière consis­tait en un long di­èdre avec des adhé­rences dif­fi­ciles et un mou­ve­ment bien aléa­toire à la fin. La deuxième lon­gueur consis­tait à 37 m d’es­ca­lade tech­nique ex­trê­me­ment sou­te­nue, sur des pe­tites ré­glettes. Le mau­vais temps ne ces­sait de nous tom­ber des­sus, mais nous avions be­soin d’une très bonne jour­née pour at­teindre le som­met, et une mé­téo moyenne pour

tenter d’en­chai­ner les deux lon­gueurs crux. L’es­pace par le­quel il fal­lait pas­ser pour réus­sir se re­fer­mait dou­ce­ment. On com­men­çait à ac­cep­ter l’idée de de­voir des­cendre sans avoir at­teint le som­met...

Pour notre on­zième jour en pa­roi, nous nous ré­veillâmes avec le so­leil, mais un vent qui hurlait. « Nous de­vons tenter d’al­ler au som­met », dis-je, « on n’a rien à perdre, c’est pos­sible que le vent se calme. » C’était au tour de Siebe de grim­per en tête. Il fai­sait très froid, et les nuages s’étaient ins­tal­lés, en­le­vant la moindre cha­leur que le so­leil pou­vait of­frir. Les fis­sures étaient rem­plies de glace et de neige, mais Siebe s’est mis un bon com­bat, ter­mi­nant une lon­gueur monstre de 70 m dans des condi­tions hor­ribles. J’es­sayais de faire re­tour­ner un mi­ni­mum de sen­sa­tions dans mes or­teils et j’at­ta­quais la pro­chaine lon­gueur. Les fis­sures étaient com­plè­te­ment gla­cées, ce qui ren­dait les friends in­utiles : ils sor­taient en zip­pant. Dé­ses­pé­ré, j’es­sayais de coin­cer ma main dans la fis­sure, mais c’était in­utile et je tom­bais en glis­sant dans le di­èdre. Ra­pi­de­ment, nous re­joi­gnîmes la sé­cu­ri­té de nos bun­kers sus­pen­dus.

« Je suis prêt pour un es­sai en tête dans L12 », disje à mes amis le ma­tin de notre 12e jour. Le vent était froid, mais le so­leil le ren­dait sup­por­table. Je suis par­ti, en flot­tant vers le haut, pla­çant chaque pro­tec­tion, pied et main comme je l’avais étu­dié sus­pen­du sur la corde fixe. Ar­ri­vé au crux, je pris quelques res­pi­ra­tions pro­fondes, « À fond ! Tu l’as ! » me criait Nico. Je mis la peau de mes trois doigts dans la fine fis­sure, je lan­çai mon pied gauche sur le cris­tal, j’at­tra­pai le coin en plat avec ma main droite, et je lan­çai la main gauche… Tout d’un coup, j’étais ac­cro­ché au bac fi­nal. In­croyable ! J’avais réus­si à en­chai­ner cette lon­gueur aléa­toire. Le pas­sage vers la réus­site s’ou­vrait à nou­veau un peu, tout était en­core pos­sible.

C’était au tour de Nico de ta­per un es­sai dans la deuxième lon­gueur crux, la L13. Le so­leil avait dis­pa­ru der­rière les nuages, et le vent était main­te­nant poin­tu. Il pas­sa les pre­miers mou­ve­ments. « Mes mains et mes pieds sont com­plè­te­ment ge­lés ! » cria-t-il. Sou­dain, son pied a glis­sé et il s’est re­trou­vé ac­cro­ché à la corde. « Ce n’est pas pos­sible dans ces condi­tions, il fait trop froid ! »

Le 14 fé­vrier, jour 15 en pa­roi, nous nous sommes ré­veillés à 4 h du ma­tin, sous un ciel sa­tu­ré d’étoiles et sans un poil de vent ! « C’est pour au­jourd’hui les gars ! » nous cria Nico. Nous avons vite ava­lé un pe­tit dé­jeu­ner et nous sommes mon­tés au ju­mar jus­qu’à notre point le plus haut. Je m’inquiétais va­che­ment : comment al­lait-on pou­voir pas­ser ces fis­sures gelées en libre ? Quand le so­leil a com­men­cé à ta­per la pa­roi, je suis par­ti dans la der­nière sec­tion de ro­cher sur­plom­bant. Les fis­sures étaient toutes propres ! Les condi­tions étaient aus­si par­faites qu’elles pou­vaient l’être. Je ne pou­vais pas croire à notre chance. On a cou­ru dans les six der­nières lon­gueurs jus­qu’au som­met. Là, on a lâ­ché quelques cris de joie et on a pro­fi­té d’une vue in­croyable. Mais le vent com­men­çait à aug­men­ter, et ça com­men­çait à être bien hos­tile là- haut. On est des­cen­du en vi­tesse et dès que nous sommes en­trés dans notre portaledges, la neige a com­men­cé à tom­ber. On l’avait fait ! Nous avions at­teint le som­met. Ce­pen­dant, il res­tait en­core une der­nière lon­gueur à en­chai­ner (L13).

JE M’INQUIÉTAIS : COMMENT AL­LAIT-ON POU­VOIR PAS­SER CES FIS­SURES GELÉES EN LIBRE ?

Je sen­tais que mes amis n’en avaient plus trop en­vie. Ils par­laient de des­cendre. « Je ne veux pas mou­rir de faim pour cette voie ! On doit gar­der de l’éner­gie pour les rap­pels ! » Pen­dant toute la nuit, j’es­sayais de trou­ver des ar­gu­ments pour convaincre mes amis de res­ter au moins trois jours de plus sur la pa­roi, ce qui si­gni­fiait ra­tion­ner et avoir faim. Je me suis dit que j’al­lais com­men­cer par leur don­ner la ci­ta­tion de l’al­pi­niste my­thique Doug Scott : « Ce n’est pas avec un ventre plein qu’on trou­ve­ra l’illu­mi­na­tion spi­ri­tuelle ! »

En­suite, je pen­sais leur dire : « On n’a pas vrai­ment be­soin de nour­ri­ture pour sur­vivre, l’homme peut sur­vivre pen­dant 60 jours sans man­ger ! Il nous reste en­core des ré­serves de graisse ! Re­gar­dez les grim­peurs de com­pé­ti­tion comme ils sont maigres ! » Mon es­prit était tour­men­té, me vo­lant un som­meil pour­tant né­ces­saire. Quand mes amis se sont fi­na­le­ment ré­veillés, je n’ai pas eu be­soin de dire un mot. Ils avaient dé­jà dé­ci­dé : « Nous de­vrions nous don­ner en­core trois jours ». Jour 16, la mé­téo était mau­vaise. Nous sommes res­tés dans les portaledges toute la jour­née. « Eh bien, re­tour au lit, de­main se­ra un autre jour iden­tique », ai-je dit à Siebe pen­dant qu’on se re­met­tait dans nos sacs de cou­chage. « Eh bien, au moins, tu ne peux pas dire qu’on manque de rou­tine ! », ré­pon­dit-il. Al­lon­gé dans le sac de cou­chage jus­qu’à mi­di à écou­ter Nico jouer de la gui­tare, puis s’as­seoir et pro­fi­ter d’une soupe aux or­ties vers 13 h, plon­ger dans un livre, une se­conde soupe aux or­ties à 16 h, jouer un peu de flute, re­tour dans le livre, en­core une soupe aux or­ties vers 19 h juste pour cal­mer la faim, en­suite un pe­tit re­pas avant de fi­nir la jour­née avec un thé au gin­gembre pour bien ca­mou­fler la faim. Les jours 17 et 18 ont été iden­tiques. « Au­jourd’hui, on des­cend, peu im­porte ! J’en ai marre ! » a dit Nico le ma­tin du 19e jour. On a ter­mi­né tout ce qui nous res­tait à man­ger. La pluie et la neige s’étaient ar­rê­tées, mais le vent souf­flait fort, et il fai­sait froid. « At­ten­dons jus­qu’à cet après­mi­di, pour voir si ça se ré­chauffe as­sez pour tenter un es­sai ». Au dé­but de l’après-mi­di, il sem­blait que les tem­pé­ra­tures avaient mon­té juste un peu, et le vent s’était cal­mé juste d’un de­mi-cran... « Je vais es­sayer ! » nous dit Nico. Il pas­sa la pre­mière sec­tion dure en pre­nant son temps pour pla­cer les pro­tec­tions dé­li­cates. Dans le crux prin­ci­pal, son cul com­men­çait à tom­ber en ar­rière et ses muscles trem­blaient. Il était sur le point de tom­ber. « Raaaa ! », cria-t-il en se lan­çant vers la prise in­ver­sée. « Yeeessssss ! », il était tou­jours ac­cro­ché ! Il conti­nua son che­min vers le haut. À la fin de la lon­gueur, je re­mar­quai qu’il ne pla­çait pas les deux mi­cro coin­ceurs : « Peut-être sont-ils trop dif­fi­ciles à pla­cer ? » Il s’en­ga­gea loin au-des­sus de sa der­nière pro­tec­tion. « Si mes or­teils sont in­sen­sibles, la der­nière adhé­rence se­ra très dif­fi­cile ! », avait-il dit avant de par­tir. Il hé­si­ta un peu... puis bou­gea... Je ne pou­vais pas tout à fait voir. Tout d’un coup, j’ai en­ten­du un cri de vic­toire ! Il l’avait fait ! Ça nous avait sem­blé tel­le­ment im­pro­bable tout au long de l’as­cen­sion, mais nous l’avions fait. Nous avions réus­si à li­bé­rer « Re­ga­lo de Mwo­no » !

À vi­si­ter, F2 avec vue im­pre­nable.

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