En cou­ver­ture Le Gar­da­sil est-il sans dan­ger ?

est-il vrai­ment sans dan­ger ?

Vie Pratique Sante - - SANTÉ - Pr Da­niel Flo­ret pré­sident du Co­mi­té tech­nique des vac­ci­na­tions Dr Phi­lippe de Cha­zournes mé­de­cin gé­né­ra­liste à La Réu­nion. Par Sté­pha­nie Pfis­ter

De­puis plu­sieurs mois, ce vac­cin contre le can­cer du col de l'uté­rus af­fronte un feu nour­ri de cri­tiques, éma­nant à la fois de mé­de­cins et de pa­tientes. En face, les au­to­ri­tés

sa­ni­taires fran­çaises conti­nuent de le re­com­man­der. Qui a rai­son ? Le point sur un dé­bat hou­leux.

Il l’avait pro­mis. Le 30 avril der­nier, Me Jean- Ch­ris­tophe Cou­bris a dé­po­sé 32 plaintes de­vant le tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris. Ses clientes : 32 jeunes filles at­teintes de sclé­rose en plaques ou de ma­la­dies au­toim­munes… ap­pa­rues peu de temps après une in­jec­tion de Gar­da­sil, le vac­cin contre les pa­pil­lo­ma­vi­rus hu­mains (HPV) res­pon­sables du can­cer du col de l’uté­rus. Dans la ligne de mire : le la­bo­ra­toire Sa­no­fiPas­teur MSD (Merck) qui com­mer­cia­lise le pro­duit, et l’Agence de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment (ANSM), pour­sui­vis pour « bles­sures in­vo­lon­taires ». C’est Me Jean-Ch­ris­tophe Cou­bris qui re­pré­sen­tait dé­jà Ma­rie-Océane Bour­gui­gnon, une jeune fille de 18 ans, à l’ori­gine de la pre­mière plainte dé­po­sée – le 22 no­vembre 2013 – contre le vac­cin. At­teinte d’une sclé­rose en plaques, la jeune femme fait le lien entre sa ma­la­die et les deux in­jec­tions re­çues peu avant l’ar­ri­vée des pre­miers symp­tômes. « Des témoignages comme ce­lui-ci, j’en ai re­cueilli plus de cent », as­sure Me Cou­bris, qui en­fonce le clou : « Ce vac­cin est dan­ge­reux, in­utile et hor­ri­ble­ment cher : ce­la fait beau­coup de rai­sons pour sus­pendre sa com­mer­cia­li­sa­tion ! »

Une ef­fi­ca­ci­té contes­tée

Les ar­gu­ments de Me Cou­bris, nom­breux sont ceux à les par­ta­ger. Ain­si, le 6 mai 2014, 700 mé­de­cins et près de 300 sages-femmes ont si­gné une pé­ti­tion ré­cla­mant une mis­sion par­le­men­taire pour ré­éva­luer le vac­cin. À la tête de la fronde, le Dr Phi­lippe de Cha­zournes, mé­de­cin gé­né­ra­liste à la Réu­nion. « Cer­tains ex­perts sou­lignent que le vac­cin est ef­fi­cace à 70 %. C’est faux ! Son ef­fi­ca­ci­té n’at­teint même pas les 20 % », af­firme le Dr Phi­lippe de Cha­zournes. Pour

ce pro­fes­sion­nel de san­té, « Dans les études de ré­fé­rence, le vac­cin a été tes­té contre un faux pla­ce­bo. Faux, puis­qu’il conte­nait, comme le vac­cin, de l’alu­mi­nium. » Or, c’est cet ad­ju­vant, un neu­ro­toxique, qui est soup­çon­né de dé­clen­cher des ma­la­dies au­to- im­munes. Autre ar­gu­ment sou­le­vé par les « an­ti » : le risque pour les pa­tientes de né­gli­ger le frot­tis, qui reste in­dis­pen­sable pour sauver des vies, après la vac­ci­na­tion. « Il a été mon­tré qu’une ma­jo­ri­té de femmes pensent que le frot­tis de­vient in­utile après une vac­ci­na­tion, con­sé­quence d’un sen­ti­ment de pro­tec­tion qui se ré­vèle en fait illu­soire », in­siste le mé­de­cin. Fran­çois Hollande, lui, en est convain­cu : « Ce vac­cin a fait la preuve de son ef­fi­ca­ci­té », a-t-il mar­te­lé le 4 fé­vrier der­nier. Il lan­çait ce jour-là son Plan Can­cer 3, un pro­gramme pour 2014-2019. « Le can­cer du col de l’uté­rus est le seul pour le­quel il existe un vac­cin. Et pour­tant, en France, ce vac­cin n’est ad­mi­nis­tré qu’à 30 % des jeunes filles. Aus­si, d’ici à 5 ans, nous dou­ble­rons la cou­ver­ture vac­ci­nale contre cette ma­la­die, ce qui per­met­tra son éra­di­ca­tion à terme », pro­met­tait le Pré­sident. Pour aug­men­ter ce taux de cou­ver­ture, la pos­si­bi­li­té d’une vac­ci­na­tion dans les écoles a même été évo­quée. Dans ses pas, le Pr Da­niel Flo­ret, pré­sident du Co­mi­té tech­nique des vac­ci­na­tions, af­firme que « les po­lé­miques ac­tuelles sont un mau­vais coup por­té aux femmes. Le can­cer du col de l’uté­rus est à l’ori­gine de 1 000 dé­cès par an, soit près de 3 chaque jour, ce qui n’est pas négligeable ! En com­bi­nant dé­pis­tage et vac­ci­na­tion, on pour­rait qua­si­ment ré­duire ce chiffre à néant », avance-t-il.

Désac­cords au­tour des ef­fets in­dé­si­rables

Quoi qu’en disent ses dé­trac­teurs, l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment (ANSM) main­tient sa confiance au Gar­da­sil. Dans un point d’in­for­ma­tion da­té du 10 avril der­nier, l’agence sou­ligne que « les nou­velles don­nées ne re­mettent pas en cause le rap­port bé­né­fice/ risque fa­vo­rable de ce vac­cin. » Pour étayer ses dires, l’ANSM avance des chiffres : de­puis sa com­mer­cia­li­sa­tion en France (no­vembre 2006) et jus­qu’au 20 sep­tembre 2013, « 2 092 no­ti­fi­ca­tions d’ef­fets in­dé­si­rables, dont 503 graves, ont été re­cueillies et ana­ly­sées. La ma­jo­ri­té d'entre elles (76 %) cor­res­pond donc à des cas non graves, de type dou­leur au site d’in­jec­tion. Quant aux ma­ni­fes­ta­tions au­to-im­munes, leur nombre reste faible au re­gard de la po­pu­la­tion ex­po­sée (127 cas no­ti­fiés, dont 17 cas de sclé­roses en plaques, de­puis le dé­but de la com­mer­cia­li­sa­tion) ». Le Dr Phi­lippe de Cha­zournes, a, lui, une autre explication. « On le sait : plus de 90 % des ef­fets in­dé­si­rables ne sont pas dé­cla­rés, soit parce qu’on n’y pense pas, soit parce que la pro­cé­dure d’alerte est trop com­pli­quée à faire pour le mé­de­cin ». Faut-il avoir peur du Gar­da­sil ? Me Cou­bris sou­haite que l’on re­con­naisse à ses clientes un sta­tut de vic­time, que trans­pa­rence soit faite sur les condi­tions de fa­bri­ca­tion du vac­cin et, si be­soin, que le vac­cin soit re­ti­ré du mar­ché. À la jus­tice de tran­cher.

5,5 MIL­LIONS de doses de Gar­da­sil ont été com­mer­cia­li­sées entre 2006 et 2013 en France.

(source : ANSM)

LE PRIX, AUTRE CIBLE DES CRI­TIQUES

L'in­jec­tion coûte 123 €. À mul­ti­plier par le nombre de doses re­com­man­dées.

L'As­su­rance ma­la­die rem­bourse à hau­teur de 65 %.

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