Si­da : les femmes, ces grandes ou­bliées

Les femmes, ces grandes ou­bliées

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Trente ans après la dé­cou­verte du VIH, Anne Bou­fer­guene et Ca­the­rine Ka­pus­ta-Pal­mer, sé­ro­po­si­tives, dé­noncent la dis­cri­mi­na­tion dont sont vic­times les femmes in­fec­tées, par­ti­cu­liè­re­ment après 50 ans.

Pro­pos re­cueillis par San­dra Fran­re­net

Votre conta­mi­na­tion par le VIH re­monte aux an­nées 80. Qu’est-ce qui a chan­gé en trente ans ?

Ca­the­rine Ka­pus­ta-Pal­mer : On nous a long­temps col­lé une éti­quette sul­fu­reuse. Dans l’ima­gi­naire col­lec­tif, seules les femmes de mau­vaise vie avaient le si­da. Trente ans plus tard, rien n’a vrai­ment chan­gé. Les femmes passent com­plè­te­ment à tra­vers les mes­sages de pré­ven­tion qui leur sont – ra­re­ment – adres­sés. Pas étonnant que l’on as­siste à une flam­bée des conta­mi­na­tions chez les quin­quas et les sexa­gé­naires, un pu­blic qui n’uti­lise pas le pré­ser­va­tif. Cô­té re­cherche, nous ne sommes pas mieux lo­ties : les études ne s’in­té­ressent pas à nos spé­ci­fi­ci­tés face à la ma­la­die. Néan­moins, je ne veux pas op­po­ser les femmes aux hommes. D’une ma­nière gé­né­rale, être sé­ro­po­si­tif en 2014 reste dif­fi­cile pour tous, à cause de tous les fan­tasmes as­so­ciés à cette ma­la­die.

« On as­siste à une flam­bée de conta­mi­na­tions chez les quin­quas et sexa­gé­naires »

Ca­the­rine Ka­pus­ta-Pal­mer

Anne Bou­fer­guene : Peu de choses. Vivre avec le VIH reste en ef­fet dif­fi­cile quel que soit le sexe. Mais je suis si­dé­rée de consta­ter qu’on m’in­ter­roge tou­jours qua­si sys­té­ma­ti­que­ment sur mon mode de conta­mi­na­tion, ce parce que je suis une femme. Les gens se posent moins la ques­tion quand il s’agit d’un homme : dans leur tête, s’il est sé­ro­po­si­tif, c’est qu’il est ho­mo­sexuel… L’an­nonce de la sé­ro­po­si­ti­vi­té pour une femme af­fecte aus­si le rap­port à la ma­ter­ni­té. D’abord, on res­sent la peur de ne pas pou­voir être ma­man ; en­suite, on su­bit la lour­deur de l’ac­com­pa­gne­ment de la gros­sesse. Et bien sûr, en fi­li­grane, cette ques­tion an­gois­sante: « Comment être une bonne mère avec cette épée de Da­mo­clès au-des­sus de la tête ? » Pen­sez-vous qu’il est plus fa­cile d’an­non­cer sa sé­ro­po­si­ti­vi­té en 2014 qu’à l’époque où vous l’avez ap­pris ?

Mal­heu­reu­se­ment, je crains que non. Même si la prise en charge mé­di­cale n’a plus rien à voir, que la ma­la­die n’est plus une condam­na­tion à mort, la peur du ju­ge­ment mo­ral est tou­jours om­ni­pré­sente.

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