Les Gi­lets bleus re­donnent des couleurs à l’hô­pi­tal

RE­DONNENT DES COULEURS À L’HÔ­PI­TAL

Vie Pratique Sante - - SANTÉ - Par Ju­lie De­lem

Ils ont entre 16 et 25 ans, portent des vestes azur et sont à la dis­po­si­tion des pa­tients hos­pi­ta­li­sés le temps de leur ser­vice ci­vique. Un dis­po­si­tif unique, en ban­lieue pa­ri­sienne,

qui hu­ma­nise les hô­pi­taux uni­ver­si­taires Hen­ri-Mon­dor.

Cer­tains halls d’ent rée res­semblent à des aé­ro­ports. Ce­lui de l’hô­pi­tal Hen­riMon­dor, à Cré­teil, en fait par­tie. À quelques dif­fé­rences près : ici, la ca­fé­té­ria est rem­plie de blouses blanches, vertes ou bleues. Le kiosque à sou­ve­nirs ac­cueille des hommes en pei­gnoir et des fa­milles font les bou­tiques en traî­nant des poches de per­fu­sions. Émer­geant de ce ballet, de drôles de jeunes gens font des al lers- re­tours, pous­sant d’un air concen­tré des fau­teuils rou­lants vides. Ce sont les Gi­lets bleus, des vo­lon­taires en ser­vice ci­vique. Du­rant huit mois, ils ont choi­si de s’en­ga­ger entre vingt et trente- cinq heures par se­maine à l’hô­pi­tal afin de rendre la vie plus fa­cile aux pa­tients et aux vi­si­teurs. Jo­wad a 19 ans, il ter­mine sa pre­mière an­née de droit à Cré­teil et a en­fi­lé sa veste de vo­lon­taire au mois de mars. « Ma mère vient souvent ici, c’est comme ce­la que j’ai connu les gi­lets bleus, ex­plique-t-il. J’ai tou­jours eu en­vie d’ai­der. Pour moi, c’est im­por­tant de don­ner de mon temps. Je ne fais pas ça pour les 500 eu­ros d’in­dem­ni­tés… » Dans l’as­cen­seur, le jeune homme sa­lue, tend le bras pour em­pê­cher la fer­me­ture des portes, oriente toute per­sonne qui semble hé­si­ter sur la di­rec­tion à prendre. Di­rect ion l e hui tième étage, en can­cé­ro­lo­gie. Mis­sion : ré­cu­pé­rer le pa­tient de la chambre 45, han­di­ca­pé par sa jambe, et le des­cendre à la ca­fé­té­ria en fau­teuil. Sous les yeux du pa­tient amu­sé, Jo­wad ex­plique : « Ce­la fait trois ans que les Gi­lets bleus existent, uni­que­ment ici, à Hen­ri-

Une ving­taine de jeunes a re­vê­tu le gi­let bleu à Hen­ri-Mon­dor de­puis la mise en place du dis­po­si­tif en 2011.

J’ai tou­jours eu en­vie d’ai­der. Pour moi, c’est im­por­tant de don­ner de mon temps. Je ne fais pas ça pour les 500 eu­ros d’in­dem­ni­tés…

Jo­wad, 19 ans.

Mon­dor et Émile-Roux, un autre éta­blis­se­ment du groupe hôs­pi­ta­lier. Si vous avez be­soin de sor­tir, de re­ti­rer de l’ar­gent, en­vie de prendre un ca­fé ou toute autre chose, vous pou­vez nous ap­pe­ler au 36361, si­non, on est tou­jours à l’ac­cueil. »

Leur mis­sion : hu­ma­ni­ser l’hô­pi­tal

À l’en­trée de l’hô­pi­tal, ven­ti­lée par l’im­mense porte tam­bour, le

visage de Sarah, 20 ans, dé­passe à peine du comp­toir d’ap­point qu’elle oc­cupe en tant que Gi­let bleu. Elle re­garde Ma­rine, 22 ans, qui dans sa che­mise de nuit rose couche quelques mots dans le livre d’or avant de re­tour­ner dans sa chambre : « Mer­ci pour votre aide et pour votre sou­tien, vous êtes géniaux et je re­mer­cie l’in­ven­tion des Gi­lets bleus », écrit-elle. Quelques se­condes plus tard, un homme se pré­ci­pite vers Sarah : « Pou­vez- vous sur­veiller ma voi­ture, s’il vous plaît, j’en ai pour cinq mi­nutes. » Sans at­tendre la ré­ponse, l’homme s’en­fuit, tan­dis qu’une autre voix se fait en­tendre : « Par­don, la gé­ria­trie, c’est bien à droite ? » Sarah sou­rit, ré­pond avec courtoisie, ac­com­pagne les vi­si­teurs, fait des pe­tits signes à ses pa­tients pré­fé­rés. Ces pe­tites scènes

de vie sont son quo­ti­dien. Après avoir ar­rê­té ses études, tra­vaillé dans un aé­ro­port, puis à l’ac­cueil d’un autre hô­pi­tal, elle in­tègre fi­na­le­ment les Gi­lets bleus, grâce au ser­vice ci­vique. « À la dif­fé­rence du poste que j’oc­cu­pais avant à l’ac­cueil, ici je peux bou­ger, sou­rit-elle. Et puis, j’aime bien le contact avec les pa­tients. On parle avec eux, on les aide, on les connaît. »

Se dé­cou­vrir une vo­ca­tion

Les Gi­lets bleus de Hen­ri-Mon­dor sont uniques en France et ont un point com­mun : tous ont été re­cru­tés par Théo­dore Ya­mou, le pré­sident de l’as­so­cia­tion Ban­lieue sans fron­tières en ac­tion (BSFA), grâce à l’ini­tia­tive de l’as­so­cia­tion et de la di­rec­tion des hô­pi­taux Hen­ri-Mon­dor. « Le seul cri­tère pour ve­nir ici, c’est la mo­ti­va­tion. On ac­cepte tout le monde », as­sure-t-il. Dans les faits, il s’agit souvent de jeunes dé­sco­la­ri­sés, is­sus de mi­lieux peu fa­vo­ri­sés. « C’est po­si­tif pour tout le monde, conti­nue-t-il. Ils hu­ma­nisent l’hô­pi­tal, sou­lagent les soi­gnants dont ce n’est pas le rôle de ré­soudre les pe­tits tra­cas. D’un autre cô­té, ce­la leur per­met de connaître les sa­voi­rêtre es­sen­tiels dans le monde du travail, de tou­cher du doigt les mé­tiers de l’hô­pi­tal. » Avec, par­fois, l’en­vie de pro­lon­ger l’ex­pé­rience. Ay­lin a 20 ans et passe pour la troi­sième fois son bac­ca­lau­réat scien­ti­fique. Elle al­terne, toutes les se­maines, hô­pi­tal et ly­cée. Elle se confie chaque mois à son tu­teur, le doc­teur Alain Pio­lot, lors d’un en­tre­tien de bi­lan. « C’est une jeune femme qui hé­si­tait sur ses choix d’orien­ta­tion, ex­plique-til. On lui a pro­po­sé d’ef­fec­tuer un stage de quelques jours au ser­vice comp­ta­bi­li­té de l’hô­pi­tal. Elle en est res­sor­tie en­chan­tée, avec un dé­but de pro­jet. » Dans le cou­loir, un jeune homme en te­nue blanche v i e n t d ’ aper­ce­voir Théo­dore Ya­mou, à qui il s’em­presse de ve­nir ser­rer la main. « C’est Jor­dan, il était Gi­let bleu l’an­née der­nière », in­dique le pré­sident de BSFA. Pen­dant son ser­vice ci­vique, Jor­dan a dé­cou­vert le mé­tier de bran­car­dier. Au­jourd’hui, il fait par­tie des dix an­ciens vo­lon­taires em­bau­chés par l’hô­pi­tal. « Le

10 an­ciens Gi­lets bleus sont dé­sor­mais em­bau­chés au sein de l’hô­pi­tal Hen­ri-Mon­dor.

mi­lieu hos­pi­ta­lier com­porte plus de cent cin­quante mé­tiers dif­fé­rents, des cui­si­niers aux élec­tri­ciens en passant par les sté­ri­li­sa­teurs. Le ser­vice ci­vique per­met à ces jeunes d’élar­gir leur vi­sion et d’amé­lio­rer très clai­re­ment leur em­ploya­bi­li­té dans un sec­teur qui re­crute », se ré­jouit Jean-Ber­nard Castet, di­rec­teur des res­sources humaines du groupe hos­pi­ta­lier. Il est 17 heures, pour Jo­wad, Sarah, Ay­lin et Fré­dé­ric, c’est le creux de l’après-mi­di. Les consul­ta­tions sont fi­nies, on les sol­li­cite moins. Ils en pro­fitent pour pas­ser en re­vue leurs ex­pé­riences les plus mar­quantes : « Un jour, un pa­tient m’a dit : Vous êtes plus gen­til avec moi que mon fils ! » ra­conte Jo­wad. « Moi, c’est cette Ukrai­nienne qui m’a le plus tou­chée, en­chaîne Fré­dé­ric. C’était une ré­fu­giée po­li­tique. Elle était ha­billée en treillis, avait les mains re­cro­que­villées. Je de­vais res­ter avec elle à son IRM, il fal­lait une pré­sence constante. Elle, elle est vrai­ment de­ve­nue une amie. »

Le ser­vice ci­vique per­met à ces jeunes d’élar­gir leur vi­sion et d’amé­lio­rer très clai­re­ment leur em­ploya­bi­li­té dans un sec­teur qui re­crute.

Jean-Ber­nard Castet, di­rec­teur des res­sources humaines des Hô­pi­taux uni­ver­si­taires Hen­ri-Mon­dor.

Une vo­lon­taire des Gi­lets bleus conduit une pa­tiente dans sa chambre. À l’ac­cueil de l’hô­pi­tal, Jo­wad (ci-contre) se tient prêt der­rière le comp­toir, pour ai­der qui­conque en fe­ra la de­mande.

Ke­vin guide une dame dans ce grand hô­pi­tal jus­qu’au ser­vice où elle se­ra prise en charge.

Sarah n’hé­site pas à en­ga­ger la conver­sa­tion avec les pa­tients

qu’elle as­siste.

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