Les Epi­phone Ca­si­no, par Ch­ris­tian Sé­gu­ret

Six cordes dans le vent

Vintage Guitare - - VINTAGE GUITARE N° 17 EDITO - SOMMAIRE -

DANS LA LIGNE DES EPI­PHONE PRO­PO­SÉES DANS LES AN­NÉES 1960, LE MO­DÈLE CA­SI­NO ÉTAIT LOIN D’AF­FI­CHER LES QUA­LI­TÉS ET LES AT­TRI­BUTS DE CER­TAINS DE SES COL­LÈGUES DE CA­TA­LOGUE. LES MO­DÈLES SHE­RA­TON, RI­VIE­RA OU EN­CORE LA SO­LID­BO­DY CRESTWOOD ÉTAIENT SEN­SÉS AT­TI­RER LES CONVOI­TISE DES GUI­TA­RISTES DE L’ÉPOQUE, PO­SI­TION­NÉS BIEN PLUS HAUT DANS LA GAMME DES MO­DÈLES QUE LA MO­DESTE CA­SI­NO. MAIS C’ÉTAIT COMP­TER SANS L’IN­TER­VEN­TION DE QUATRE GAR­ÇONS DANS LE VENT À L’ÉPOQUE, QUI ONT CONTRI­BUÉ À ÉCRIRE LA SA­GA D’UN MO­DÈLE MO­DESTE MAIS DE­VE­NU LÉ­GEN­DAIRE. On dit par­fois du mo­dèle Ca­si­no que c’est ce­lui qui a per­mis à la com­pa­gnie Epi­phone de se faire connaître et d’as­seoir son suc­cès. L’as­ser­tion est un peu hâ­tive, et l’his­toire de la marque comp­tait dé­jà de bien nom­breux épi­sodes pres­ti­gieux lorsque le mo­dèle a vu le jour. Mais le mo­dèle Ca­si­no fut une gui­tare bien à part dans la pro­duc­tion Epi­phone, qui n’avait pas grand- chose à voir avec ce que la com­pa­gnie avait pu pro­po­ser au­pa­ra­vant, en par­ti­cu­lier les arch­tops construites dans les an­nées 1930, qui ont fait l’ob­jet d’un pré­cé­dent ar­ticle, et sur les­quelles la com­pa­gnie avait bâ­ti sa ré­pu­ta­tion ( voir ar­ticle dans VG N° 12).

Epi­phone be­fore

Nous avions évo­qué dans cet ar­ticle les ra­cines qui ra­me­naient Epi­phone vers la Grèce et la Tur­quie du dé­but du XXe siècle, et cette glo­rieuse pé­riode d’avant­guerre qui avait vu une com­pa­gnie flo­ris­sante pro­po­ser des mo­dèles arch­tops de su­perbe fac­ture qui concur­ren­çaient sé­rieu­se­ment ceux pro­po­sés par Gib­son. Mais après cette pé­riode de gloire, Epi­phone al­lait lut­ter sans re­lâche pour se main­te­nir à flot der­rière le suc­cès in­éga­lé de sa ri­vale de tou­jours. Lorsque Gib­son lan­ça la pre­mière of­fen­sive élec­trique, Epi­phone ré­agit im­mé­dia­te­ment en pro­po­sant le pre­mier mi­cro avec des plots sé­pa­rés. Puis Gib­son em­por­ta le der­nier round des an­nées folles en pro­po­sant les pre­miers pans cou­pés. Après la guerre, la ri­va­li­té re­prit de plus belle, et Les Paul, dont la car­rière de so­liste pre­nait un tour pro­met­teur jouait alors sur Epi­phone, ne l’ou­blions pas. La com­pa­gnie pro­po­sa alors son mo­dèle Em­pe­ror avec son sé­lec­teur à pous­soirs à six po­si­tions qui était sen­sé ri­va­li­ser avec le mo­dèle ES- 5 de son ri­val, ses trois mi­cros, et ses six bou­tons de vo­lume et de to­na­li­té. Mais le fils du fon­da­teur et maître à pen­ser d’ E p i p h o n e , Epa­mi­no­dos, qui jouait un rôle cru­cial dans le dé­ve­lop­pe­ment de la com­pa­gnie, di s p a r u t du­rant la guerre des suites d’une leu­cé­mie. Ses

frères avaient alors pris la re­lève, mais mal­gré des qua­li­tés de ven­deurs et de ges­tion­naires évi­dentes, au­cun ne se ré­vé­la avoir la poigne et la vis­ta pour di­ri­ger une com­pa­gnie de ce type à une époque où les chan­ge­ments étaient per­ma­nents et la concur­rence acerbe.

« Les Epi­phone étaient si mau­vaises qu’on ne pou­vait pas les don­ner »

Cette di­rec­tion dé­faillante fit que la pro­duc­tion com­men­ça à dé­cli­ner sans qu’au­cune dé­ci­sion ne par­vienne à ra­me­ner la fa­brique au ni­veau de qua­li­té et de ré­pu­ta­tion qu’elle avait connu avant la guerre. Si l’on en croit Ted McCar­ty de Gib­son ( dont on peut néan­moins lé­gi­ti­me­ment soup­çon­ner que son sta­tut de concur­rent ne l’en­cou­ra­geât à la cri­tique), les gui­tares Epi­phone de l’époque avaient at­teint un tel dé­plo­rable ni­veau de qua­li­té « qu’on ne pou­vait même pas les don­ner » … Mais, mau­vaise langue ou pas, il reste in­dé­nia­bale qu’en 1957 ses di­ri­geants furent contraints de cé­der Epi­phone à la Chi­ca­go Mu­si­cal Ins­tru­ment Com­pa­ny, la mai­son- mère de Gib­son. Au dé­part Gib­son avait cru ne ra­che­ter que le dé­par­te­ment des contre­basses, un des rares postes dans le­quel Epi­phone main­te­nait un ni­veau très concu­ren­tiel, mais se re­trou­va sans le sa­voir à la tête de la to­ta­li­té de l’ou­til de pro­duc­tion. Les gui­tares Epi­phone furent alors trans­fé­rées dans l’usine de Ka­la­ma­zoo, où elles furent dé­sor­mais construites aux cô­tés des Gib­son, au­tre­fois concur­rentes.

Gib­son et Epi­phone : des­tins mê­lés

Ted McCar­ty, alors ma­na­ger gé­né­ral chez Gib­son, sut par­fai­te­ment uti­li­ser la dua­li­té et les valeurs in­trin­sèques de chaque com­pa­gnie, comme on le fait de fa­çon cou­rante au­jourd’hui. Il mit

in­tel­li­gem­ment à pro­fit le ré­seau de dea­lers ain­si agran­di par la fu­sion, et sut par­fai­te­ment can­ton­ner les ins­tru­ments de moindre fac­ture dans le ré­seau Epi pour concen­trer le haut de gamme chez Gib­son. Il conser­va quelques mo­dèles my­thiques d’arch­tops Epi­phone, et pé­ren­ni­sa quelques spé­ci­fi­ci­té de la marque, comme les manches mul­ti­plis ou les mi­cros simple bo­bi­nages avec des ca­pots mé­tal­liques. Gib­son com­men­ça à construire des élec­triques thin­lines ( des arch­tops à éclisses étroite) en 1955, et la com­pa­gnie pré­sen­ta avec force pu­bli­ci­té sa thin­line à double pan cou­pé, la se­mi hol­low­bo­dy ES- 335, qui fut le suc­cès que l’on sait, en 1958. À la même époque, ap­pa­rais­sait dans la ligne Epi­phone la She­ra­ton. Un an plus tard la ligne Gib­son s’agran­dis­sait d’une gui­tare moins ra­di­cale, avec un corps en­tiè­re­ment creux ( sans la poutre cen­trale de la 335) : l’ES- 330. En 1961, un mo­dèle si­mi­laire à la 330 ap­pa­rais­sait donc lo­gi­que­ment dans la no­men­cla­ture Epi­phone, il s’agis­sait de la Ca­si­no. Sur le plan struc­tu­rel, la Ca­si­no était très si­mi­laire à la 330 : il s’agis­sait d’une gui­tare thin­line, avec un double pan cou­pé, et un corps creux. Au ni­veau de l’élec­tro­nique, elle se re­trou­vait éga­le­ment avec deux mi­cros P90 simple bo­bi­nage équi­pés de ca­pots noirs, et un ac­cas­tillage si­mi­laire consti­tué d’un che­va­let Tune- O- Ma­tic et d’un cor­dier en tra­pèze. Un vi­bra­to était pro­po­sé en op­tion. L’Epi­phone, comme la Gib­son avait un simple fi­let au­tour de la table, du dos et de la touche, des re­pères en pas­tille, et un simple lo­go in­crus­té sur la

La Ca­si­no sui­vit une évo­lu­tion si­mi­laire au mo­dèle 330 de Gib­son.

tête. Lorsque Gib­son chan­gea son mo­dèle en 1962 et dé­ci­da de mettre des cou­vercles chro­més sur les mi­cros, et des re­pères en rec­tangles, la Ca­si­no sui­vit une évo­lu­tion presque pa­ral­lèle puis­qu’elle re­çut des mi­cros aux cou­vercles éga­le­ment chro­més et des re­pères en simple pa­ral­lé­lo­grammes, une ca­rac­té­ris­tique que l’on ne re­trouve sur au­cune Gib­son. Gib­son avait alors en tête de pro­po­ser des lignes Epi­phone as­sez proches des lignes Gib­son, de qua­li­té lé­gè­re­ment in­fé­rieure, mais avec des prix pas­sa­ble­ment ré­duits, mais si l’on com­pare de près une Ca­si­no à une 330, les dif­fé­rences, bien que réelles, sont as­sez minces. D’ailleurs mal­gré ce prix in­fé­rieur, et mal­gré une li­gnée cen­sé­ment moins haute, beau­coup de mu­si­ciens pré­fè­raient à l’époque, et conti­nuent de pré­fé­rer au­jourd’hui la Ca­si­no au mo­dèle 330 de chez Gib­son, par­ti­cu­liè­re­ment du fait du de­si­gn de son vi­bra­to. L’Epi­phone pré­sen­tait en ef­fet un vi­bra­to bap­ti­sé Tre­mo­tone et conçu de telle sorte qu’il y avait une barre d’an­crage avec un dia­mètre gra­dué pour com­pen­ser les dif­fé­rences

de dia­mètres entre les cordes. Cette dif­fé­rence per­met­tait une meilleure in­to­na­tion. Par rap­port au res­sort en forme de U pro­po­sé par Gib­son sur son vi­bra­to “Maes­tro”, c’était une amé­lio­ra­tion consi­dé­rable, et il était im­pos­sible d’ob­te­nir de se faire li­vrer à la com­mande ce vi­bra­to Epi­phone sur un ins­tru­ment Gib­son quel qu’il soit. D’ailleurs les 330 de 1963 n’étaient même pas pro­po­sées en op­tion avec un vi­bra­to tan­dis que les Ca­si­no étaient équi­pées d’un vi­bra­to d’usine en op­tion à par­tir de 1962. Mais toutes ces dif­fé­rences al­laient pe­ser de peu de poids lorsque les Beatles al­laient s’em­pa­rer de la Ca­si­no, et les fans dé­si­reux d’imi­ter leurs idoles se mo­que­raient alors comme de leur pre­mier mé­dia­tor de sa­voir si le vi­bra­to de l’un ou de l’autre l’em­por­te­rait.

La Ca­si­no

Le mo­dèle Ca­si­no fut pro­po­sé en 1961 sous la ré­fé­rence E230T pour les mo­dèles équi­pés d’un seul mi­cro et E230TD pour le mo­dèle à deux mi­cros. Son prix était alors de 314 dol­lars, aux­quels il conve­nait d’ajou­ter 50 dol­lars pour faire l’ac­qui­si­tion d’un étui à cinq lo­quets en tweed brun avec un in­té­rieur bleu fon­cé. Le corps était construit en érable ( et bou­leau) la­mi­né de cinq couches, avec un seul fi­let sur la table comme sur le dos. Le manche était construit un aca­jou d’une pièce ( on trouve des exem­plaires avec un manche en érable), avec un pro­fil très mince, une touche en pa­lis­sandre de Rio équi­pée de 22 frettes jum­bo. Les re­pères étaient de type dot, en pas­tille. Les pre­mières têtes étaient de pe­tite taille, mais as­sez large, avec le lo­go “Epi­phone” in­crus­té en nacre, sur la lar­geur, et lé­gè­re­ment en

La Ca­si­no coû­tait 364 dol­lars avec l’étui à sa sor­tie en 1961.

biais ( voir p. 33). Les mé­ca­niques équi­pant la tête étaient des Klu­son De­luxe à simple ligne avec des bou­tons de mé­tal ovales. Des mi­cros P90 avec des ca­pots en plas­tique noir, dit dog ear, qui étaient des simple bo­bi­nages en tous points si­mi­laires à ceux uti­li­sés sur la Gib­son 330, équi­paient la gui­tare. Ils la dis­tin­guaient en ce sens du mo­dèle 335, bien en­ten­du équi­pé de hum­bu­ckers. La plaque de pro­tec­tion était consti­tuée de plas­tique de trois couches blanches et noires, avec un lo­go “Ep­si­lon” en mé­tal in­crus­té dans la plaque. La gui­tare pré­sen­tait en outre quatre bou­tons de vo­lume et to­na­li­té et un sé­lec­teur trois

po­si­tions pour choi­sir les mi­cros, et si­tué, comme les bou­tons, sur le quar­tier in­fé­rieur de la gui­tare. Ces bou­tons étaient en forme de cloche ( ou de cha­peau !), de cou­leur noire, et cou­verts sur leur face su­pé­rieure d’une plaque mé­tal­lique. La gui­tare était éga­le­ment équi­pée d’un che­va­let ABR- 1 Tune- O- Ma­tic avec des pontets en mé­tal. Le tre­mo­lo mai­son Epi­phone ( bap­ti­sé “Tre­mo­tone” comme nous l’avons vu) était pa­ré à sa base d’un in­sert en pa­lis­sandre sur le­quel était in­crus­té un lo­go en Ep­si­lon mé­tal­lique.

Pre­miers chan­ge­ments

En 1963 la Ca­si­no connut ses pre­miers chan­ge­ments : la plaque de pro­tec­tion fut chan­gée pour une plaque blanche mul­ti­plis ( 3 couches), les P90 virent dis­pa­raître les ca­pots de plas­tique noir et ap­pa­raître avec des ca­pots mé­tal­liques en chrome, et des re­pères de touche en forme de pa­ral­lé­lo­grammes. En 1964, la tête large avec un pro­fil en livre ou­vert si­mi­laire à celle de Gib­son dis­pa­rut au pro­fit d’une tête dé­sor­mais plus ty­pique de la marque, plus élan­cée, avec une échan­crure plus pro­fonde au som­met de la tête. La gui­tare était alors dis­po­nible en fi­ni­tion sun­burst ( dite “Iced Tea”, une cou­leur qui rap­pelle le To­bac­co Sun­burst des an­nées 1920 chez Gib­son) ou en­core Royal Tan. On trouve néan­moins quelques cou­leurs plus rares, comme le Royal Olive ( voir p. 28), un vert dé­la­vé d’un ef­fet très dis­cu­table,

Seul Rin­go Starr ne jouait pas sur une Epi­phone Ca­si­no...

mais rare et re­cher­ché. Ce n’est qu’en 1967 que la fi­ni­tion ce­rise ( Cherry) si­mi­laire à celle fi­gu­rant sur les mo­dèles Gib­son 330 et 335 se­ra dis­po­nible en op­tion, tan­dis que les mo­dèles sans vi­bra­to virent ap­pa­raître le cor­dier Fre­quen­sa­tor asy­mé­trique ty­pique d’Epi­phone.

En­ter the Beatles

Vers la fin de 1964, Epi­phone frap­pa un grand coup en terme de re­la­tions pu­bliques et de pu­bli­ci­té, lorsque les Beatles firent l’ac­qui­si­tion de trois Ca­si­no, Rin­go Star étant le seul à ne pas se mouiller ! George Har­ri­son, John Len­non et Paul McCart­ney furent en re­vanche sé­duits par la Ca­si­no, la seule gui­tare à avoir été aus­si lar­ge­ment re­pré­sen­tée dans le chep­tel des Fab Fours. McCart­ney fut le pre­mier à être hap­pé par le mo­dèle. En 1990, dans une in­ter­view pour le ma­ga­zine Gui­tar Player, Il ex­pli­quait : « J’ai fait l’ac­qui­si­tion de ma pre­mière Epi­phone après avoir en­ten­du B. B. King, Eric Clap­ton et Ji­mi Hen­drix » . C’est lors d’une soi­rée chez John Mayall, qui lui fit dé­cou­vrir les mé­rites des gui­tares hol­low­bo­dy, que McCart­ney réa­li­sa qu’il dé­si­rait un ins­tru­ment de ce type. « J’ai donc été au pre­mier ma­ga­sin de mu­sique. J’ai dit au ven­deur que je vou­lais quelque chose qui fasse du feed­back. Il m’a dit que cette Epi­phone le fe­rait, car elle était se­mi- acous­tique. Il avait rai­son » . Il par­tit donc avec son Epi­phone Ca­si­no ES- 230TD à la fin de l’an­née 1964. La gui­tare avait une tête ty­pique des pre­miers mo­dèles, de style

Gib­son, plu­tôt que la tête ul­té­rieure. Des photos prises en dé­cembre 1964 lors des ré­pé­ti­tions des concerts de Noël au Ham­mers­mith Odeon en 1964 à Londres montrent que Paul joue sa nou­velle Epi­phone tou­jours mon­tée pour droi­tier. Sur une autre photo prise le même jour ( voir p. 32) on peut voir Har­ri­son et McCart­ney exa­mi­nant la gui­tare, se de­man­dant de toute évi­dence com­ment ils pour­ront mon­ter la gui­tare en gau­cher, ce que McCart­ney ne man­qua pas de faire quelques temps plus tard, en chan­geant bien en­ten­du le che­va­let. Il uti­li­sa la gui­tare très sou­vent avec les Beatles en stu­dio, en par­ti­cu­lier sur le mé­mo­rable so­lo de “Ticket to Ride”. Il pos­sède tou­jours la gui­tare dont il a dé­cla­ré ré­cem­ment que s’il ne de­vait gar­der qu’une seule élec­trique, c‘ est celle- ci qu’il choi­si­rait ( et Mac­ca pos­sède quelques beaux spe­ci­men, comme cette Les Paul Standard gau­cher de 1960 que nous avons évo­quée dans notre der­nier nu­mé­ro.) La Ca­si­no de McCart­ney por­tait le nu­mé­ro de série 84075, et fut en­voyée des usines le 1er no­vembre

1962. Les deux autres gui­ta­ristes du groupe ne tar­dèrent pas à le re­joindre. Au prin­temps 1966, du­rant les séances d’en­re­gis­tre­ment de l’al­bum Re­vol­ver, John Len­non et George Har­ri­son dé­ci­dèrent de fran­chir le pas et firent tous les deux l’ac­qui­si­tion d’une Ca­si­no. Les trois mo­dèles des Beatles étaient de cou­leur sun­burst, et celle de George était éga­le­ment équi­pée d’un vi­bra­to Big­sby, tan­dis que celle de Len­non était mu­nie d’un cor­dier en tra­pèze plus clas­sique. La Ca­si­no de Len­non se dis­tin­guait éga­le­ment par le fait qu’elle pré­sen­tait une bague noire au­tour du switch de sé­lec­teur de mi­cros. Con­trai­re­ment à celle de Paul, les deux Ca­si­no ac­quises par la suite ar­bo­raient la tête Epi­phone clas­sique, toute en fi­nesse, et étaient équi­pées de bou­tons de vo­lume et de to­na­li­té do­rés. Ces deux Ca­si­no firent leur bap­tême scé­nique lors de l’ap­pa­ri­tion des Beatles à l’émis­sion de té­lé­vi­sion bri­tan­nique po­pu­laire Top of the Pops le 16 juin 1966. Peu de temps après, le groupe par­tit en tour­née en Al­le­magne, au Ja­pon, et aux USA, et Len­non et Ha­ri­son choi­sirent d’em­me­ner leurs Ca­si­no comme ins­tru­ments prin­ci­paux. De toutes les gui­tares que les Beatles ont uti­li­sées, la Ca­si­no est la seule à avoir fait l’una­ni­mi­té entre John, Paul et George, même si John fut pro­ba­ble­ment ce­lui qui a le plus uti­li­sé le mo­dèle et qui lui a voué une fi­dé­li­té sans faille sur la lon­gueur. En 1967 les Beatles dé­bu­tèrent les séances qui al­laient don­ner lieu à l’al­bum clas­sique Sgt Pep­per’s Lo­ne­ly Hearts Club Band. Les trois Ca­si­no furent mises à contri­bu­tion tout au long des en­re­gis­tre­ments. Du­rant ces séances Len­non com­men­ça à bom­ber de la pein­ture sur le dos et le manche de sa gui­tare. Lorsque le groupe par­tit pour son odys­sée ba­ba co­ol en Inde afin d’étu­dier la mé­di­ta­tion trans­cen­den­tale avec le Ma­ha­ri­shi, le chan­teur Do­no­van par­vint à les convaincre que le ver­nis de la gui­tare em­pê­chait cette der­nière de vi­brer. Len­non et Har­ri­son re­ti­rèrent alors le ver­nis pro­tec­teur de leur gui­tare à coup de pa­pier de verre. Har­ri­son ex­pli­qua doc­te­ment quelques temps plus tard, qu’après avoir re­ti­ré cette couche in­hi­bi­trice, les gui­tares de­ve­naient bien meilleures. « C’est le cas sur beau­coup de gui­tares. Si vous re­ti­rez le ver­nis et ex­po­sez le bois nu, la gui­tare res­pire… » Les lu­thiers ap­pré­cie­ront ! Après la fin des Beatles, Paul, John et George conti­nuèrent à uti­li­ser leur Ca­si­no sur nom-

Les trois Ca­si­no furent uti­li­sées sur les séances de Sgt Pep­per...

bre de pro­jets. Au­jourd’hui l’Epi­phone Ca­si­no de Len­non, qu’il joua lors du fa­meux roof­top concert le 30 jan­vier 1969 ( voir photo p. 24) à une époque ou Epi­phone se pré­pa­rait à in­ter­rompre la ligne d’ins­tru­ments, est entre les mains de la Len­non Es­tate et a été ex­po­sée au John Len­non Mu­seum au Ja­pon.

Ca­si­no dé­lo­ca­lise

Les Beatles ont cer­tai­ne­ment eu une in­ci­dence sur la courbe de vente d’Epi­phone, mais cette in­fluence ne suf­fit pas à mettre la com­pa­gnie sur les bons rails. Au cours des an­nées 1960, 6 700 exem­plaires du mo­dèle furent ven­dus. Deux fois plus que n’im­porte quel autre mo­dèle chez Epi­phone. Mais ce n’était pas as­sez pour conser­ver la ligne qui dis­pa­rut en 1969. Mais l’ins­tru­ment était en­tré dans l’his­toire. En plus des Beatles, des mu­si­ciens du ca­libre de Carl Wil­son des Beach Boys, Paul Wel­ler de Jam, The Edge de U2 et Noel Gal­la­gher d’Oa­sis ont joué sur des Epi­phone Ca­si­no. Après l’in­ter­rup­tion de la pro­duc­tion aux Etats- Unis, la

Les Epi­phone furent construite au Ja­pon, en Co­rée, puis en Chine.

construc­tion du mo­dèle Ca­si­no fut dé­lo­ca­li­sée au Ja­pon, à Mat­su­mo­ku, d’abord pour le marché in­té­rieur nip­pon puis, à par­tir de 1980, pour le marché mon­dial. La mode était au retour des mo­dèles vin­tage, et une série d’ins­tru- ments de belle fac­ture furent en­suite réa­li­sés à l’usine de la com­pa­gnie Ter­ra­da : l’Em­pe­ror, qui reste le sym­bole de la qua­li­té d’Epi­phone, mais éga­le­ment la She­ra­ton, la Ri­vie­ra et bien sûr la Ca­si­no qui était alors ven­due près de 600 dol­lars, une somme non né­gli­geable qui la pla­çait alors dans le mi­lieu de gamme. En 1996 la Ca­si­no fit son retour aux USA puisque le mo­dèle fut briè­ve­ment construit dans l’usine de Nashville. Au fil des an­nées on vit ap­pa­raitre des mo­dèles construits au Ja­pon, en Co­rée ( jus­qu’en 2007) puis en Chine, avec des ca­rac­té­ris­tiques di­verses, mais tou­jours ce pro­fil simple, élé­gant et par­fai­te­ment re­con­nais­sable. Di­vers Reis­sue ap­pa­rurent, con­cer­nant les gui­tares de Len­non ou de Har­ri­son, avec toutes leurs qua­li­tés.

Un mo­dèle Ca­si­no da­té de 1968. On no­te­ra la fi­ni­tion ce­rise ( Cherry), pro­po­sée de­puis peu, le cor­dier Fre­quen­sa­tor, cou­rant sur les mo­dèles Epi­phone, et les deux mi­cros P90 cou­verts d’un ca­pot chro­mé. ( Photo : Dave Mat­chette)

Un bel exem­plaire “Royal Tan” de 1961, avec le vi­bra­to Tre­mo­tone, deux mi­cros P90 avec ca­pots noirs et une plaque mul­ti­plis sans le lo­go en “Ep­si­lon” ( Photo : X)

Comme les gui­tares haut de gamme de Gib­son, le manche de la Ca­si­no est col­lé, et li­bère deux pans cou­pés très ac­ces­sibles ( Photo : Dave Mat­chette)

George Har­ri­son vient de re­cep­tion­ner sa belle Ca­si­no de 1966 avec des mi­cros chro­més et un vi­bra­to Big­sby d’usine ( Photo : DR)

Une fi­ni­tion “Royal Olive”, rare et osée, qui à tra­vers sa teinte trans­lu­cide, per­met d’ap­pré­cier la veine de l’érable sur ce mo­dèle de 1961. ( Photo : X)

John Len­non s’amuse sur sa Ca­si­no qui n’a pas en­core été re­ver­nie ( Photo : DR)

Un mo­dèle de 1963 équi­pé de mi­cros P90 à ca­pot noir et d’un vi­bra­to Big­sby, comme celle de George Har­ri­son. ( Photo : X)

Les Beatles en 1966 avec deux Ca­si­no flam­bant neuve. McCart­ney, au centre, a dé­lais­sé la sienne pour sa fi­dèle Hof­ner 4- cordes ( Photo : DR)

Le sé­lec­teur et les bou­tons de vo­lume et to­na­li­té en « cha­peau » ty­piques de Gib­son. ( Photo : Dave Mat­chette)

Trois at­taches dif­fé­rentes : le vi­bra­to avec un axe pro­gres­sif, pro­po­sé par Epi­phone à par­tir de 1962, le cor­dier en tra­pèze clas­sique, ou le cor­dier ty­pique d’Epi­phone, dit “Fre­quen­sa­tor”, sur un mo­dèle de 1967 ( Photos : Dave Mat­chette)

Un mo­dèle de 1968 avec des P90 équi­pés de ca­pots chro­més et un cor­dier Fre­quen­sa­tor. On no­te­ra les re­pères en pa­ral­lé­lo­grammes, ap­pa­rus en 1964. ( Photo : Dave Mat­chette )

George et Paul exa­minent la Ca­si­no que Paul vient de re­ce­voir dans les cou­lisses du Ham­mers­mith Odeon en dé­cembre 1964 ( Photo : DR)

Le pro­fil des têtes fut sen­si­ble­ment mo­di­fié entre ce pre­mier mo­dèle à droite, da­té de 1962 et ce­lui de droite, ut­lé­rieur, au des­sin plus fin et plus pro­fi­lé. ( Photos : X)

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