Grou­cho et ses L- 5

Vintage Guitare - - HISTOIRE -

Con­trai­re­ment à ses frères Chi­co et Har­po, ins­tru­men­tistes pro­lixes, Grou­cho Marx fut un gui­ta­riste as­si­du mais dis­cret. On dit qu’il pra­ti­quait l’ins­tru­ment jus­qu’à trois heures par jour, au grand dam de sa femme qui lui di­sait : « Pour­quoi ne te re­mets- tu pas à jouer d’oreille, tu étais bien meilleur quand tu ne sa­vais pas ce que tu fai­sais... » Pas dé­cou­ra­gé pour au­tant, Grou­cho avait in­ves­ti dans deux ma­gni­fiques L- 5 aux­quelles il te­nait comme à la pru­nelle de ses yeux. En ama­teur éclai­ré, il vé­né­rait le gui­ta­riste clas­sique Andres Sé­go­via qu'il in­vi­ta un soir à dî­ner après un concert de ce der­nier à Los An­geles. Sé­go­via se fit pro­mettre qu’on ne le for­ce­rait pas à jouer de gui­tare. Mais, le dî­ner conclu, Grou­cho pria Sé­go­via de l’ac­com­pa­gner sur un pré­lude de Rach­ma­ni­noff. Sé­go­via, fu­rieux de s’être fait abu­ser, pré­tex­ta du pro­fil in­ha­bi­tuel et des cordes acier des L- 5 pour échap­per à l’au­di­tion for­cée ! Grou­cho gui­ta­riste fit un clin d’oeil dis­cret dans le cé­lé­bris­sime Mon­key Bu­si­ness en 1931 mais son ap­pa­ri­tion la plus connue à la gui­tare fi­gure dans le film Horse Fea­ther ( 1932). Grou­cho y ap­pa­raît dans une barque, sé­ré­na­dant sa par­te­naire avec une ma­gni­fique L- 5 de la fin des an­nées 20, s’ac­com­pa­gnant aux doigts dans un style à la fois épu­ré et fi­ne­ment har­mo­ni­sé. Sa sé­ré­nade conclue, il ex­pé­die, dans un geste ab­surde ty­pi­que­ment mar­xiste, la gui­tare dans les eaux stag­nantes qui l’en­tourent. Mais un ar­rêt sur image cor­rec­te­ment ef­fec­tué per­met de vé­ri­fier que la L- 5 ché­rie fut en fait épar­gnée, et qu’après un plan de coupe bien­ve­nu, la pré­cieuse Gib­son fut échan­gée pour une planche de pro­fil si­mi­laire mais dont un oeil exer­cé peut aper­ce­voir la ro­sace en lieu et place des ouïes, quelques mil­li­se­condes avant la mise à la baille fa­tale. Ch. S.

Au mo­ment de je­ter la gui­tare à l’eau comme le pré­voit le scé­na­rio, la L- 5 est dis­crè­te­ment échan­gée pour une gui­tare de moindre fac­ture qui fi­ni­ra dans la ri­vière ( Photo : DR)

Grou­cho chante « Eve­ryone Says I Love You » , une de ses deux L- 5 en main. La chan­son don­ne­ra son titre à un film de Woo­dy Al­len bien des an­nées plus tard ( Photo : DR)

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