Res­tau­ra­tion : Lap Steel Gib­son

Vintage Guitare - - LA UNE -

Le gui­ta­riste coun­try Ju­nior Brown a connu un cer­tain suc­cès ces der­nières an­nées en jouant sur une double- manche so­lid­bo­dy au pro­fil très par­ti­cu­lier : un manche étant une lap- steel, et l’autre une gui­tare au manche rond clas­sique, une “spa­nish gui­tar” comme on les dé­nom­mait dans les an­nées 30 pour jus­te­ment les dis­tin­guer des lap- steel alors très en vogue. Une par­tie du suc­cès de Ju­nior Brown est liée à la sin­gu­la­ri­té de l’ins­tru­ment qu’il pra­tique, et pour­tant le concept n’a rien d’ori­gi­nal puisque Gib­son pro­dui­sit dans les an­nées 30 ce mo­dèle unique, une lap- steel dou­blée d’un manche “Spa­nish” et équi­pée de deux mi­cros Char­lie Ch­ris­tian. Cette gui­tare fut jouée pen­dant des an­nées par un mu­si­cien belge, puis, après di­verses pé­ré­gri­na­tions, at­ter­rit chez Be­noit De­broize, pa­tron de Vin­tage Gui­tars à Rennes. Comme une des touches avait été sec­tion­née pour dé­lo­ca­li­ser le mi­cro, il choi­sit de confier cet ins­tru­ment à notre ami Franck Che­val, qui nous dé­taille ici la deuxième par­tie de sa res­tau­ra­tion. Un tra­vail d’ex­cep­tion pour un ins­tru­ment d’ex­cep­tion. Pour plus d’in­for­ma­tion sur le su­jet, Franck re­com­mande la lec­ture du livre d’A. R. Du­chos­soir : Gib­son

Elec­tric Steel Gui­tars. 1935- 1967. Hal Leo­nard.

Une des grandes dif­fi­cul­tés dans ce tra­vail de res­tau­ra­tion reste les re­touches de ver­nis, par­fois vé­ri­table casse- tête pour le lu­thier. La cou­leur se trans­forme sous l’ef­fet du temps et des UV, le jaune ti­rant par­fois dans des re­flets verts, des bruns fon­cés de­ve­nant brun ce­rise… Il y a aus­si la nuance de la re­touche qu’il faut an­ti­ci­per car elle change d’in­ten­si­té à l’ap­pli­ca­tion du ver­nis. Au cas par cas, cer­taines cou­leurs de­vront être mon­tées par suc­ces­sion de fines couches et d’autres de­vront être ob­te­nues du pre­mier coup. Le plus dif­fi­cile reste les re­touches au mi­lieu d’un sun­burst, opé­ra­tion in­ter­di­sant tout mas­quage et fon­çant in­évi­ta­ble­ment en pé­ri­phé­rie le ver­nis d’ori­gine. Dans un pre­mier temps, le rac­cord ici a été des plus sa­tis­fai­sant, l’ex­pé­rience per­met­tant de re­trou­ver les bonnes nuances. L’ap­pli­ca­tion du ver­nis in­co­lore s’est fait sans pro­blèmes de si­li­cone ou autre bul­lage mais mal­heu­reu­se­ment, les en­nuis ar­ri­vèrent au po­lis­sage. Par sou­ci de dis­cré­tion, la couche de ver­nis vo­lon­tai­re­ment ul­tra fine s’est per­cée au mo­ment de la fi­ni­tion em­bar­quant la re­touche de cou­leur. Ce pre­mier rac­cord a été comme « brû­lé » , pro­vo­quant une ligne fron­tière entre l’an­cien et le nou­veau ver­nis. Il n’y avait à ce stade plus grand- chose à faire si­non de tout re­char­ger en fon­çant l’en­semble pour mas­quer cette dis­gra­cieuse ci­ca­trice. Cette fi­ni­tion a été plus que dé­ce­vante mal­gré la pru­dence et la bonne mé­thode ap­pli­quées sur un ins­tru­ment d’une telle va­leur.

27 - Voi­là l’ins­tru­ment prêt à re­par­tir en ser­vice. Il a re­trou­vé un as­pect plus proche de son ori­gine mal­gré les ci­ca­trices in­évi­tables pro­vo­quées par cette opé­ra­tion.

28 - Le dos montre un ins­tru­ment en bon état qui, en de­hors de ce dé­pla­ce­ment dra­ma­tique de mi­cro, n’a pas su­bi de mau­vais trai­te­ment.

25 - Même si on ne le voit pas, on re­touche la greffe pour ob­te­nir cette cou­leur brun- noire qui re­couvre l’in­té­rieur. Une fois cette sous­couche pas­sée, on ra­joute du noir pour ob­te­nir la bonne nuance.

26 - Toutes les pièces sont re­mon­tées, une étape qui marque la fin de l’his­toire!

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