SHEI­LA HICKS, SUR UN FIL…

L ES OEUVRES TEX­TILES, AUX VIBRATIONS CO­LO­RÉES, DE SHEI­LA HICKS PRENNENT PLACE AU CENTRE POM­PI­DOU L E TEMPS D’UNE RÉ­TROS­PEC­TIVE. VOI­LÀ UNE AR­TISTE À L A FIBRE SEN­SIBLE.

Vivre Côté Paris - - Instants D' Arts - PAR Lau­rence Mouille­fa­rine

Sa pa­lette ? Des fils de laine, de soie, de lin, de co­ton… Shei­la Hicks s’ex­prime avec des fibres tex­tiles qu’elle noue, qu’elle tresse, qu’elle tisse. Et ce, avec la même pas­sion dé­ter­mi­née de­puis cinq dé­cen­nies. À la fin des an­nées 1950, elle se forme à la pein­ture à l’Uni­ver­si­té de Yale aux États Unis que di­rige Jo­sef Al­bers, théo­ri­cien de la cou­leur ve­nu de l’école du Bau­haus. Lors d’un cours d’his­toire de l’art, Shei­la dé­couvre la sub­ti­li­té des tis­sus pré­co­lom­biens. Elle est fas­ci­née. Forte d’une bourse, elle part étu­dier les cultures an­ciennes au Chi­li, voyage seule à tra­vers l’Amé­rique la­tine, ha­bite un ranch au Mexique, avant de s’ins­tal­ler à Pa­ris en 1964. L’oeil bleu vif, la che­ve­lure cou­leur de neige, un doux sou­rire, 83 ans, elle a gar­dé son pe­tit ac­cent amé­ri­cain, et son éner­gie ad­mi­rable. Ses pre­miers tis­sages dé­cli­naient des mo­tifs abs­traits dans de pe­tits for­mats, ses « mi­nimes » comme elle les ap­pelle. Qu’on ne se mé­prenne pas, il ne s’agit pas de ta­pis­se­rie, en­core moins d’ar­ti­sa­nat. Shei­la Hicks était l’une des pion­nières à im­po­ser l’art textile dans des mu­sées. Au fil du temps, ses créa­tions prennent de l’am­pleur. Elle ha­bille les murs de bas-re­liefs, mé­daillons tres­sés dont la ma­tière soyeuse ou lai­neuse ap­portent lu­mière et cha­leur. De ses lianes qui tombent du pla­fond, de ses ac­cu­mu­la­tions de bal­lots de laine fi­ce­lés mul­ti­co­lores, elle oc­cupe l’es­pace. Au sein d’un ate­lier in­so­lite, cour de Ro­han, dans le Quar­tier la­tin his­to­rique, l’ar­tiste s’ac­tive comme ja­mais. Après avoir ex­po­sé en Co­rée, à Syd­ney, au Ja­pon, elle est, en­fin mise à l’hon­neur dans sa ville d’adop­tion : Pa­ris. Ré­cem­ment, Shei­la Hicks a in­ves­ti le Pa­lais de To­kyo, ima­gi­né une ins­tal­la­tion pour l’en­trée du mu­sée d’Art mo­derne (pré­sen­tée jus­qu’au 1er juin), égayé de ses en­tre­lacs jaunes, verts, tur­quoise, les buis taillés du mu­sée Car­na­va­let. Elle a éga­le­ment par­ti­ci­pé au « Voyage d’hi­ver » du châ­teau de Ver­sailles où des plas­ti­ciens contem­po­rains étaient in­vi­tés à ani­mer les bos­quets du parc. Et voi­là notre Shei­la ac­cueillie à Beau­bourg pour une ré­tros­pec­tive. Elle rayonne. « Shei­la Hicks, lignes de vie », du 7 fé­vrier au 30 avril.

CENTRE POM­PI­DOU

Place Georges-Pom­pi­dou, 75004. Tél. 01 44 78 12 33. cen­tre­pom­pi­dou.fr

1. Shei­la Hicks, Amé­ri­caine, vit à Pa­ris de­puis cinq dé­cen­nies. Ses cas­cades de cordes tombent du pla­fond pour dé­ployer leurs cou­leurs dans l’es­pace. 2. Des tiges, des boules, en­ve­lop­pées de fils de co­ton, de lin, de fibres syn­thé­tiques, tels des fa­gots, forment de douces sculp­tures. 3, 4. Vues de la ga­le­rie Frank El­baz dans le Ma­rais, lors de la der­nière ex­po­si­tion de l’ar­tiste en 2016, la­quelle était in­ti­tu­lée « Si j’étais de la laine, vous m’ac­cep­te­riez ? » 1. 2. 3. 4.

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