CA­BINES D’AR­TISTES

Vivre Côté Paris - - Le Sommaire - PAR Vir­gi­nie Ber­trand

Comment Mo­li­tor et ses pis­cines sont à la fois mo­nu­ment his­to­rique et temple de l’art ur­bain.

COMMENT ÊTRE À LA FOIS MO­NU­MENT HIS­TO­RIQUE CLAS­SÉ ET TEMPLE DE L’ART UR­BAIN ? MO­LI­TOR ET SES PIS­CINES, DANS LEUR VER­SION RES­TAU­RÉE À L’IDEN­TIQUE, BRASSENT LEUR HISTOIRE AU PRÉ­SENT.

Sur la vague ! Mo­li­tor surfe sur l’air du temps, au vent de l’époque. Amar­rée à la pointe sud du 16e ar­ron­dis­se­ment, l’im­po­sante construc­tion Art dé­co si­gnée de l’ar­chi­tecte Lu­cien Pol­let af­fiche des al­lures de pa­que­bot. Du­rant plus de soixante ans, les deux bas­sins de 46 et 33 mètres, la cen­taine de ca­bines et les ter­rasses re­pré­sen­te­ront une des adresses les plus gla­mour de Pa­ris. En 1930, on plonge avec Tar­zan, John­ny Weiss­mul­ler, mé­daillé olym­pique et ac­teur. En 1940, le pre­mier bi­ki­ni fait scan­dale et, chaque an­née, les fêtes se suc­cèdent comme les concours de beau­té. En 1989, vé­tuste, les fi­nances tou­chant le fond, la vieille dame ferme ses portes. Mais pas pour tout le monde. Bâ­ti­ment dé­jà lé­gen­daire, il est in­ves­ti par les « graf­feurs » et les « tag­gers ». Au fond du bas­sin d’hi­ver, « Gou­zou » – per­son­nage em­blé­ma­tique sans yeux, sans bouche et sans oreilles de l’ar­tiste Jace – semble faire la planche. Il est re­joint par des mil­liers d’êtres po­ly­morphes, de tags, de graf­fi­ti. La plus grande rave par­ty in­tra-mu­ros de 2001 clôt presque un siècle de fête. Ré­ha­bi­li­tée en sau­ve­gar­dant les élé­ments ar­chi­tec­tu­raux Art dé­co, vi­traux, mou­lures, mo­saïques, garde-corps et le fa­meux duo jaune et bleu tam­bour, elle inau­gure ses deux nou­velles pis­cines été et hi­ver, agré­men­tées d’un Spa, et ju­me­lées à un hô­tel 5 étoiles. Sans ou­blier d’in­vi­ter les ar­tistes des an­nées « un­der­ground ». Les 90 ca­bines sont à nou­veau in­ves­ties par la bande his­to­rique Ka­shink, Oreo, Mon­sieur Chat, Les Francs Col­leurs du col­lec­tif 9ème Concept, Jace, Psy­chose, Ho­pare, Tho­mas Mai­nar­di ins­cri­vant « Mo­li­tor un éter­nel re­birth » ou en­core Kou­ka pei­gnant une vierge. « Pour un graf­feur, c’était un lieu sa­cré » , pré­cise-t-il. Sous l’im­pul­sion de Syl­via Ran­daz­zo, di­rec­trice ar­tis­tique de Mo­li­tor, des ar­tistes du monde en­tier ré­sident pour quelques jours, le temps d’in­ves­tir une ca­bine. Ma­de­moi­selle Mau­rice et ses ori­ga­mis si iden­ti­fiables, Théo Lo­pez et ses abs­trac­tions sa­tu­rées, co­lo­rées, Dire et sa femme ta­touée, Bal­der et ses por­traits énig­ma­tiques ou Does, à la no­to­rié­té in­ter­na­tio­nale, et ses love let­ters... « Le concept du pro­jet est de mixer les deux vies de Mo­li­tor, les Arts dé­co­ra­tifs des an­nées 30 et l’un­der­ground des an­nées 80. J’ai donc, au dé­part, pro­po­sé aux ar­tistes qui étaient dé­jà in­ter­ve­nus, puis j’en ai sol­li­ci­té des nou­veaux, dé­cou­verts dans des ga­le­ries, des ex­po­si­tions, sur Ins­ta­gram, dans Pa­ris, sur les murs, par­tout. L’ob­jec­tif est de faire trai­ter toutes les ca­bines pour l’été. » Quand on vous di­sait que c’était un lieu de plai­sir ! Presque pour tous… lors des Jour­nées du pa­tri­moine, de Pa­ris Face ca­chée ou d’une nuit à l’hô­tel.

Page de gauche, l’une des 78 ca­bines en­tou­rant le bas­sin d’hi­ver, in­ves­ties par les street-ar­tistes de tous ho­ri­zons. Ici, des­sin de la femme, per­son­nage ré­cur­rent de l’ar­tiste ur­bain Dire. 1, 2. « La femme mé­tisse » de l’ar­tiste Bal­der, « puzzle » d’élé­ments col­lés, des­si­nés, de mots, comme des mor­ceaux de vie mis en 3. exergue. 3. Gros plan ex­trait de la fresque de l’ar­tiste Does. 4. Tou­jours my­thique, le bas­sin d’hi­ver de la pis­cine Mo­li­tor, fi­dèle re­flet de ce­lui d’ori­gine. 2. 3. 1. 4.

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