LA SAI­SON DU CA­NAL

Les week-ends du 7 juillet au 26 août, l’Été du Ca­nal bat son plein ! Du bas­sin de La Villette, des na­vettes flu­viales vous em­mè­ne­ront flâ­ner, rê­ver, jouer, dan­ser au fil de l’Ourcq. D’ici-là, voi­ci quelques re­pères pour mu­sar­der ma­lin le long de ce par­co

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L’Été du Ca­nal pro­pose ba­lades es­ti­vales et ren­contres au fil de l’Ourcq.

temps N°1 DU CÔ­TÉ DE LA VILLETTE

Né dans le sillage de Pa­ris Plages, l’Été du Ca­nal souffle ses onze bou­gies et cher­che­ra cette an­née en­core à vous faire bas­cu­ler de l’autre cô­té du mi­roir, le mi­roir d’eau que forment le ca­nal de l’Ourcq et le bas­sin de La Villette. De­puis ses dé­buts, ce der­nier mène une double vie. D’un cô­té, ex-plaque tour­nante du tra­fic flu­vial pa­ri­sien et pla­te­forme de sto­ckage des den­rées agri­coles, il aligne les grands en­tre­pôts du XIXe siècle, les bâ­ti­ments des ca­naux ou des im­pôts qui s’in­ventent au­jourd’hui une nou­velle vie sous forme de ci­né­mas (MK2), salon de thé co­sy-bo­hème (Le Pa­villon des Ca­naux), res­tau­rant (La Ro­tonde), bras­se­rie ar­ti­sa­nale (Paname Bre­wing Com­pa­ny) ou in­cu­ba­teur de l’éco­no­mie so­ciale et so­li­daire (Les Ca­naux). De l’autre, il y a l’en­vie de va­cances, d’in­sou­ciance qu’ins­pire ce grand plan d’eau, dont pê­cheurs à la ligne et ca­no­tiers se sont em­pa­rés dès le jour de son inau­gu­ra­tion (par Bo­na­parte), et dont Pa­ris Plages, deux siècles plus tard, prolonge l’histoire. Avec tran­sats, pa­ra­sols, par­ties de mölk­ky (la pé­tanque fin­lan­daise, moins ris­quée) entre amis et, ce­rise sur le plan d’eau, bai­gnade en plein Pa­ris ! Pour 1 € (2 € le di­manche !) vont et viennent les na­vettes flu­viales de l’Été du Ca­nal, à bord des­quelles il faut em­bar­quer pour chan­ger de re­gard, de pers­pec­tive sur le ru­ban bleu­té du ca­nal de l’Ourcq.

Sans se prendre pour In­dia­na Jones, il y a quelque chose du ri­tuel ini­tia­tique à pas­ser entre les grands en­tre­pôts ju­meaux du quai de Loire et leur clone contem­po­rain du quai de Seine, fi­ce­lé dans un bol­duc mé­tal­lique par l’agence Chaix & Mo­rel, puis à fran­chir le pont mo­bile de Cri­mée, « la » porte d’en­trée du ca­nal. Ini­tia­tiques aus­si, to­té­miques même, les masques du graf­feur dAcRuZ nous suivent de leurs grands yeux. Avec lui, le moindre lo­cal tech­nique prend des airs de temple de Mé­soa­mé­rique et, les 9 et 10 juin, pour le fes­ti­val Ourcq Li­ving Co­lors, lui et des graf­feurs du monde en­tier, in­vi­tés par l’as­so­cia­tion Cultures Pas Sages, conti­nue­ront à trans­for­mer les rues du XIXe ar­ron­dis­se­ment proches du ca­nal en street art ga­le­rie. Pas­sée l’écluse du pont de Flandres, à la ren­contre du ca­nal de Saint-De­nis, le ba­teau glisse le long des pe­louses du parc de La Villette, des Jar­dins pas­sa­gers où Cé­line Sal­lette (et quelques autres) viennent re­gar­der pous­ser les fraises et des Fo­lies rouge élec­trique de Ber­nard Tschu­mi.

La Fo­lie des Mer­veilles (L5) abrite le Villette Ma­kerz, un la­bo col­la­bo­ra­tif de con­cep­tion/fa­bri­ca­tion. L’été, quand ils ne sont pas oc­cu­pés à dé­cou­per des bi­dules in­no­vants au la­ser, les Ma­kerz ouvrent une ter­rasse au bord de l’eau pour mettre en avant la scène cu­li­naire lo­cale, avec frich­tis en bar­quette et dé­gus­ta­tion de vin sur les chi­liennes au so­leil. Au pas­sage de notre ba­teau de croi­sière électro, les gens lèvent la tête, leur verre et bougent en rythme… Ça ba­lance pas mal à Pa­ris, l’été. Et si la Phil­har­mo­nie est sur­tout le temple de la mu­sique en hi­ver, – « un rai de so­leil dans les nuages gris, la pluie » , dixit Jean Nou­vel –, elle prend du re­lief l’été, puisque l’ar­chi­tecte l’a ima­gi­née comme la troi­sième col­line de Pa­ris, avec les Buttes-Chaumont et Mont­martre, et qu’un sen­tier en la­cets grimpe au som­met. Il longe les pa­rois grises ac­ci­den­tées cou­vertes de tôles d’alu­mi­nium, mais lé­gères, car ha­billées de 265 000 oi­seaux des­si­nés à la Escher qui jouent avec la lu­mière. C’est beau de loin. De près, les gens sont hyp­no­ti­sés. Et contemplent lon­gue­ment la vue à 360° qui ef­face le pé­riph’ et em­brasse le parc, Pa­ris et la Seine-Saint-De­nis.

temps N°2 UN TOUR À PAN­TIN

Quand le ba­teau passe sous le pont du pé­ri­phé­rique, le DJ monte le son ! Et toute une ga­laxie d’étoiles en verre bleu­té s’illu­mine : c’est une ins­tal­la­tion in­ti­tu­lée De pas­sage et si­gnée Les Arts Co­dés, col­lec­tif d’ar­tistes nu­mé­riques pan­ti­nois, avec le de­si­gner Malte Mar­tin. Les Grands Mou­lins de Pan­tin sont main­te­nant à por­tée de main. L’ac­ti­vi­té s’est mo­di­fiée en 2001, c’est la fi­liale Titres de BNP-Pa­ri­bas (3 005 em­ployés et consul­tants) qui s’y est ins­tal­lée. En charge du grand écart ar­chi­tec­tu­ral, Ber­nard Rei­chen a veillé à gar­der quelques sou­ve­nirs mi­no­tiers

du temps où tout le quar­tier était le « gre­nier à blé » de Pa­ris. Autre pro­duit de pre­mière né­ces­si­té, l’eau po­table, dont Pa­ris man­quait cruel­le­ment, et qui pous­sa Na­po­léon Ier à creu­ser le ca­nal re­liant l a ri­vière Ourcq au bas­sin de La Villette. Au­jourd’hui, il reste une ar­tère vi­tale pour ob­ser­ver entre ville et cam­pagne, in­dus­trie et loi­sirs, les spec­ta­cu­laires mu­ta­tions de la Seine- Saint- De­nis au fil des dix der­nières an­nées. Des es­paces im­menses se vident, changent to­ta­le­ment d’af­fec­ta­tion. D’autres sortent de terre. Et au mi­lieu coule une ri­vière (ca­na­li­sée) ! On longe feu la Com­pa­gnie gé­né­rale des om­ni­bus, avec les che­vaux de la­quelle le vé­té­ri­naire Gas­ton Rous­sel (oui, de Rous­sel-Uclaf) mit au point ses pre­miers sé­rums, l’an­cienne usine Pou­chard où l’on a éti­ré des tubes d’acier pen­dant soixante ans sous d’im­menses halles de briques et de mé­tal, plus loin, à Noi­sy-le-Sec, l’ex-Comp­toir Lyon-Ale­mand, qui trans­for- mait les mé­taux pré­cieux pour l’élec­tro­nique ou l’aé­ro­nau­tique et dont les « Pré­cieux mé­tal­los » ont fait l’ob­jet d’une belle ex­po pho­to sur le mur d’en­ceinte de l’usine cô­té ca­nal. Des sites qui se­ront pour l’es­sen­tiel les nou­veaux quar­tiers du­rables de 2020. Le ca­nal de l’Ourcq longe aus­si des pé­pites ar­tis­tiques, des en­seignes pres­ti­gieuses, dont on ne soup­çonne pas tou­jours l’histoire ni la pré­sence dans ce Brook­lyn pa­ri­sien qu’est Pan­tin, mais qui sont dé­sor­mais réunies au sein du très chic Ci­ty Guide Vuit­ton Pa­ris Pan­tin, ou du très hype Guide des Grands Pa­ri­siens édi­té par En­large Your Pa­ris et les Ma­ga­sins Gé­né­raux. Au com­men­ce­ment (1992), il y eut Her­mès, 1, rue des Ate­liers, une adresse faite sur me­sure, comme la rue d’ailleurs ! Jean-Louis Du­mas avait pro­cé­dé par la base et de­man­dé à ses ar­ti­sans du 24, fau­bourg Saint-Ho­no­ré, de­ve­nu trop étroit, dans quel coin de Pa­ris ils s’ins­tal­le­raient le plus vo­lon­tiers. Le Nord-Est pa­ri-

sien avait émer­gé de cette en­quête. Res­tait à trou­ver un ter­rain adap­té, ce qui fut fait, à Pan­tin. Au­jourd’hui, c’est tout un îlot ur­bain de bâ­ti­ments sé­pa­rés par les jar­dins des­si­nés par Louis Be­nech. Grâce à lui, le staff d’Her­mès Par­fums vient res­pi­rer d’autres odeurs de fleurs par­mi les hy­dran­géas, les né­fliers, pal­miers et ba­na­niers d’un jar­din tro­pi­cal, où les ar­ti­sans ma­ro­qui­niers aus­si font une pause entre deux sacs. Ils of­fi­cient dans la grande py­ra­mide à gra­dins de l’agence RDAI Ar­chi­tec­ture, dont la fa­çade de verre à 45° inonde de lu­mière cha­cun de leurs gestes. Un jar­din ja­po­nais, une prai­rie de gra­mi­nées conduisent à la Ci­té des mé­tiers. Équerre d’ar­gent 2014 et tou­jours si­gnée RDAI Ar­chi­tec­ture, elle in­clut de nou­veaux ate­liers, des bu­reaux et res­tau­rants, une crèche et une salle de sport. Le pro­gramme de 26 000 m2 est à la fois lu­mi­neux, poé­tique et apai­sant de­dans, dis­cret de­hors, où les codes mo­destes des fa­çades du quar­tier sont ré­in­ter­pré­tés avec sub­ti­li­té. De la bri­quette, oui, mais mou­lée à la main, cou­leur mar­ron gla­cé, mate ou ver­nis­sée. De toute beau­té ! En 1998, c’est pour un franc sym­bo­lique que la ville de Pan­tin s’est dé­bar­ras­sée de sa Ci­té ad­mi­nis­tra­tive, ima­gi­née en forme de pa­que­bot néo-bru­ta­liste par Jacques Ka­lisz en 1972, au pro­fit du Centre na­tio­nal de la danse ( CND). Un grand es­ca­lier mul­ti­co­lore à double ré­vo­lu­tion s’élève dans cette ruche d’ate­liers, salles de spec­tacle, mé­dia­thèque (20 000 ouvrages et ar­chives sur la danse) et es­paces de co­wor­king ou­verts à tous. Dé­mo­cra­ti­ser la danse, c’est le cre­do de Ma­thilde Mon­nier, à la tête du CND de­puis 2014, qui mul­ti­plie les work­shops en tous genres, les ex­po­si­tions, les spec­tacles et les soi­rées sous haute ten­sion avec DJ et pro­jec­tions d’images sur le bé­ton. Au mur, une af­fiche dit : « Je consi­dère comme gas­pillée toute jour­née où je n’ai pas dan­sé. » Et l’on danse sur notre ba­teau, où un pas­sa­ger qui

res­semble à John Mal­ko­vich a sor­ti une flûte de sa poche et s’est mis à jouer. « Tant qu’à faire les choses au­tre­ment, au­tant y al­ler fran­che­ment ! » C’est ce que s’est dit le ga­le­riste Thad­daeus Ro­pac en ou­vrant, en 2012, sa ga­le­rie d’art contem­po­rain de haut vol en plein « Far East » pa­ri­sien. Il a vu en Pan­tin une ville de car­re­fours, de gares et d’aé­ro­ports, une ville de de­main, où il pou­vait bien s’of­frir un es­pace in­dus­triel d’hier, une pe­tite chau­dron­ne­rie du XIXe siècle. « Il n’a rien chan­gé, dit un guide. Juste le conte­nu ! » Cet été, ne man­quez pas l’ex­po­si­tion au­tour des oeuvres d’An­selm Kie­fer, Sig­mar Polke, Marc Quinn et Wolf­gang Laib. Et pro­fi­tez d’une per­cep­tion du temps plus éti­rée que dans la ga­le­rie Ro­pac du Ma­rais. Même si tous ne s’ins­tallent pas dans le Loft peu­plé d’oeuvres et réservé aux ventes im­por­tantes, les gens traînent jus­qu’à la fer­me­ture sur les ca­na­pés en pa­lette, et au Ca­fé Bleu. Ré­mi Ba­bi­net, co­fon­da­teur de BETC, y a fait maintes réunions de chan­tier pour ses Ma­ga­sins Gé­né­raux. Ce pas­sion­né d’ar­chi­tec­ture et du Grand Pa­ris n’a pas eu be­soin d’un des­sin pour éva­luer le po­ten­tiel de ces deux grands en­tre­pôts à grain et fa­rine de 41 000 m2. Deux pa­que­bots en bé­ton ar­mé et brique grise amar­rés au bord du ca­nal en 1929. De­dans, de grandes ver­rières éclai­raient six pla­teaux iden­tiques, re­liés entre eux par des pas­se­relles mé­tal­liques. De­hors, de longues cour­sives qui ac­cen­tuaient l’ef­fet ba­teau en fa­çade et par les­quelles des grues dé­char­geaient une par­tie des mar­chan­dises. Une ca­thé­drale aban­don­née dans les an­nées 1990 dont des graf­feurs comme dAcRuZ, Mar­ko93 et Ar­tof Po­pof s’étaient em­pa­rés, pour créer EDI­FICE, l’oeuvre de street-art XXL de l’Été du Ca­nal 2012, tou­jours vi­sible sur le site de BETC. Après quelques an­nées de chan­tier (pour l’ar­chi­tecte Fré­dé­ric Jung) et une jour­née de dé­mé­na­ge­ment éclair, l’agence de pub a of­fert à ses mille

em­ployés ce beau re­paire sans re­pères. Car ici, pas de pla­ce­ment at­ti­tré, juste un open space plein de tables, de vieux ca­na­pés chi­nés, de boîtes et de ca­banes in­so­no­ri­sées, où l’on peut, au fil de la jour­née, na­vi­guer entre en­vie de tra­vailler en groupe et be­soin de s’iso­ler. Un ca­fé, une grande can­tine, des ga­melles (Fal­con !) à par­ta­ger rap­prochent les gens. Comme le jar­din-ter­rasse qui oc­cupe le sixième étage évi­dé et plan­té de pom­miers, fi­guiers, né­fliers, où s’at­tardent les li­bel­lules du ca­nal et les sa­la­riés se­mi-vo­lon­taires pour ar­ra­cher les mau­vaises herbes. Tout au­tour, les contours de la ZAC du Port se pré­cisent. Le bas­sin de Pan­tin, où ac­cos­taient les pé­niches char­gées de grain, était, en 1929, le plus grand port du ca­nal de l’Ourcq. L’an der­nier, on y gri­gno­tait, avec un spritz et une ani­ma­tion mu­si­cale, les ci­chet­ti et les aran­ci­ni du Bar­bo­teur, jo­li ba­teau-cui­sine no­made. Cette an­née, c’est le Dock B de la Bel­le­vil­loise que l’on at­tend, pour boire un verre et écou­ter du bon son dans la lu­mière orange d’une soi­rée d’été. Sans ou­blier, en face, le res­tau­rant-paillote éphé­mère des Grandes Serres de Pan­tin. Sur cette autre rive, à deux pas de là, l’am­biance est plus au sac ba­guette ma­te­las­sé qu’au sac à dos ! Der­rière un mou­cha­ra­bieh mé­tal­lique, ins­pi­ré du tweed Cha­nel, on trouve un bâ­ti­ment HQE et un jar­din plan­té de va­rié­tés non-al­ler­gènes. Hor­mis un salon Sixième sens luxueux, pou­dré, en noir et daim beurre frais, l’in­té­rieur est plu­tôt cli­nique. Et pour cause : les 250 sa­la­riés de la mai­son Cha­nel se par­tagent de­puis 2012 entre un centre de re­cherche en soins et cos­mé­tiques et un pôle cultu­rel, char­gé de sé­lec­tion­ner dans les col­lec­tions mai­son les ré­fé­rences de de­main, mais aus­si de sour­cer dans le monde en­tier les vê­te­ments et pro­duits de beau­té his­to­riques de la marque. Un lieu de mé­moire et d’innovation qui tombe sous le sens, à quelques mètres des ate­liers où, en 1924, Co­co Cha­nel fai­sait fa­bri­quer ses pre­miers par­fums.

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