CHEZ AL­BER­TO

MY­THIQUE S’I L EN EST, L’ ATE­LIER D’AL­BER­TO GIA­CO­MET­TI ! POUR­TANT, SON CONTE­NU DE­MEU­RAIT EN CAISSES DE­PUIS QUA­SI­MENT CINQ DÉ­CEN­NIES. L E VOI­CI RE­DÉ­PLOYÉ DANS UN HÔ­TEL PAR­TI­CU­LIER DE MONT­PAR­NASSE AU DÉ­COR CLAS­SÉ. ON CONTEMPLE CETTE MISE EN SCÈNE COMME UNE

Vivre Côté Paris - - Le Sommaire - PAR Lau­rence Mouille­fa­rine

L’ate­lier d’Al­ber­to Gia­co­met­ti re­dé­ployé dans un hô­tel par­ti­cu­lier de Mont­par­nasse.

Joyeuse nou­velle, l’ate­lier d’Al­ber­to Gia­co­met­ti et son désordre his­to­rique sont re­cons­ti­tués pour s’ou­vrir à la vi­site. Non, il ne s’agit pas du lo­cal rue Hip­po­lyte-Main­dron, dans le XIVe ar­ron­dis­se­ment, qu’il oc­cu­pa près de qua­rante ans. Il eut été trop exi­gu pour re­ce­voir le pu­blic. De plus, le sculp­teur n’en était que lo­ca­taire. Ca­the­rine Gre­nier, di­rec­trice pas­sion­née de la Fon­da­tion Gia­co­met­ti, a donc cher­ché un lieu où l’ins­tal­ler. Mais pas n’im­porte où. C’est fi­na­le­ment à Mont­par­nasse, fief de la vie ar­tis­tique, qu’Al­ber­to s’éta­blit, aus­si­tôt ar­ri­vé de ses mon­tagnes suisses. Un quar­tier qu’il han­tait jour et nuit, sur­tout la nuit. On a trou­vé : l’im­meuble où tra­vaillait Paul Fol­lot, décorateur des An­nées folles. Un hô­tel par­ti­cu­lier dont l’ar­chi­tec­ture illustre en­core la fan­tai­sie de l’Art nou­veau. On l’a ré­no­vé, ra­fraî­chi pour y ré­créer l’univers de Gia­co­met­ti tel qu’il se trou­vait à sa dis­pa­ri­tion, s’ins­pi­rant des pho­to­gra­phies réa­li­sées par Ro­bert Dois­neau ou Sa­bine Weiss. En 1966, An­nette Gia­co­met­ti, sa veuve, ne put ra­che­ter le lo­cal à ses pro­prié­taires ; sur les conseils de Mi­chel Lei­ris, écrivain et col­lec­tion­neur, elle en fit dé­po­ser les murs qui, telles des fresques, sont cou­verts de des­sins, d’es­quisses, de pein­tures. Der­rière une vitre, les vi­si­teurs dé­cou­vri­ront donc ce « char­nier de plâtres » , ce « champ de fouilles » , dé­crit à l’époque : des oeuvres en­tas­sées sur les tables, des bas­sines dé­bor­dant de glaise, les fi­gures en terre aux­quelles l’ar­tiste s’at­te­lait en­core à sa der­nière heure, « ce peuple de sen­ti­nelles do­rées » , qui bou­le­ver­sa Jean Ge­net. Le poète de gé­nie, qui po­sa pour le sculp­teur, as­sis sur une chaise en paille in­con­for­table des jours du­rant, li­vra un texte ad­mi­rable sur l’ate­lier. C’est à Jean Ge­net qu’est dé­diée la pre­mière ex­po­si­tion tem­po­raire. Même après avoir at­teint la no­to­rié­té, Al­ber­to Gia­co­met­ti n’a ja­mais vou­lu quit­ter ces 23 m2. De ce chaos, l ’ ar­tiste di­sait qu’il étai t « l’in­té­rieur de son crâne » .

1, 2. Rez-de-chaus­sée et pre­mier étage : c’est l’an­cien ate­lier, sub­ti­le­ment éclai­ré, du décorateur Paul Fol­lot qui abrite dé­sor­mais l’Ins­ti­tut Gia­co­met­ti, le­quel donne ac­cès à une riche bibliothèque sur l’histoire de l’art. 3. Ca­the­rine Gre­nier, di­rec­trice de la Fon­da­tion Gia­co­met­ti, pose pour Pe­ter Lind­bergh. 4. Al­ber­to Gia­co­met­ti dans son ate­lier pho­to­gra­phié par Ernst Schei­deg­ger. 5. Cli­ché pris en 1950.

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