RO­DIN EN APE­SAN­TEUR

AU TOUR­NANT DES XIXE ET XXE SIÈCLES, L ES DAN­SEURS NIJINSKI OU I SADORA DUN­CAN SE L I BÈRENT DES CARCANS ACA­DÉ­MIQUES. CETTE MO­DER­NI­TÉ FAS­CINE AU­GUSTE RO­DIN, ALORS AU SOM­MET DE SA GLOIRE. ELLE L UI I NSPIRE DES SCULP­TURES MAIS AUS­SI QUAN­TI­TÉ DE DES­SINS. ÉB

Vivre Côté Paris - - Expo - PAR Lau­rence Mouille­fa­rine

Point de tu­tus dans l’oeuvre du sculp­teur. Con­trai­re­ment à Ed­gar De­gas, Au­guste est in­sen­sible aux clas­siques bal­le­rines « trop sau­tillantes, trop bri­sées » . Ce qui sé­duit le maître ? La nou­veau­té, l’au­dace, la li­ber­té des gestes. L’in­ven­ti­vi­té de Loïe Ful­ler, in­car­na­tion de l’Art nou­veau, qui fait tour­billon­ner ses voiles et les trans­forme en fleur ou pa­pillon ; Loïe Ful­ler, en­core, qui se pro­duit dans le noir, ne lais­sant éclai­rées que ses mains ; la spon­ta­néi­té d’Isa­do­ra Dun­can, l’Amé­ri­caine, la­quelle ap­pa­raît sur scène pieds nus ; l’éner­gie de Nijinski in­ter­pré­tant « L’Après-mi­di d’un faune » avec les Bal­lets russes et dont la sen­sua­li­té cho­que­ra le pu­blic pa­ri­sien. Mais le point d’orgue de l’ex­po­si­tion au­tour de « Ro­din et la danse » reste sans doute la sé­rie de des­sins et fi­gures en terre cuite que lui ins­pi­ra Al­da Mo­re­no. Dan­seuse à l’Opé­ra co­mique et acro­bate, elle po­se­ra pour lui dans d’in­nom­brables et im­pos­sibles pos­tures : en équi­libre sur les mains, pliée en deux, ac­crou­pie, vol­ti­geant… Des sta­tuettes qui disent si bien la ten­sion du corps, son dé­ploie­ment dans l’es­pace, qu’elles semblent par­fois en ape­san­teur. Ro­din se montre éga­le­ment sen­sible à l’exo­tisme. La Ja­po­naise Ha­na­ko le fas­cine par ses ex­pres­sions hié­ra­tiques. En 1906, il as­siste au spec­tacle que donne le Bal­let royal du Cambodge au théâtre du Pré Ca­te­lan à Pa­ris. Un choc es­thé­tique ! Il est en ex­tase de­vant les étranges on­du­la­tions qui par­courent les bras des dan­seurs… Ro­din veut ren­con­trer les jeunes cam­bod­giennes. Hé­las, elles sont at­ten­dues à Mar­seille. L’ar­tiste prend leur train pour les y re­joindre, il n’a rien pour des­si­ner, il achète du pa­pier d’em­bal­lage chez l’épi­cier, les croque dans un jar­din et, en une se­maine, réa­lise cent cin­quante des­sins, des es­quisses qu’il re­haus­se­ra plus tard d’aqua­relle. « Quand elles par­tirent, écri­ra Au­guste, je fus dans l’ombre et le froid. Je crus qu’elles em­por­taient la beau­té du monde. »

1. « Le Rêve » ou « Le Bai­ser de l’ange », plâtre avant 1889. 2. Plâtre, vers 1911. 3. L’af­fiche de l’ex­po­si­tion en cours. 4. Entre 1903 et 1912, Ro­din exé­cute un en­semble de des­sins et sculp­tures in­ti­tu­lé « Mou­ve­ments de danse » ; cette terre cuite «...

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