LI­BÉ­RER LES VO­LUMES

Ou­vrir l’es­pace, en grand. Des­si­ner de longues pers­pec­tives, sans rup­ture. Res­treindre la pa­lette de ma­tières, nobles tout de même, op­ter pour le blanc, par­tout. L’ar­chi­tecte d’in­té­rieur Char­lotte Ma­caux Pe­rel­man, co­di­rec­trice ar­tis­tique pour Her­mès Mai­so

Vivre Côté Paris - - Le Sommaire - Vir­gi­nie Ber­trand Ste­phan Jul­liard TEXTE P HOTOS

L’ar­chi­tecte d’in­té­rieur Char­lotte Ma­caux Pe­rel­man donne un nou­veau souffle à un ap­par­te­ment hauss­man­nien.

On l’avait pen­sé plus clas­sique, des­ti­né à une fa­mille avec un en­fant. Li­bé­rer les vo­lumes, en ré­dui­sant le nombre de pièces ini­tiales de 12 à 7. Mais au cours du chan­tier, nous avons trou­vé 4,30 m de hau­teur. » De cette dé­cou­verte, pres­sen­tie par Char­lotte Ma­caux Pe­rel­man lors de son repérage de la fa­çade ex­té­rieure – dont les fe­nêtres à van­taux étaient noir­cies dans leur par­tie haute –, elle re­pense en­tiè­re­ment le plan. For­mée au­près de Philippe Starck puis d’An­dré Ba­lazs, avec qui elle rê­vait de tra­vailler, elle fonde son agence CMP, il y a treize ans. De ses deux men­tors, elle re­tient leurs vi­sions to­ta­le­ment op­po­sées. « Starck s’em­pa­rait de l’en­droit, Ba­lazs vou­lait sur­tout que l’on ne touche à rien, que l’on agisse par pe­tites touches ». Pour ce 240 m2, elle fait le lien entre les deux dé­marches : abattre les cloi­sons, des­cendre les boi­se­ries, en­le­ver les faux pla­fonds et faire par­ler le lieu ori­gi­nel. Sur­gissent alors un im­po­sant pla­fond Re­nais­sance, des murs por­teurs dis­po­sés en croix, sept im­menses fe­nêtres. Elle va dé­sor­mais s’at­te­ler à mettre en va­leur ces atouts, tout en struc­tu­rant un vo­lume sou­dain gi­gan­tesque. « Car une table basse garde tou­jours les di­men­sions d’une table basse. Dans un loft, fi­na­le­ment, on ne sait ja­mais où po­ser les élé­ments. Mes clients, pas­sion­nés d’art contem­po­rain, pos­sèdent plu­sieurs oeuvres très co­lo­rées, je de­vais an­ti­ci­per leur mise en si­tua­tion. » Elle tra­vaille les élé­ments fon­da­teurs, tout en al­lé­geant leur pré­gnance : le pla­fond s’ha­bille de blanc, les murs de 45 cm – « J’aime leur épais­seur », confie-telle – se désha­billent des portes, cham­branles et mou­lures, les ou­ver­tures ma­gis­trales jouent l’en­fi­lade. Elle ar­ti­cule l’im­mense pièce à vivre en deux par­ties, cui­sine et salle à man­ger d’une part, et sa­lon de l’autre, avec un duo de bi­blio­thèques en guise de cloi­sons. Prouesse es­thé­tique au­tant que tech­nique, ces der­nières dis­si­mulent des portes cou­lis­santes, sans rail. « On vou­lait gar­der les dé­tails his­to­riques et ne pas les ré­ajus­ter. On a donc dé­ci­dé qu’on bais­se­rait les bi­blio­thèques, que ce soient des élé­ments qui flottent, qui di­visent l’es­pace, tout en gar­dant cette conti­nui­té de vo­lume dans le pla­fond. » L’en­trée ac­cueille aus­si le vi­si­teur avec un sas d’éta­gères sa­vam­ment com­po­sées, le re­tient presque, dans la vi­bra­tion co­lo­rée d’un ta­bleau de Bernard Frize. La chambre pa­ren­tale pose aus­si la ques­tion de la hau­teur. Ne sou­hai­tant pas la ré­duire, l’ar­chi­tecte la mo­dule, l’ap­pri­voise, l’adou­cit. « Com­ment trai­ter ces pro­por­tions afin qu’elles se fassent co­sy ? J’ai pris le par­ti de qua­driller la chambre de pan­neaux de chêne clair et de lin na­tu­rel. L’idée est un peu ve­nue d’images as­sez clas­siques – les lam­bris en bois avec les ten­tures mu­rales. Mais là, on a trai­té la pièce de fa­çon très mi­ni­ma­liste. » Cette as­pi­ra­tion à la sim­pli­ci­té gra­phique, à la so­brié­té luxueuse, n’est pas sans rap­pe­ler l’écri­ture sty­lis­tique d’Her­mès, dont elle est co­di­rec­trice ar­tis­tique, avec Alexis Fa­bry, des col­lec­tions mai­son. Comme la marque d’une in­tem­po­relle contem­po­ra­néi­té.

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