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En dé­bour­sant 1,5 mil­lion de dol­lars, le ma­gnat russe Vasily Klyu­kin est de­ve­nu l’heu­reux élu qui au­ra la chance de faire un voyage dans les étoiles en com­pa­gnie de la star Leo­nar­do DiCar­prio. Un rêve d’aven­tu­rier qui doit se réa­li­ser avant la ſin 2014.

VOGUE Hommes International - - SOMMAIRE - Par dI­dIER pé­ROn

Ren­contre avec Vasily Klyu­kin, mil­liar­daire russe en route pour les étoiles.

— « Le si­lence éternel de ces es­paces in­fi­nis m’ef­fraie », la fa­meuse phrase de Pas­cal, de­ve­nue une sorte de gim­mick pour tous les rê­veurs an­gois­sés toi­sant la voie lac­tée une nuit de­puis la Terre, n’est plus vrai­ment d’ac­tua­li­té de­puis long­temps. Certes dans le cos­mos, le son conti­nue de ne pas se trans­mettre mais nous avons ren­du cet es­pace ex­trê­me­ment ba­vard en le co­lo­ni­sant de plu­sieurs mil­liers de sa­tel­lites géo­sta­tion­naires ser­vant aus­si bien aux té­lé­com­mu­ni­ca­tions ( té­lé, In­ter­net, té­lé­pho­nie mo­bile … ) qu’à l’ob­ser­va­tion mé­téo ou mi­li­taire. Mais ces plates–formes tech­niques sont en­core à qua­si por­tée de main de notre vie ici–bas. Ce n’est rien en com­pa­rai­son de la ver­ti­gi­neuse pro­fon­deur in­ter­ga­lac­tique que les té­les­copes les plus évo­lués fouillent à la re­cherche de nou­velles pla­nètes pos­si­ble­ment ha­bi­tées. La ques­tion de la vie ex­tra­ter­restre n’est donc pas qu’une lu­bie de ci­néastes ou de ro­man­cier de science–fic­tion, dès lors que l’on re­cense d’ores et dé­jà des cen­taines de mil­liards de ga­laxies pou­vant conte­nir au moins 100 mil­liards d’étoiles avec cha­cune leurs pla­nètes ! Le suc­cès mon­dial du film Gra­vi­ty d’Alfonso Cuarón a dé­mon­tré à quel point nous étions dans un rap­port de fas­ci­na­tion / ré­pul­sion pour ce monde à zé­ro gra­vi­té qui nous sur­plombe et semble sans contour ni li­mite. L’aven­ture so­li­taire de San­dra Bul­lock tom­bant d’une sta­tion nous en­traî­nait au seuil de ce trou noir phy­sique et men­tal dont l’es­pace est en­core au­jourd’hui le lieu par ex­cel­lence, comme au­tre­fois les zones blanches sur les cartes des ex­plo­ra­teurs. Des zones où se ca­cher et se perdre.

La vogue des voyages dans l’es­pace conti­nue d’at­ti­rer les plus aven­tu­riers. La so­cié­té Vir­gin Ga­lac­tic, créée par le mil­liar­daire bri­tan­nique Ri­chard Bran­son, pré­voit ain­si de trans­por­ter des pas­sa­gers pour des vols en ape­san­teur. Elle uti­li­se­ra un avion fu­sée ap­pe­lé Spa­ceS­hipT­wo, qui se­ra ca­pable d’at­teindre la fron­tière du vide spa­tial. Vir­gin Ga­lac­tic au­rait ven­du près de 650 billets, dont le prix uni­taire est pas­sé de 200 000 à 250 000 dol­lars. À la fin 2013, une start– up de l’Ari­zo­na, World View En­tre­prise, est en­trée sur ce mar­ché of­frant un vol dans un bal­lon gon­flé à l’hé­lium pour 75 000 dol­lars : « Les pas­sa­gers se­ront par­mi le petit nombre à voir la cour­bure ter­restre et avoir une vue sai­sis­sante de la pla­nète, de l’obs­cu­ri­té de l’es­pace, de l’éclat des étoiles et du voile fin de l’at­mo­sphère en­ve­lop­pant la Terre », pro­met World View dans un com­mu­ni­qué qui an­nonce le dé­but des vols d’ici trois ans. De son cô­té, le mul­ti­mil­lion­naire Den­nis Ti­to, qui fut en 2001 le pre­mier tou­riste de l’es­pace en s’of­frant une place à bord d’un vol Soyouz, a an­non­cé qu’il tra­vaillait avec une équipe d’in­gé­nieurs à Ins­pi­ra­tion Mars, une mis­sion pri­vée vers la pla­nète Mars en jan­vier 2018, un voyage de 500 jours al­ler–re­tour pour lui et deux as­tro­nautes.

En dé­bour­sant 1,5 mil­lion de dol­lars au ga­la de l’Amfar en mai 2013, le jeune ma­gnat russe Vasily Klyu­kin est, lui, de­ve­nu l’heu­reux élu qui fe­ra un voyage dans les étoiles en com­pa­gnie de la star Leo­nar­do DiCa­prio. Klyu­kin a été le co­fon­da­teur de Sov­com­bank au dé­but des an­nées 2000 en Rus­sie, un éta­blis­se­ment ban­caire ra­pi­de­ment de­ve­nu l’un des tout pre­miers du pays. For­tune faite en dix ans, il vit dé­sor­mais à Mo­na­co où il des­sine des gratte–ciel fu­tu­ristes entre deux grands voyages à tra­vers le monde. À la re­cherche de nou­velles sen­sa­tions, l’es­pace est dé­sor­mais cette nouvelle fron­tière que les plus for­tu­nés veulent fran­chir au plus vite. Et 2014 pour­rait bien être l’an­née du vrai lan­ce­ment de cet ex­ci­tant tou­risme spa­tial.

Vous se­rez à bord avec la plus grande star mas­cu­line au monde, Leo­nar­do DiCa­prio. L’avez– vous dé­jà ren­con­tré et dis­cu­té avec lui de votre vol com­mun ?

Notre conver­sa­tion à Cannes a du­ré une di­zaine de mi­nutes. Nous nous sommes sou­ri et nous nous sommes ser­ré la main. Je lui ai pro­po­sé de jouer une par­tie de po­ker dans l’es­pace. Je re­grette que ce contact ait été si court mais nous al­lons bien­tôt avoir des en­traî­ne­ments en­semble. Je ne connais pas bien Leo mais je connais ses per­son­nages. Mon pré­fé­ré est l’ar­na­queur Frank Aba­gnale dans Ar­rête– moi si tu peux de Ste­ven Spiel­berg.

Quels types de préparation ( tech­nique, phy­sique, peut– être même psy­cho­lo­gique ? ) né­ces­site un tel voyage ?

Le vol ne né­ces­site pas d’ef­forts sur­na­tu­rels de la part du pas­sa­ger. Presque tout le monde peut vo­ler. Il y au­ra un court en­traî­ne­ment au Nou­veau–Mexique juste avant le dé­part. C’est pour­quoi je me suis fait un pro­gramme vo­lon­taire de préparation. En no­vembre, j’ai tra­ver­sé l’At­lan­tique sur un yacht. Deux se­maines sans terre, au mi­lieu de l’océan, il n’y a que les vagues et le mou­ve­ment in­ces­sant de l’eau. Je crois que j’ai dé­jà pré­pa­ré mon sys­tème ves­ti­bu­laire. Je re­cherche le plai­sir de l’ape­san­teur, pas le mal de mer. En plus, c’est au mi­lieu de l’océan que j’ai ar­rê­té de fu­mer et il faut sa­voir que j’ai fu­mé pen­dant près de vingt ans. Peut–être que c’est l’as­pect le plus dif­fi­cile de ma préparation as­tro­nau­tique à l’heure ac­tuelle.

Le voyage com­prend– il une sor­tie hors de la na­vette ou res­te­rez– vous uni­que­ment à bord ?

Nous n’al­lons pas quit­ter l’as­tro­nef. Mais c’est aus­si bien car je sais main­te­nant pour­quoi je re­tour­ne­rai dans l’es­pace. J’ai presque fi­ni les né­go­cia­tions avec la deuxième so­cié­té qui en­voie des tou­ristes dans l’es­pace, la so­cié­té hol­lan­daise SXC. J’ai été ten­té par la pos­si­bi­li­té de vo­ler dans la ca­bine du pi­lote sous un toit en verre de quatre mètres de hau­teur. On y est a prio­ri en bonne com­pa­gnie, au cô­té de DJ Ar­min van Buu­ren et du top mo­del Dout­zen Kroes. Donc, je vais al­ler dans l’es­pace deux fois au mi­ni­mum.

Quels films ou livres de science–fic­tion vous ont mar­qués ?

J’aime pen­ser, j’aime rê­ver. Les livres sont plus im­por­tants pour moi que les films. J’ai lu des cen­taines de ro­mans fan­tas­tiques, des oeuvres phi­lo­so­phiques de Ray Brad­bu­ry à la science–fic­tion cos­mique de Har­ry Har­ri­son. Mais mon écri­vain pré­fé­ré reste Jules Verne. J’adore toutes les formes d’aven­ture de­puis l’en­fance. Je consi­dère la science– fic­tion comme une pro­jec­tion de l’ave­nir. Je ne doute pas

que tout ce qui est dé­crit dans ces livres va ar­ri­ver. La ques­tion est de sa­voir quand : dans d ix, t rente, cent ou trois cents ans. En de­hors de la science–fic­tion, les livres qui ont comp­té sont ceux qui m’ont fait re­mettre ma vie en ques­tion : Shan­ta­ram de Gre­go­ry Da­vid Ro­berts, Pla­te­forme de Michel Houel­le­becq, Il­lu­sions ou le mes­sie ré­cal­ci­trant de Ri­chard Bach … Tous parlent de la même chose : ta vie est très in­té­res­sante et tu tiens entre tes mains et dans ta tête le poste de com­mande. Tâche de com­prendre ce que tu veux vrai­ment et fais au moins un pas en ce sens. Et ne re­mets rien au len­de­main car ce « len­de­main » n’existe peut–être pas.

À en croire votre courte bio sur votre site in­ter­net, vous avez dé­jà ac­com­pli de nom­breuses aven­tures …

En no­vembre, j’ai donc tra­ver­sé l’At­lan­tique. Dans la nuit, l’océan et l’es­pace sont iden­tiques, et par­fois on ne voit pas où l’un fi­nit et où l’autre com­mence. Ce­la fait un peu peur d’ob­ser­ver l’océan plon­gé dans la nuit com­plète : j’ai com­pris que si je tom­bais par– des­sus bord dans cette noir­ceur bouillon­nante, per­sonne ne me re­trou­ve­rait ja­mais ni ne me sau­ve­rait. L’es­pace, c’est la même chose : mieux vaut ne pas s’y perdre. Voyez George Cloo­ney dans

Gra­vi­ty, mon coeur se serre rien que d’y pen­ser. L’es­pace c’est ro­man­tique mais c’est dan­ge­reux. Mais je veux tant voir la terre de là–haut, par– des­sus les nuages, que je suis OK pour prendre le risque. Les deux as­tro­nefs sont di­ri­gés par des pro­fes­sion­nels, je pense donc qu’il n’y a presque pas de risque réel. De plus, cette an­née j’ai fait toute l’Amé­rique cen­trale, sauf le Nicaragua. J’ai vi­si­té les py­ra­mides mayas, je suis des­cen­du dans les pro­fon­deurs de la grotte d’Ac­tun Tu­ni­chil Muk­nal au Be­lize, je me suis ba­lan­cé sur des câbles à tra­vers des ca­nyons, pro­me­né dans les jungles. Le vol en hé­li­co­ptère au– des­sus de la cas­cade la plus haute du monde, le Sal­to Án­gel, au Ve­ne­zue­la, était in­com­pa­rable. C’était su­blime ! De­puis, l’hé­li­co­ptère est mon moyen de trans­port pré­fé­ré.

J’ai fu­mé pen­dant vingt ans, deux pa­quets par jour et même plus. Ce­la m’in­quié­tait, je sa­vais que ce­la fi­ni­rait par me tuer. Dans le cadre de la préparation au vol, je ne fume plus de­puis dé­jà un mois. J’ai ra­che­té ma propre vie pour un mil­lion et de­mi et j’ai ver­sé une sé­rieuse co­ti­sa­tion à la lutte contre le si­da. En plus, j’ai ob­te­nu un billet pour un voyage dans l’es­pace avec Leo­nar­do DiCa­prio, mes en­fants sont fiers de moi et mes réa­li­sa­tions ar­chi­tec­tu­rales sont main­te­nant connues dans le monde en­tier. Il me semble que je n’ai pas payé tout ça très cher ! Au­jourd’hui je donne une in­ter­view au cé­lèbre ma­ga­zine Vogue Hommes In­ter­na­tio­nal. Je ne suis ni chan­teur, ni star hol­ly­woo­dienne, cette in­ter­view me semble aus­si in­croyable que le voyage dans l’es­pace !

Oui, bien sûr. L’uni­vers est in­fi­ni. Quand l’es­pace in­ha­bi­té prend fin alors com­mence l’es­pace où la vie existe puis de nou­veau l’es­pace sans vie puis en­core la vie. Et ain­si de suite, jus­qu’à l’in­fi­ni. Et dans cet in­fi­ni il y a quelque part un homme sem­blable à moi comme deux gouttes d’eau. Et en­core un qui me res­semble mais chauve ou rou­quin !

Je ne crois pas aux villes dans le cos­mos. Ce n’est ni ren­table ni né­ces­saire. On a d’énormes éten­dues de terre libre, on peut aus­si construire sous terre, sur l’eau et sous l’eau, on peut construire en hau­teur sur d’énormes pi­liers. Quel est l’in­té­rêt de construire dans l’es­pace ? Une ville au fond de l’At­lan­tique est plus réelle qu’une ville en or­bite de la Terre ou sur Mars.

Je suis un homme et j’ai un be­soin vis­cé­ral de vic­toires : les hommes se nour­rissent de leurs propres suc­cès. Avoir dé­cro­ché ce billet pour un prix as­sez osé en pré­sence de ma femme, de­vant une cen­taine d’autres hommes qui ont réus­si et de leurs belles femmes, res­te­ra l’un des meilleurs sou­ve­nirs de ma vie. Ce vol dans l’es­pace est la ré­ponse à une ques­tion très im­por­tante pour moi : « Voi­là pour­quoi j’ai fait des études et pour­quoi pen­dant celles–ci j’ai tra­vaillé tard le soir, j’ai mon­té mon af­faire, j’ai bos­sé pen­dant les week–ends, alors que les autres étu­diants al­laient s’amu­ser à des soi­rées. » Main­te­nant c’est moi qui me rends à des soi­rées ou dans l’es­pace. C’est mon tour.

1,5 mil­lion de dol­lars pour par­ti­ci­per à ce vol, c’est une grosse somme d’ar­gent pour le com­mun des mor­tels …

La vie ex­tra­ter­restre, vous y croyez ? Vous vous in­té­res­sez à l’ur­ba­nisme. Pen­sez– vous qu’il y au­ra avant la fin du siècle des villes im­plan­tées sur des sta­tions or­bi­tales ? Y a– t– il un as­pect de cette aven­ture dont per­sonne ne parle ja­mais et que vous ai­me­riez évo­quer pour nous ?

Que pense votre épouse de ce vol cos­mique ? Est– elle in­quiète ?

Oui, ce­la l’in­quiète pas mal. Mais elle sait que cette dé­ci­sion est ir­ré­vo­cable. Et en plus, en échange, j’ai pro­mis de ne ja­mais ache­ter de mo­to.

Quels se­ront vos pro­chains chal­lenges ?

J’ai beau­coup de pro­jets. En avril, je vais me rendre au pôle Nord. Puis je veux faire du pa­ra­pente au–des­sus des chutes d’Iguazù, voya­ger sur l’Ama­zone, plon­ger en ba­thy­scaphe au fond de l’océan. Vers la fin de 2014, je dois pu­blier mon pre­mier ro­man et ter­mi­ner le scé­na­rio d’un des­sin ani­mé. Ajou­tez à ce­la un deuxième voyage dans l’es­pace. Vous voyez, j’ai plus de pro­jets que de temps libre !

Vasily Klyu­kin, 38 ans, a fait for­tune dans le sec­teur ban­caire et des­sine au­jourd’hui des im­meubles fu­tu­ristes.

La so­cié­té Vir­gin Ga­lac­tic uti­li­se­ra l’avion fu­sée Spa­ceS­hipT­wo pour at­teindre les fron­tières du vide spa­tial.

Près de 650 billets au­raient été ven­dus par Vir­gin Ga­lac­tic. Leur prix uni­taire est pas­sé de 200 000 à 250 000 dol­lars.

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